A l’hô­pi­tal Pas­teur, du sang et des larmes

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Attentat à Nice - LAURE BRUYAS

10 heures, hier ma­tin, de­vant l’hô­pi­tal Pas­teur 2. Des fa­milles en larmes, vi­sages ra­va­gés par la dou­leur, l’in­quié­tude et le manque de som­meil. Des di­zaines de per­sonnes af­fluent, qui cherchent un frère, une soeur, une mère dis­pa­rue. Et des jour­na­listes du monde en­tier, ca­mé­ras, mi­cros, qui at­tendent Fran­çois Hol­lande. «Le Pré­sident doit ar­ri­ver d’une mi­nute à l’autre», souffle un of­fi­ciel dans une oreillette. Les po­li­ciers, sur les dents, fu­sils d’as­saut et aux aguets, croisent des bles­sés, les fau­teuils rou­lants, les plâtres. «Mon fils, mon fils…»

Sou­dain, un cri. Une mère qui s’ef­fondre et hurle «Mon fils, mon fils,

mon fils…». Ses filles la prennent par le bras. On la fait en­trer. Si­lence. Les autres com­prennent. Es­pèrent que la mau­vaise nou­velle ne tom­be­ra pas. Pas sur eux. Une femme pleure en si­lence sur l’épaule d’une autre: «Moi aus­si, j’ai per­du mon ma­ri, il n’y a pas de mots, pas de mots…»

Des si­rènes. En une mi­nute, une di­zaine de ber­lines s’en­gouffre dans le cou­loir qui mène aux ur­gences. Le Pré­sident est là. Quelques cu­rieux s’ap­prochent des bar­rières. Les autres, ha­gards, conti­nuent d’es­sayer de croire en quelque chose. Un mé­de­cin se prend la tête entre les mains. Une aide-soi­gnante fume sa clope: «C’est l’hor­reur ab­so­lue, on n’a pas dor­mi de­puis hier… Les ur­gences dé­bordent, des gens meurent, il y a des bles­sés par­tout…» Une fa­mille s’en va, glisse à

après-mi­di,une autre: « cou­rage, An­toine j’es­pè­rese fait opé­rerque ça cet ira aus­si pour votre frère…»

Des di­zaines d’autres ar­rivent. S’ar­rêtent dans le ga­let, trans­for­mé en centre de sou­tien psy­cho­lo­gique. Puis, at­tendent. Une femme té­lé­phone : «Yo­lande et la pe­tite n’ont rien, elles vont bien». Un jeune s’énerve: «Pu­tain, le nu­mé­ro de la pré­fec­ture ne marche pas, per­sonne ne sait rien!»

Un autre craque: «Vi­si­ble­ment, la pe­tite est dé­fi­gu­rée, elle a per­du un oeil…» San­glots. La cha­leur est in­sup­por­table. La dou­leur des autres aus­si. Les bé­né­voles, la Ré­serve ci­vile font ce qu’ils peuvent: ils dis­tri­buent des bou­teilles d’eau, un sou­rire, pressent une épaule. Re-Si­rènes. Le Pré­sident s’en va.

Ouas­si­la éclate: «Ah quand y a la télé, ils dé­barquent ! Mais c’était avant qu’il fal­lait agir... Avant que cette pe­tite fille de 4 ans se fasse rou­ler sur la tête.. Elle était par terre, le crâne fra­cas­sé. Et son père qui pleu­rait. Ça me hante...» Le cor­tège of­fi­ciel re­part. Res­tent les larmes. Et la co­lère.

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