Dé­gra­fé. On ne sa­vait rien »

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Attentat à Nice -

Car dans le cadre du plan «No-Vi», il faut d’abord trier. C’est le rôle du di­rec­teur des soins mé­di­caux en col­la­bo­ra­tion avec le di­rec­teur in­cen­die et se­cours. En­semble, à l’écoute des hommes en­ga­gés, ils éva­luent l’état des vic­times : urgent, non-urgent et im­pli­qués. Dix-huit mé­de­cins et trente-six in­fir­miers sont en­ga­gés. Au fil de la soi­rée, les ef­fec­tifs se gonflent des 150 per­son­nels en re­pos re­ve­nus spon­ta­né­ment re­prendre du ser­vice et des ren­forts ex­té­rieurs, en par­ti­cu­lier du Var. De 120 au pre­mier dé­part, ils sont 275 du SDIS 06 à 3 heures du ma­tin plus les 190 ren­forts ex­té­rieurs. Une mo­bi­li­sa­tion sans pré­cé­dent de­puis l’ef­fon­dre­ment du su­per­mar­ché Ca­si­no en 1994 à Fer­ber. Si ce n’est pour les inondations des 3 et 4 oc­tobre 2015 qui avaient en­deuillé l’ouest du dé­par­te­ment. Du ja­mais vu éga­le­ment pour beau­coup de sa­peurs-pom­piers. Quand le bi­lan n’était en­core « que » de 73 dé­cès, per­sonne n’avait ja­mais vu au­tant de morts sur une même scène… cette soeur, ce ma­ri, ce fils… In­cré­dules quand ils ne sont pas en train de vo­mir leurs tripes, ils veillent le corps désar­ti­cu­lé de leur être cher pas­sé sous les roues dé­vas­ta­trices de La­houaiej Bouh­lel. Des cas par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­ciles à gé­rer pour les se­cours : « A chaque per­sonne qui ne vou­lait pas quit­ter une vic­time sous son lin­ceul, on a de­man­dé à des pom­piers de les sou­te­nir. En at­ten­dant les po­li­ciers», ra­conte en­core cet autre se­cou­riste très éprou­vé par toutes les images de la soi­rée. Si dif­fi­cile à gé­rer que cer­tains jour­na­listes, payent leur de­voir d’in­for­ma­tion, du cour­roux de ces proches fous de dou­leur. Cette dou­leur, ils la crient en si­lence. Si­lence as­sour­dis­sant. Les am­bu­lances ont éva­cué les bles­sés en «ur­gence ab­so­lue», les hé­li­cos ces­sé de tour­noyer. A ce mo­ment-là, le temps se fige. Pas de cri dé­chi­rant. Pas de pleurs os­ten­ta­toires. Ces jeunes pa­rents sou­dés, qui veillent un pe­tit drap blanc, se ré­con­fortent sans un mot. Veillée fu­nèbre sur le trot­toir. Le temps sus­pend son vol au-des­sus de l’une des plus belles baies du monde. C’est en si­lence, aus­si, qu’une pa­trouille de mi­li­taires ar­pente une Prom’ aux airs de char­nier de guerre. En si­lence, que cette pou­pée aban­don­née sug­gère le drame la gra­vi­té de leur si­tua­tion. Avoir le meilleur ac­com­pa­gne­ment per­son­na­li­sé de chaque fa­mille. Après, on oriente vers les ser­vices de l’État. Notre but, c’est de fa­ci­li­ter.» d’une fa­mille. Avant de par­tir, les pom­piers ont souf­flé des «ren­trez chez vous » aux vi­vants. Dès lors, seuls quelques mots nim­bés de pleurs sur­gissent des conver­sa­tions té­lé­pho­niques. « C’est l’hor­reur. Une Ne pas res­ter chez bou­che­rie. soi, pros­tré. Co­rinne, Comme à Les proches ma­jor de po­lice na­tio­nale, Pa­ris.» est jus­te­ment

en­deuillés « Ma­man est chez elle lorsque par­tie. Elle crient leur le bi­lan ne cesse est par­tie, tu de grim­per: «J’ha­bite

dou­leur en­tends?» sur les hau­teurs de Il y a les dé­funts. en si­lence ” Nice. On avait ob­ser­vé, Les de loin, le feu bles­sés dans un état cri­tique. Et d’ar­ti­fice avec des amis. C’est mon les autres. Ceux qui souffrent de père, à l’étran­ger qui m’a ap­pe­lé bles­sures plus légères. Ceux qui pour de­man­der si tout al­lait bien. cherchent un proche. Ou ceux qui, Comme il in­sis­tait et que je ne com­pre­nais sim­ple­ment, y étaient. Les « im­pli­qués pas, il m’a dit re­gar­der les », comme disent les se­cours. chaînes d’in­fo. Je n’en suis pas re­ve­nu. Comme beau­coup de col­lègues j’ai fon­cé prê­ter main-forte aux autres». Of­fi­cier de po­lice ju­di­ciaire, son job ce sont les consta­ta­tions, les au­di­tions. « Là on s’est re­trou­vé sur un ter­rain où les me­naces de tirs exis­taient. On avan­çait avec le flingue dé­gra­fé. On ne sa­vait pas. Les troupes d’élites étaient là pour sé­cu­ri­ser, pas nous. On di­sait aux gens aux fe­nêtres de ren­trer. Aux autres de ne pas prendre de pho­tos. Il a fal­lu faire le tri par­mi les té­moi­gnages. Bref, on est res­té de­hors jus­qu’à 5 heures du ma­tin». La ru­meur. Arme col­la­té­rale de la ter­reur. Elle a frap­pé dans le VieuxNice, place Ga­ri­bal­di, place Mas­sé­na, et jus­qu’à Cannes où cer­tains, té­lé­phone col­lé à la joue, as­surent qu’il y a « un, ou deux ter­reurs». Les po­li­ciers vé­ri­fient. Vé­ri­fient en­core. Jus­qu’à s’as­su­rer qu’il n’en était rien. « Beau­coup de gens nous ap­pe­laient ca­chés dans les im­meubles,

Dans une confu­sion ex­trême, les po­li­ciers pro­gressent avec la plus grande vigilance dans le centre-ville.

Le mi­nistre de l’In­té­rieur, Ber­nard Ca­ze­neuve est ar­ri­vé peu avant  heures du ma­tin sur les lieux.

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