Il pré­pa­rait le mas­sacre de­puis des se­maines

L’en­quête de la PJ se concentre sur l’en­tou­rage de La­houaiej-Bouh­lel, le tueur de la Pro­me­nade. Huit per­sonnes étaient gar­dées à vue hier soir. Les con­tacts avec Daesh res­tent à dé­mon­trer

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Attentat à Nice - CH­RIS­TOPHE PER­RIN chper­rin@ni­ce­ma­tin.fr

Les en­quê­teurs en ont la preuve. Le mas­sacre du 14 juillet à Nice (84 morts, plus de 200 bles­sés) était pla­ni­fié, mi­nu­tieu­se­ment pré­pa­ré « de­puis

des se­maines, voire des mois » ,par Mo­ha­med La­houaiej-Bouh­lel, Tu­ni­sien de 31 ans, chauf­feur-li­vreur, do­mi­ci­lié à Nice et père de trois en­fants. Les ca­mé­ras du Centre de su­per­vi­sion ur­baine at­testent qu’il est ve­nu re­pé­rer les lieux de son ahu­ris­sante tue­rie. A-t-il bé­né­fi­cié de com­pli­ci­té et d’un sou­tien lo­gis­tique ? Cette ques­tion ta­raude la po­lice ju­di­ciaire qui mo­bi­lise toutes ses forces sur cette en­quête. Dra­peau tri­co­lore en berne et lourde porte mé­tal­lique fer­mée, la ca­serne Au­vare res­sem­blait, hier, à un camp re­tran­ché. Sur le trot­toir d’en face, les ca­mé­ras de té­lé­vi­sion braquent leurs ob­jec­tifs. Des drones ont même sur­vo­lé les lieux avant d’être in­ter­cep­tés. Les voi­tures ba­na­li­sées avec à l’in­té­rieur des po­li­ciers en­ca­gou­lés ne cessent d’al­ler et ve­nir. À 11h30, Ajer, l’épouse en ins­tance de di­vorce de Mo­ha­med La­houaiej-Bouh­lel, sort dis­crè­te­ment, dans la voi­ture d’un avo­cat. Elle a lais­sé la place à un couple d’Al­ba­nais, in­ter­pel­lé rue Miol­lis à Nice, hier à l’aube. He­naj, dit Gio­van­ni, 38 ans, est soup­çon­né d’avoir ven­du le pis­to­let 7,65 mm, arme de pe­tit ca­libre dont s’est ser­vi La­houaiej-Bouh­lel jeu­di soir au vo­lant de son 19 tonnes de lo­ca­tion.

Il cher­chait à dif­fu­ser de la pro­pa­gande dji­ha­diste

L’in­ter­mé­diaire se­rait Ram­zi, 22 ans, une connais­sance du « sol­dat de Daesh », au temps pas si loin­tain où il consom­mait ha­schich et co­caïne. « La fa­mille de Ram­zi vit très mal la per­qui­si­tion qui s’est dé­rou­lée de ma­nière hou­leuse, af­firme Me Jean-Pas­cal Pa­do­va­ni. Ce jeune homme, se­lon ses proches, est connu pour des pe­tits tra­fics mais n’est pas du tout un ra­di­ca­li­sé.» Les autres per­sonnes gar­dées à vue ont été in­ter­pel­lées après l’ex­ploi­ta­tion du té­lé­phone et de l’or­di­na­teur de La­houaiej-Bouh­lel. Le smart­phone a été sai­si dans la ca­bine du ca­mion. Sou­cieux de se mettre en scène, le ter­ro­riste s’est pris en pho­to au vo­lant du poids lourd entre le 11 et le 14 juillet. L’or­di­na­teur dé­cou­vert dans son ap­par­te­ment, route de Tu­rin, dé­mon­tre­rait que Bouh­lel cher­chait, ses der­niers temps, à dif­fu­ser de la pro­pa­gande dji­ha­diste. Peu avant l’at­ten­tat de Nice jeu­di soir, le ter­ro­riste a en­voyé un SMS se fé­li­ci­tant d’avoir re­çu du ma­té­riel, ci­tant une adresse à Nice. Ce mys­té­rieux mes­sage avait contraint la po­lice à fouiller avec d’in­fi­nies pré­cau­tions le lieu en ques­tion, re­dou­tant qu’il soit pié­gé. Ils n’y ont rien dé­cou­vert.

Trois sus­pects trans­fé­rés

Hier soir, les en­quê­teurs (ve­nus de Corse, de Di­jon et de Pa­ris pour ren­for­cer leurs col­lègues ni­çois), pro­cé­daient en­core à des per­qui­si­tions et à des re­le­vés d’em­preintes sur les voi­tures des dif­fé­rents sus­pects. Trois d’entre eux de­vaient être trans­fé­rés à Pa­ris dans la nuit. « Nous avons à in­ter­ro­ger tous ceux qui ont été en contact avec Bouh­lel, à éta­blir son tis­su re­la­tion­nel » ,ex­plique un en­quê­teur. Aga­cé par cer­taines fuites hier ma­tin sur une chaîne d’in­for­ma­tions au su­jet de SMS ré­di­gés par le tueur, un com­mis­saire parle de « sup­pu­ta­tions, d’élé­ments par­cel­laires pour le be­soin de ra­con­ter une his­toire qui n’est pas la réa­li­té.» Faut-il com­prendre en creux que La­houaiej-Bouh­lel reste à ce jour un tueur so­li­taire, de plus en plus cou­pé de ses proches? Et qu’il s’est op­por­tu­né­ment je­té dans les bras de Daesh, sa nou­velle fa­mille sans, pour au­tant avoir éta­bli clai­re­ment le contact? Daesh a re­ven­di­qué le mas­sacre du 14 juillet. Dans la nuit de sa­me­di à di­manche, l’or­ga­ni­sa­tion ter­ro­riste a per­sis­té en dif­fu­sant un mon­tage vi­déo avec les der­niers at­ten­tats de Pa­ris, Bruxelles, Or­lan­do et Nice ac­com­pa­gné d’un com­men­taire en fran­çais. Le film s’achève avec cette ques­tion, cy­nique que gla­çante : « Qui se­ra le pro­chain? »

(Pho­to Franck Fer­nandes)

L’ex­ploi­ta­tion du té­lé­phone de La­houaiej-Bouh­lel, sai­si dans le ca­mion de lo­ca­tion, a pro­vo­qué une sé­rie d’in­ter­pel­la­tions à Nice.

(Pho­to Jean-Fran­çois Ot­to­nel­lo)

Des po­li­ciers de Pa­ris, de Corse et de Di­jon sont ve­nus ren­for­cer leurs col­lègues ni­çois.

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