Élie Se­moun: « Avec Sid, je suis de­ve­nu l’idole des jeunes »

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Détente - PH. D. PRO­POS RE­CUEILLIS PAR PHILIPPE DU­PUY

Comment crée-t-on une « voix fran­çaise » de des­sin ani­mé amé­ri­cain? Est-on sou­mis aux exi­gences d’un coach vo­cal ou d’un di­rec­teur ar­tis­tique? Non. En fait, une fois qu’ils vous ont choi­si, ils vous laissent faire. La dif­fi­cul­té de l’exer­cice, c’est que les ac­teurs américains n’ont pas la même mu­sique que la nôtre. Il y a des in­to­na­tions qu’on ne peut pas re­pro­duire et des vannes qui ne se­raient pas com­prises par les Fran­çais. Il faut donc adap­ter. Au dé­part, j’avais pen­sé faire Sid avec ma propre voix, qui est dé­jà un peu bi­zarre, un peu an­dro­gyne… Mais ça ne fonc­tion­nait pas. Après, j’ai tes­té une voix su­per-ai­guë. Mais ça ne fonc­tion­nait pas non plus. Quand j’ai vu la den­ti­tion du per­son­nage, je me suis dit que ce se­rait mar­rant de le faire zo­zo­ter et là boum! Ça a fonc­tion­né. J’avais trou­vé la cou­leur vo­cale de Sid! C’est dif­fi­cile de la re­trou­ver de film en film ? Non, pas du tout. Même au bout de trois ans, c’est re­ve­nu tout de suite, comme si j’avais re­trou­vé de vieux ha­bits.

Le pre­mier film re­monte à . Est-ce que votre voix n’a pas vieilli de­puis? Non, je ne trouve pas. En vrai, j’ai tou­jours une voix d’ado­les­cent. Moi je vieillis, mais pas ma voix! Mais je re­marque que celle de Ro­ger Ca­rel, par exemple, qui est mon idole en dou­blages, ne vieillit pas non plus. La preuve: Alexandre As­tier a pu l’uti­li­ser pour son As­té­rix, car c’est lui qui his­to­ri­que­ment dou­blait le per­son­nage dans les des­sins ani­més ti­rés de la BD. Il est sor­ti de sa re­traite ex­près pour le faire, et sa voix était iden­tique à celle des pre­miers des­sins ani­més.

Est-ce qu’on s’amuse à jouer La sa­ga de L’Âge de glace est une des plus ren­tables de l’his­toire du ci­né­ma d’ani­ma­tion. Rien qu’en France, les quatre pre­miers films ont réuni en moyenne six millions de spec­ta­teurs cha­cun. Mais alors que le qua­trième opus (La dé­rive des conti­nents) ne mon­trait au­cun signe d’usure, ce cin­quième film dé­çoit. Peut-être parce qu’il en fait trop. Trop de Scrat (pas­sé de per­son­nage bonus à mo­teur de l’his­toire), trop de pé­ri­pé­ties, trop de nou­veaux per­son­nages, trop de nou­velles contrées tra­ver­sées (on va jusque dans l’es­pace). Du coup, pour la pre­mière fois, le temps pa­rait long, alors que le film dure à peine plus d’une heure trente. Heu­reu­se­ment, on y re­trouve Buck l’aven­tu­rier, for­mi­dable per­son­nage de l’opus  (Le temps des dinosaures) qui sauve le film, en même temps que ses amis Sid, Man­ny et Die­go… Si la fran­chise ADG s’ar­rête là, la Fox tient dé­jà le hé­ros de la pro­chaine!

un per­son­nage comme Sid? Ah oui ! Vrai­ment ! Je com­mence à avoir dou­blé pas mal de des­sins ani­més et il y en a qui ne sont pas très drôles, où on est même obli­gé de trou­ver de nou­velles vannes car la tra­duc­tion est lit­té­rale. On se casse la tête en se de­man­dant quoi mettre à la place… Mais dans l’Âge de Glace, ja­mais! C’est tel­le­ment bien écrit, in­tel­li­gent, sub­til… On se marre en le fai­sant et on se marre en le re­gar­dant. Pas éton­nant qu’ils aient au­tant de suc­cès.

Qu’est ce qui vous plaît par­ti­cu­liè­re­ment dans le per­son­nage? Je le trouve très tou­chant. J’aime bien son cô­té lo­ser sen­ti­men­tal. On di­rait que j’ai tou­jours été ha­bi­té par les lo­sers (rires). Dans mes spec­tacles, mes per­son­nages le sont tous. J’ai une cou­guar qui cherche l’amour sur in­ter­net, un han­di­ca­pé qui s’ins­crit sur Skype

pour faire des ren­contres et c’est une ca­tas­trophe, un mec qui re­vient de Thaï­lande et qui trouve que les rap­ports hu­mains ont été ex­cel­lents là-bas… Dès qu’il y a de la lose ça me plaît. Parce que c’est hu­main…

Avec le temps, Sid a fi­ni par faire par­tie de votre propre ga­le­rie de per­son­nages, avec Ke­vi­na et Tou­fik, non? Oui un peu. Avec Sid, je suis de­ve­nu l’idole des jeunes. Quand je ren­contre des fa­milles, avec des pa­rents qui disent à leurs en­fants : « Tiens, re­garde, c’est Élie Se­moun, ce­lui qui fait la voix de Sid dans l’Âge de Glace », et que je me mets à leur faire la voix de Sid… Ils me re­gardent avec des grands yeux, comme si je ve­nais d’une autre pla­nète. J’ai l’im­pres­sion d’être un su­per­hé­ros!

(Photos Pro­duc­tion)

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