Mi­sère et violence: un dé­lin­quant mul­ti­ré­ci­di­viste à St-Ra­phaël

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Var - G. D.

Com­ment le vol à l’éta­lage de quelques tranches de pou­let et d’em­men­tal peut-il conduire son au­teur en pri­son pour dix­huit mois ferme ? Mais peut-être était-ce quelque part le but fi­nal pour­sui­vi par Mo­ha­med La­graa, en com­pa­ru­tion im­mé­diate dif­fé­rée, de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Dra­gui­gnan. pro­cès, pour al­ler se ré­fu­gier dans le foyer-lo­ge­ment qui l’hé­berge. Quand trois po­li­ciers se sont en­suite pré­sen­tés à la porte de sa chambre, il les a ac­cueillis avec un cou­teau à steack à la main. Aux in­sultes ont suc­cé­dé les me­naces, jus­qu’à ce qu’il porte un coup de cou­teau à l’un des po­li­ciers. Heu­reu­se­ment sans dom­mage, le gi­let pare-balles ayant dé­vié la lame. Maî­tri­ser Mo­ha­med n’a pas été tâche fa­cile. Au comble de l’ex­ci­ta­tion, un coup de ta­ser ne l’a pas ter­ras­sé, et c’est en poids et en vo­lume qu’il a fal­lu l’em­me­ner au com­mis­sa­riat. Pla­cé en garde à vue, Mo­ha­med a re­fu­sé de quit­ter sa cel­lule pour être au­di­tion­né. Il n’a pas non plus ac­cep­té d’être exa­mi­né par un mé­de­cin. Dé­fé­ré le len­de­main au par­quet de Dra­gui­gnan, il n’a pas vou­lu sor­tir des geôles pour voir le pro­cu­reur, pas da­van­tage pour com­pa­raître de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel. L’avo­cat de per­ma­nence en a été ré­duit à de­man­der un dé­lai pour pré­pa­rer la dé­fense de Mo­ha­med La­graa. C’est dans ces condi­tions qu’il de­vait com­pa­raître sept se­maines plus tard. Mais il a de nou­veau re­fu­sé de sor­tir des geôles du pa­lais de jus­tice. Pour dé­ci­der du sort de Mo­ha­med La­graa, et faute de pou­voir le ques­tion­ner, le tri­bu­nal ne dis­po­sait donc que du pro­cès­ver­bal ré­su­mant la pro­cé­dure : vol en ré­ci­dive, violence en état d’ivresse n’ayant pas en­traî­né plus de huit jours d’in­ca­pa­ci­té, ou­trage, me­nace, ré­bel­lion et violence sur dé­po­si­taires de l’au­to­ri­té pu­blique. Autre élé­ment d’ap­pré­cia­tion, son ca­sier ju­di­ciaire com­por­tant… trente-quatre condam­na­tions. Les maigres ren­sei­gne­ments sur sa per­son­na­li­té ve­naient des ser­vices pé­ni­ten­tiaires d’in­ser­tion et de pro­ba­tion (SPIP), qu’il n’a pas pu re­fu­ser de ren­con­trer, pen­dant ses se­maines de dé­ten­tion pro­vi­soire à La Far­lède. Na­tif de la Drôme, Mo­ha­med La­graa a connu une vie d’er­rance entre Va­lence, Gre­noble, Avi­gnon et Bon­ne­ville, villes dont il a beau­coup fré­quen­té les tri­bu­naux cor­rec­tion­nels. C’est un in­di­gent, en grande dif­fi­cul­té so­ciale, comme en té­moignent les vols par né­ces­si­té qu’il com­met pour se nour­rir. L’en­quête du SPIP a émis l’hy­po­thèse se­lon la­quelle il com­met­trait jus­te­ment des in­frac­tions en cas­cade pour al­ler en pri­son, où il a le gîte et le cou­vert. Si tel est le cas, Mo­ha­med La­graa a ob­te­nu ce qu’il cher­chait, mais à quel prix ! Dix-huit mois de pri­son ferme, avec main­tien en dé­ten­tion. Au plan ci­vil il a été condam­né à payer 1000 de dom­mages et in­té­rêts à la cais­sière et au po­li­cier pour les vio­lences, et 400 à trois autres po­li­ciers pour les me­naces et les ou­trages. Sans ou­blier les 9,80 à la su­pé­rette pour les tranches de jam­bon et d’em­men­tal. On se de­mande avec quels re­ve­nus il pour­ra bien payer tout ça.

(Pho­to Frank Mul­ler)

Mo­ha­med La­graa a re­fu­sé d’être au­di­tion­né au tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Dra­gui­gnan.

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