Le Gym « tou­ché dans sa chair »

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Sports - À DIVONNE, WILLIAM HUMBERSET

Contrôle du ge­nou dans la course, vo­lée en­chaî­née du pied droit : lu­carne. Ma­thieu Bod­mer est un ar­tiste tech­ni­que­ment, ce n’est pas nou­veau. Mais son chef-d’oeuvre passe presque in­aper­çu chez ses co­équi­piers. D’or­di­naire, les cham­brages et les sourires rythment vo­lon­tiers ces pe­tits jeux à trois équipes où le vain­queur reste sur le ter­rain. Mais ce ven­dre­di ma­tin, si le coeur est à l’ou­vrage, il n’est pas du tout à la fête sur le pré de Divonne. Parce que le « foot­ball est ac­ces­soire » dans un len­de­main tra­gique comme ce­lui vé­cu hier. C’est le club qui af­fiche la formule sur son site internet. Les joueurs, eux, font leur job sans com­men­taires. Une pu­deur col­lec­tive qui ne masque pas les dou­leurs per­son­nelles de tous ces hommes vê­tus de noir. Alexy Bo­set­ti, le plus Nis­sart de tous les Ai­glons, n’a pas bien dor­mi. Jus­qu’à très tard, il a chas­sé sa peine, ses an­goisses et sa co­lère sur Twit­ter. Mes­sages de sou­tien et por­traits de per­sonnes dis­pa­rues sont en per­ma­nence re­layés sur son pro­fil. L’Ai­glon de 23 ans a le coeur gros, il est meur­tri. « Amore mio... Sempre con te ! » (Mon amour... Tou­jours avec toi !») lan­ce­ra-t-il à deux heures du ma­tin tel un amou­reux éper­du par la dou­leur de sa chère et tendre. Le ciel est bleu, la mer est azur, les cou­leurs sont ma­gni­fiques sur la pho­to de la Prom’ qui ac­com­pagne son com­men­taire. Un cli­ché qui contraste avec l’igno­mi­nie du ter­ro­riste qui a mis le bord de mer ni­çois à feu et à sang.

La nou­velle a gla­cé une soi­rée qui sem­blait par­tie pour être or­di­naire jeu­di soir. Après le re­pas col­lec­tif de 20h30, quelques joueurs se ras­semblent pour ta­per le car­ton. Il est en­vi­ron 22h30, ça ri­gole dans le sa­lon du Grand Hô­tel. Puis le té­lé­phone de l’un des membres du groupe sonne et la soi­rée bas­cule. Aba­sour­di par ce qu’il en­tend, l’Ai­glon ex­plique à ses co­équi­piers le ter­rible drame qui est en train de se jouer à 500 km de là. Cha­cun regagne sa chambre dans la fou­lée. Pour prendre des nou­velles des proches et sur­veiller les chaînes d’in­fos. La soi­rée se­ra longue et la nuit courte. Les ré­seaux so­ciaux de­viennent des exu­toires de leur peine. Sur Twit­ter, Plea en­voie un «Nis­sa» ac­com­pa­gné d’un coeur. Paul Baysse rem­place sa pho­to de pro­fil par une ban­nière noire pour ima­ger «l’hor­reur». Au pe­tit-dé­jeu­ner de 8h30, les mines et les bouches sont fer­mées. Les «bon­jour» sont ti­mides et sou­vent ac­com­pa­gnés d’un «tout va bien chez toi ?». L’am­biance est pe­sante, aus­tère. La té­lé­vi­sion est la prin­ci­pale source d’in­for­ma­tion et le té­lé­phone de­vient une source d’in­quié­tude. Tous re­doutent le mes­sage ou l’ap­pel qui ap­por­te­rait une énième mau­vaise nou­velle. Jus­qu’à hier soir, elle n’était heu­reu­se­ment ar­ri­vée pour per­sonne. Sou­cieux de pré­ser­ver le mo­ral de ses troupes, Lu­cien Favre a de­man­dé à ses joueurs de gar­der un maxi­mum la tête au ter­rain lors de la séance ma­ti­nale. Au­jourd’hui, ses hommes res­pec­te­ront une mi­nute de si­lence avant le pre­mier match ami­cal et por­te­ront un bras­sard noir contre le Ser­vette (18 h). Comme ses sup­por­ters et sa ville, le Gym a été «tou­ché dans sa chair».

(Pho­to Y.F./OGCN)

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