« L’opé­ra­tion d’écra­se­ment » re­ven­di­quée par Daesh

L’or­ga­ni­sa­tion ter­ro­riste af­firme que le chauf­feur était un de ses « sol­dats ». Ber­nard Ca­ze­neuve parle d’une « ra­di­ca­li­sa­tion » ré­cente. Mais au­cun ma­té­riel de pro­pa­gande n’au­rait été re­trou­vé

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Attentat A Nice - ÉRIC GALLIANO egal­lia­no@ni­cema­tin.fr

Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel se­rait donc « un des sol­dats de l’État Is­la­mique ». C’est l’or­ga­ni­sa­tion ter­ro­riste elle-même qui l’af­firme. Près de 36 heures après les faits, Daesh a re­ven­di­qué, hier ma­tin, l’at­ten­tat per­pé­tré jeu­di soir sur la Pro­me­nade des An­glais. Dans un com­mu­ni­qué dif­fu­sé sur les ré­seaux so­ciaux par l’agence Amaq, l’État is­la­mique évoque « l’opé­ra­tion d’écra­se­ment de Nice » et af­firme que son au­teur l’a exé­cu­tée en «ré­pon­dant à [son] ap­pel à vi­ser les ci­toyens de la coa­li­tion».

Cette re­ven­di­ca­tion suf­fi­telle pour au­tant à faire de Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel un dji­ha­diste? Peu après sa dif­fu­sion, le mi­nistre de l’In­té­rieur Ber­nard Ca­ze­neuve a évo­qué, hier, une pos­sible « ra­di­ca­li­sa­tion très ra­pide » de Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel. Ce Tu­ni­sien de 31 ans était pour­tant dé­crit jusque-là par ses voi­sins comme un mu­sul­man «ab­so­lu­ment pas pra­ti­quant », «bu­vant de l’al­cool»,

se mon­trant «par­fois violent » et sem­blant souf­frir sur­tout de «troubles psy­cho­lo­giques».

Contact com­pro­met­tant

Une source proche de l’en­quête évoque un « pro­fil de

dés­équi­li­bré». Pour au­tant, jus­qu’au plus haut som­met de l’État, l’hy­po­thèse d’un acte ter­ro­riste a très vite été avan­cée. Dans la nuit du 14 juillet, alors que Ber­nard Ca­ze­neuve ve­nait d’at­ter­rir à Nice, cette piste avait été évo­quée lors d’une réunion de crise or­ga­ni­sée au Pa­lais de la Mé­di­ter­ra­née. À quelques mètres de là, dans le ca­mion où gi­sait en­core le corps de Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel abat­tu par la po­lice, les en­quê­teurs ve­naient en ef­fet de ré­cu­pé­rer le té­lé­phone por­table de ce Tu­ni­sien. Dans la liste de ses contacts, un nom ne leur était pas in­con­nu. Ce­lui d’une fa­mille de Nice-Nord ma­ni­fes­te­ment fi­chée par les ser­vices de ren­sei­gne­ment pour son ap­par­te­nance pré­su­mée à la mou­vance ra­di­cale. Il s’agi­rait de l’une des cinq per­sonnes pla­cées de­puis en garde à vue dans le cadre de cette en­quête. L’ex-com­pagne de Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel avait été in­ter­pel­lée quelques heures seule­ment après le drame. Un peu plus tard dans la jour­née, c’était au tour d’un de ses proches d’être ap­pré­hen­dé. Et, hier ma­tin, les en­quê­teurs ont à nou­veau « ta­pé », in­ter­pel­lant trois nou­veaux sus­pects rues Miol­lis et Mar­ceau. Se­lon une source proche de l’en­quête : «On ne peut pas par­ler de com­plices en l’état des in­ves­ti­ga­tions ».

Il s’agi­rait avant tout de re­la­tions proches du tueur, sur­tout connues pour des faits de dé­lin­quance. C’est pour­tant sur les dé­cla­ra­tions de l’un d’eux que se ba­se­rait le mi­nistre de l’In­té­rieur pour évo­quer la ré­cente «ra­di­ca­li­sa­tion» de Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel. Lors de son in­ter­ro­ga­toire, l’un des cinq gar­dés à vue au­rait af­fir­mé que ce der­nier évo­quait de plus en plus ré­gu­liè­re­ment l’État is­la­mique dans ses conver­sa­tions. S’est-il ou­vert au­près de lui de son fu­neste pro­jet? Le mi­nistre de l’In­té­rieur n’est pas al­lé jusque-là et le par­quet de Pa­ris s’est re­fu­sé hier à toute dé­cla­ra­tion.

Tex­tos équi­voques

Outre la re­ven­di­ca­tion de l’at­ten­tat par l’État is­la­mique, le mo­bile idéo­lo­gique de cette at­taque au ca­mion qui a tué 84 per­sonnes et en a bles­sé plus de 200 re­po­se­rait donc sur les dé­cla­ra­tions d’un homme. Car, une source proche de l’en­quête af­firme qu’au­cun « ma­té­riel

de pro­pa­gande» n’au­rait été dé­cou­vert au do­mi­cile de Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel. Son or­di­na­teur et son té­lé­phone conti­nuent tou­te­fois d’être ex­ploi­tés par les ex­perts de la sous-di­rec­tion an­ti­ter­ro­riste de la PJ. Se­lon nos in­for­ma­tions, les po­li­ciers sui­vraient no­tam­ment la trace de tex­tos équi­voques où le tueur écrit être en pos­ses­sion « du ma­té­riel ». Par ailleurs des cen­taines de té­moins ont d’ores et dé­jà été en­ten­dues. Et, tou­jours se­lon la même source, au­cun d’eux n’au­rait en­ten­du le chauf­feur fou faire ré­fé­rence à Al­lah. En re­vanche, Bra­him un ha­bi­tant du quar­tier BonVoyage as­sure que Mo­ha­med La­houaiej Bouh­lel, mar­qué par «une sé­pa­ra­tion qu’il

n’ac­cep­tait pas» au­rait ré­pé­té à plu­sieurs re­prises que sa femme «al­lait en­tendre par­ler de lui».

« Un ca­mion comme une ton­deuse à ga­zon »

Cette der­nière, dont la garde à vue a été pro­lon­gée hier, connais­sait dé­jà son ca­rac­tère violent. Elle n’ima­gi­nait sans doute pas qu’il était ca­pable d’une telle hor­reur. Une at­taque dont le pro­cu­reur Fran­çois Mo­lins a rap­pe­lé qu’elle cor­res­pon­dait au mode opé­ra­toire pré­co­ni­sé par Daesh. «Uti­li­sez un ca­mion comme une ton­deuse à ga­zon, ex­horte dans sa pro­pa­gande l’or­ga­ni­sa­tion ter­ro­riste. Al­lez dans les en­droits les plus den­sé­ment peu­plés et pre­nez le maxi­mum de vi­tesse pour faire le plus de dé­gâts. Si vous avez ac­cès à une arme à feu, uti­li­sez-la pour fi­nir le tra­vail.» Un scé­na­rio qui dé­crit par­fai­te­ment ce qui s’est pas­sé ce 14 juillet à Nice. De quoi étayer la piste is­la­miste qui pour au­tant est en­core loin d’être dé­mon­trée en l’état des élé­ments d’en­quête dé­voi­lés.

(Pho­to in­ter­naute Ni­ko Ya­nis Si­mar)

Nou­velle per­qui­si­tion, hier, rue Mar­ceau à Nice.

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