Il sème la mort sur , km au vo­lant d’un ca­mion

Un homme ar­mé au vo­lant d’un poids lourd a fon­cé hier soir, à la fin du feu d’ar­ti­fice, sur les mil­liers de spec­ta­teurs ras­sem­blés sur la pro­me­nade des An­glais fai­sant des di­zaines de vic­times

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Attentat à Nice - ÉRIC GALLIANO ET CH­RIS­TOPHE PER­RIN egal­lia­no@ni­ce­ma­tin.fr chper­rin@ni­ce­ma­tin.fr

Des di­zaines de corps jonchent le trot­toir de la Pro­me­nade des An­glais. Cer­tains sont re­cou­verts d’un drap. D’autres n’ont pour unique lin­ceul que les larmes de leurs proches, pros­trés ou hur­lants de dou­leur. Des res­ca­pés errent au mi­lieu de cette scène de car­nage. Tous ra­content la même hor­reur. Le feu d’ar­ti­fice ve­nait de s’ache­ver de­puis quelques mi­nutes à peine hier soir à Nice. Il était à peu près 22 h 30, lors­qu’un ca­mion a for­cé les bar­rières de sé­cu­ri­té. Des mil­liers de per­sonnes se trou­vaient en­core sur la Pro­me­nade des An­glais, fer­mée à la cir­cu­la­tion, lorsque le poids lourd a dé­li­bé­ré­ment fon­cé dans la foule. L’in­ten­tion de son chauf­feur, un Tu­ni­sien de 31 ans do­mi­ci­lié à Nice,était ma­ni­fes­te­ment de faire le plus de vic­times pos­sibles. L’homme, seul à bord se­lon nos in­for­ma­tions, a rou­lé sur le trot­toir jus­qu’au ni­veau de l’hô­tel West­mins­ter avant d’être en­fin stop­pé dans sa course meur­trière.

Au moins  morts

Les té­moins ra­content « le bruit sourd des corps heur­tés de plein fouet »,« les cris des fa­milles dé­chi­rées » et « les morts par di­zaines».

Le bi­lan n’a ces­sé de s’alour­dir tout au long de la soi­rée. Peu avant mi­nuit le sous­pré­fet Sé­bas­tien Hum­bert évo­quait «une soixan­taine de tués et des di­zaines de

bles­sés». Un peu plus tard dans la nuit, le dé­pu­té Eric Ciot­ti an­non­çait 75 morts. Une source hos­pi­ta­lière confir­mait en outre «plus d’une cen­taine de bles­sés dont 43

en ur­gence ab­so­lue». Im­mé­dia­te­ment le plan blanc a été dé­clen­ché, de très nom­breux moyens de se­cours ont été dé­pê­chés sur place sur une scène de crime qui s’étire sur près de 1,7 km. Les forces de l’ordre ont dû ou­vrir le feu pour par­ve­nir en­fin, à stop­per le conduc­teur. Une fu­sillade nour­rie comme en at­teste le pa­re­brise du ca­mion cri­blé de balles.

«Coups de feu»

Tout ce qu’on sait de lui c’est qu’il s’agit d’un homme, qu’il au­rait agi seul et qu’il a été abat­tu par les forces de l’ordre. A l’in­té­rieur du poids lourd les po­li­ciers ont re­trou­vé des armes, confir­mant une ru­meur qui très vite a cou­ru hier à tra­vers toutes les rues de Nice. Place Ga­ri­bal­di, rue Bar­la, dans le Vieux Nice... des di­zaines de té­moins évo­quaient des tirs, criant dans leur fuite : «des coups de feu, il y a des coups de feu... »De très nom­breux com­mer­çants ont ou­vert leurs portes aux pas­sants pour leur per­mettre de se pro­té­ger. Plu­sieurs cen­taines de per­sonnes sont ain­si res­tées re­tran­chées une bonne par­tie de la soi­rée, ali­men­tant des ru­meurs in­fon­dées de prise d’otage.

Piste ter­ro­riste pri­vi­lé­giée

Tout lais­sait à pen­ser hier soir que ce vé­ri­table car­nage est le fait d’un homme seul qui ne s’est pas conten­té de fon­cer au mi­lieu de la foule. Une source hos­pi­ta­lière évo­quait la pré­sence de bles­sés par balles par­mi les vic­times. Com­ment, dès lors, ne pas pen­ser à un acte ter­ro­riste ? Hy­po­thèse très plau­sible se­lon le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique Jean-Mi­chel Prêtre. L’oeuvre d’un loup so­li­taire qui, comme Mo­ha­med Me­rah à Tou­louse ou Med­hi Nem­mouche, l’au­teur de l’at­taque contre le mu­sée juif de Bruxelles, a dé­ci­dé de se­mer la mort hier à Nice. Ce qui n’ex­clut pas pour au­tant que le conduc­teur du poids lourd ait pu bé­né­fi­cier de com­pli­ci­tés. Seule l’en­quête pour­ra le dé­ter­mi­ner. Dès hier soir la po­lice ju­di­ciaire de Nice a pro­cé­dé aux pre­mières in­ves­ti­ga­tions, à la col­lecte de té­moi­gnages. Dans la nuit la sous-di­rec­tion an­ti­ter­ro­riste de Pa­ris (SDAT) a été sai­sie en ren­fort. Et vers 2 heures du ma­tin, l’ar­ri­vée du mi­nistre de l’In­té­rieur Ber­nard Ca­ze­neuve était an­non­cée et un conseil res­treint de sé­cu­ri­té et de dé­fense de­vait se réunir ce ma­tin à9 h à l’Ély­sée. Mais, cette nuit, l’heure était évi­dem­ment aux ac­tions d’ur­gence. A com­men­cer par la prise en charge des très nom­breuses vic­times. Par­mi elles, on dé­plo­rait beau­coup d’en­fants ve­nus as­sis­ter, en fa­mille, au tra­di­tion­nel feu d’ar­ti­fice du 14 juillet. Un homme a dé­ci­dé de faire de cette fête po­pu­laire, sym­bole de la Ré­pu­blique, une tra­gé­die.

Re­por­tage pho­to : SÉ­BAS­TIEN BOTELLA, CYRIL DODERGNY, FRANCK FERNANDES, JEAN-SÉ­BAS­TIEN GI­NO-ANTOMARCHI PA­TRICE LAPOIRIE ET JEAN-FRAN­ÇOIS OT­TO­NEL­LO.

L’homme, un Tu­ni­sien de  ans do­mi­ci­lié à Nice, au­rait agi seul a été abat­tu par les forces de l’ordre.

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