Au bou­le­vard de la mort

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Attentat à Nice -

qui se passe. L’onde de peur se pro­page jus­qu’au Vieux Nice où les gens ar­rivent de toute part en cou­rant et en hur­lant. La­houaiej Bouh­lel, lui, ouvre le feu. Ar­mé d’un pis­to­let au­to­ma­tique 7.65, il vise pas­sants et po­li­ciers qui tentent de l’ar­rê­ter. Il y a des bles­sés. La ra­fale de balles ti­rée par les po­li­ciers na­tio­naux si­tués au ni­veau du Pa­lais de la Mé­di­ter­ra­née met un terme au mas­sacre. Qui n’au­ra du­ré, en tout et pour tout « que » 45 se­condes. À Saint-Isi­dore, le standard du ser­vice d’in­cen­die et de se­cours est pris d’as­saut. La pre­mière alerte fait état d’un ca­mion fou avec 30 morts et 100 bles­sés sur le car­reau. « Si­tôt le feu d’ar­ti­fice fi­ni, on re­çoit un pre­mier ap­pel par­lant d’un ca­mion qui a per­cu­té les pié­tons, té­moigne un pom­pier ni­çois. Au dé­but, on pense à un ac­ci­dent de la route. Un chauf­fard, un mec al­coo­li­sé ou qui a fait un ma­laise… Et d’un coup, le centre d’ap­pel ex­plose. Et là, c’est : “Ve­nez vite !” “Y’a plein de bles­sés”. “Ma femme est en train de mou­rir, elle est en sang, un ca­mion l’a écra­sée…” » l’arme chi­mique, à Nîmes. Le scé­na­rio en­vi­sa­geait une at­taque dans la fan zone de Nice. En ce 14 juillet, l’Eu­ro de foot s’est ache­vé de­puis quatre jours. La ter­reur a frap­pé au mo­ment où on ne l’at­ten­dait plus. Les exer­cices sont né­ces­saires. Mais la réa­li­té est im­pré­vi­sible. Au­cun pom­pier, au­cun po­li­cier n’est pré­pa­ré à l’hor­reur qui l’at­tend sur le ter­rain. Pour l’heure, le pre­mier ob­jec­tif est simple : « En­ga­ger un maxi­mum de se­cours, re­prend le se­cou­riste ni­çois. Mais on dé­couvre que les gens af­fluent de par­tout : dans des hô­tels, à la ca­serne Au­vare… A un mo­ment don­né, on ne com­prend plus rien. Rien, si­non qu’il y a une tue­rie. Des bles­sés nous ont eux­mêmes ap­pe­lés, en train de se vi­der de leur sang. » À l’autre bout du fil, les ci­vils s’or­ga­nisent comme ils peuvent en at­ten­dant les se­cours. À l’angle du bou­le­vard Gam­bet­ta et de la Pro­me­nade des An­glais, Ch­ris­to­pher, l’an­cien MNS qui a vu pas­ser le ca­mion, vient de mettre du monde à l’abri dans un ap­par­te­ment d’une rue pa­ral­lèle. « Mais je ne pou­vais pas at­tendre sans rien faire. » Le jeune homme de 33 ans a alors pris son cou­rage à bras-le-corps. Se ruant sur une Prom’ trans­for­mée en champs de ba­taille. Le ca­mion vient de s’im­mo­bi­li­ser de­puis cinq mi­nutes. Ch­ris­to­pher, qui croise le che­min d’un sa­peur-pom­pier de Pa­ris en va­cances sur la Côte, en­tre­prend de pro­di­guer les pre­miers soins. « La vi­sion est apo­ca­lyp­tique. Des têtes écla­tées. Des corps dé­mem­brés. Des ca­davres par di­zaines qui s’étendent sur des cen­taines de mètres… Je ne sais même pas par où com­men­cer. » Au dé­but on pense à un ac­ci­dent de la route ”

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