Le si­lence de Fran­çois Hol­lande

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - France - Par MI­CHÈLE COTTA

Au Conseil des mi­nistres d’hier, Fran­çois Hol­lande n’a pas dit un mot de la réunion pu­blique du mou­ve­ment En Marche, dont son mi­nistre de l’éco­no­mie et des Fi­nances, Em­ma­nuel Ma­cron, est l’ini­tia­teur, et dont il avait été la ve­dette la veille. Pour­quoi? Parce qu’il ne voit ap­pa­rem­ment en quoi l’ini­tia­tive de son mi­nistre pour­rait lui nuire, à lui et à qui que ce soit au­tour de lui. Le mi­nistre de l’Éco­no­mie, pour­tant, n’a pas pris de gants avec le pré­sident de la Ré­pu­blique. Non seule­ment il a fait la dé­mons­tra­tion qu’il pou­vait, lui qui n’est pas un élu, qui jus­qu’à il y a quelques se­maines n’avait pas der­rière lui le moindre mi­li­tant, réunir au­tour de lui trois mille «fans», ve­nus l’écou­ter comme le mes­sie. Non seule­ment il a choi­si, pour réunir ses par­ti­sans l’avant-veille du  juillet, date tra­di­tion­nelle de l’in­ter­ven­tion té­lé­vi­sée du pré­sident de la Ré­pu­blique. Mais Ma­cron a été plus loin dans son dé­fi. Tout en af­fir­mant, d’une phrase, qu’il ne re­mer­cie­ra ja­mais as­sez le Pré­sident de lui avoir fait confiance, il n’en a pas moins, plus d’une heure du­rant, por­té des coups au quin­quen­nat, ce­lui des « pro­messes non te­nues». Il s’est si­tué, et c’est ce qui fait sa force, en de­hors des par­tis, des ap­pa­reils et autres états-ma­jors, en ap­pe­lant à chan­ger le pays, à le li­bé­rer de ses contraintes et par­fois de ses pa­ra­ly­sies. « Pou­vons- nous conti­nuer comme ce­la?» s’est-il in­ter­ro­gé tout haut de­vant une salle qui lui était ga­gnée d’avance. La ré­ponse est évi­dem­ment: non. Au­tre­ment dit, à quelques mois de la pré­si­den­tielle, Em­ma­nuel Ma­cron se pré­sente, fort de sa po­pu­la­ri­té dans les son­dages, comme l’homme, le seul, qui peut ré­for­mer le pays, et pro­po­ser une offre po­li­tique nou­velle. Fran­çois Hol­lande, donc, af­fecte ne pas se sen­tir concer­né par l’ini­tia­tive de son mi­nistre de l’Éco­no­mie. Ce n’est pas le cas de Ma­nuel Valls. Il est vrai que ce n’est pas l’usage, pour un mi­nistre en exer­cice, et à ce poste, de se de­man­der où le gou­ver­ne­ment en se­ra, dans six mois, dans un an, s’il conti­nue à exer­cer le pou­voir. D’au­tant que Ma­cron n’est pas un mi­nistre se­con­daire: c’est lui qui, en­core à l’Ély­sée en , avait en quelque sorte pré­pa­ré la feuille de route pré­si­den­tielle, lui l’in­ven­teur du cré­dit com­pé­ti­ti­vi­té-em­ploi. «On ne peut pas dé­non­cer un sys­tème quand on en est un pur pro­duit» , a dit, non sans quelque évi­dence, le Pre­mier mi­nistre, com­men­tant l’en­vol de son mi­nistre vers un ailleurs dont il ne dit pas le nom. Que veut dire Em­ma­nuel Ma­cron lors­qu’il ap­pelle ses

«mar­cheurs», puisque c’est ain­si qu’on ap­pelle ses mi­li­tants, à se mo­bi­li­ser jus­qu’à la vic­toire et jus­qu’en ? Qu’il se­ra can­di­dat? Éven­tuel­le­ment contre Fran­çois Hol­lande, contre Ma­nuel Valls? Là où Hol­lande semble ne pas voir de pro­blème, Valls en voit, lui, et no­tam­ment que son au­to­ri­té est sé­rieu­se­ment mise à mal par un pro­té­gé, ou un ex-pro­té­gé du Pré­sident. «Il est temps que ce­la cesse», a-t-il dit, sim­ple­ment, mar­di der­nier. Vi­si­ble­ment, entre Em­ma­nuel et Ma­nuel, il y en a un de trop.

« Vi­si­ble­ment, entre Em­ma­nuel et Ma­nuel, ilye­naun­de­trop. »

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