«L’hor­reur de Nice, c’est Le Mas­sacre des In­no­cents»

De Nice ou d’ailleurs, les ac­teurs du mar­ché de l’art rendent un hom­mage ap­puyé – et par­fois ima­gé – aux vic­times de la Pro­me­nade des An­glais

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Art Et Enchères - THO­MAS MI­CHEL tmi­chel@ni­cema­tin.fr

Si­tôt la Prom’ rou­verte hier, deux street ar­tistes ni­çois, Fa­ben (Ben­ja­min Fa­bris) et Brian Cad­dy ont ten­du une toile éphé­mère de cel­lo­phane entre deux pal­miers face au ca­si­no Ruhl. Bombes – d’amour – en mains, ils ont graf­fé des mes­sages de paix sous les yeux em­bués de larmes de mil­liers de Ni­çois et tou­ristes ve­nus fou­ler un bi­tume en­san­glan­té par la fo­lie d’un ka­mi­kaze le 14-Juillet. « Mer­ci les gars!», «Ça fait du bien», «Bra­vo!». Marques de sym­pa­thie et ac­co­lades se sont alors mul­ti­pliées sous l’oeil des di­zaines de ca­mé­ras des mé­dias in­ter­na­tio­naux. Ré­pu­té pour son per­son­nage de Mr Lo­ver, qui de­puis des moiss’ af fichent dans Nice, Pa­ris et d’ autres ca­pi­tal es eu­ro­péenne s avec pour seule am­bi­tion d’unir les gens, Fa­ben re­gret­tait d’ac­co­ler une troi­sième fois – Après Char­lie et le 13-No­vembre – son mes­sage d’amour à de si tra­giques évé­ne­ments. «C’est d’au­tant plus cho­quant parce que c’est à la mai­son. Mais c’est cho­quant par­tout dans le monde! Le mes­sage, c’est de prendre conscience du cô­té éphé­mère de nos vies. Qu’on en pro­fite pour par­ta­ger, s’écou­ter, connaître les gens au­tour de nous.»

« Amour et res­pect »

Ega­le­ment ni­çois et «pro­fon­dé­ment at­tris­té », le com­mis­saire-pri­seur Pierre-Do­mi­nique An­to­ni­ni (Bois­gi­rard) en ap­pelle à l’art comme vec­teur de paix. «Je té­moigne toutes mes plus sin­cères condo­léances aux fa­milles des vic­times. La culture et l’art sont un moyen ma­gni­fique de ma­ni­fes­ter notre li­ber­té et de lut­ter contre la bar­ba­rie. Nous de­vons gar­der ce­la au plus pro­fond de nous.» Entre deux coups de mar­teau au Mar­ti­nez, son confrère can­nois, Jean-Pierre Besch, te­nait à s’ins­cire dans cet élan de so­li­da­ri­té. «Toute l’étude et nos ex­perts se joignent à moi pour té­moi­gner une pen­sée ap­puyée aux vic­times et un vif sou­tien aux fa­milles et à leurs proches. Nous res­tons à dis­po­si­tion de nos amis ni­çois pour ap­por­ter notre con­tri­bu­tion pro­fes­sion­nelle à une éven­tuelle ac­tion ca­ri­ta­tive. Seuls l’amour et le res­pect d’au­trui peuvent lut­ter contre cette bar­ba­rie.» L’onde de choc s’est évi­dem­ment pro­pa­gée jus­qu’à Pa­ris, ca­pi­tale meur­trie. Fran­cis Briest,vi ce-pré­sident du groupe Art cu­rial SA, pré­fé­rant user d’ une oeuvre pour ré­su­mer l’ es­prit de tous .« L’ hor­reur de Nice est celle de la re­pré­sen­ta­tion par Pous­sin, en 1629, du Mas­sacre des In­no­cents (ci-des­sus).» «Nous sommes de tout coeur avec les vic­times de cet acte abo­mi­nable. Cette ter­rible ac­tua­li­té rend nos ventes et notre ac­ti­vi­té dé­ri­soires et en même temps, ne pas rem­plir notre mis­sion se­rait une nou­velle dé­faite face à l’obs­cu­ran­tisme», pour­suit le pré­sident dé­lé­gué d’Art­cu­rial, Fran­çois Ta­jan.

«Au-de­là des croyances»

«Une pen­sée et une prière aux vic­times di­rectes et col­la­té­rales de ce car­nage in­to­lé­rable. L’obs­cu­ran­tisme ne vain­cra pas », a quant à lui évo­qué Ar­naud Y vos, com­mis­saire-pri­seur à Saint-Ra­phaël. Var émi­nem­ment so­li­daire,où Jean-Do­mi­nique Gr os set­ti, com­mis­saire-pri­seur à Dra­gui­gnan parle d’une «cruelle ab­sur­di­té li­vrant des vic­times in­no­centes à la fo­lie meur­trière du ter­ro­risme fa­na­tique… Je vou­drais évo­quer un té­moi­gnage d’in­tel­li­gence et de sa­voir par­ta­gé entre l’Orient et l’Oc­ci­dent. Il s’agit de l’as­tro­labe “Ca­ro­lin­gien” conser­vé à l’Ins­ti­tut du Monde Arabe. Un ob­jet éton­nant et té­moin des échanges in­tel­lec­tuels de l’an mil. Un tré­sor de science et de culture uni­ver­selle. J’ai­me­rais af­fir­mer que la rai­son triomphe tou­jours de l’igno­rance ; que la jus­tice triomphe tou­jours de la bar­ba­rie car les hommes et les femmes de bonne vo­lon­té fi­nissent tou­jours par s’unir pour triom­pher du mal, au-dé­là des croyances et des pré­ju­gés.» En­fin Franck Baille, pré­sident de l’Hô­tel des ventes de Monte-Car­lo, d’ ou­vrir le dé­bat à la lueur des on ex­pé­rience .« Ayant vé­cu au quo­ti­dien en 1976 la guerre ci­vile au Li­ban, je re­trouve les mêmes émo­tions, les mêmes condi­tions d’ex­plo­sion. Que faire ? Aux hommes d’Etat de four­nir le lan­gage qui donne le cap sur la doc­trine de sé­cu­ri­té. Nous com­pre­nons tous à pré­sent que la bas­cule est faite et qu’il fau­dra rai­son­ner au­tre­ment. Mais as­sez de com­mé­mo­ra­tions, de marches blanches, de dra­peaux en berne… Doit-on ou­vrir un Guan­ta­na­mo fran­çais ? For­mer une garde na­tio­nale à la suisse ou à l’is­raé­lienne? Cer­tai­ne­ment re­nouer avec nos proches amis comme la Rus­sie et pro­té­ger l’iden­ti­té ju­déo-chré­tienne, no­tam­ment au Moyen-Orient. Dans l’at­tente des pro­chains ren­dez-vous si­nistres…»

(Pho­to Ri­vie­raK­ris)

Hier, les street ar­tistes Fa­ben et Brian Cad­dy ont éclai­ré la Prom’ de mes­sages de paix. «UNi­ceOnNous» («hom­mage aux vic­times de la fo­lie in­hu­maine») pou­vait-on lire de­vant le ca­si­no Ruhl. Au ver­so: «On s’aide à l’amour, on cède pas à la haine» «Nice&Lov».

Le Mas­sacre des In­no­cents. Ni­co­las Pous­sin ().

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