Ju­liette Méa­del, se­cré­taire d’État aux vic­times : « L’at­tente est le prix de la vé­ri­té »

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Attentat à Nice - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR AU­RORE MAL­VAL amal­val@ni­ce­ma­tin.fr

Trois jours entre l’at­ten­tat et l’iden­ti­fi­ca­tion d’un corps : com­ment ex­pli­quer aux fa­milles ce dé­lai in­ter­mi­nable ?

Bien sûr, c’est une dou­leur im­mense pour les fa­milles des vic­times. Mais il faut bien com­prendre que l’er­reur n’est pas per­mise, parce qu’elle ajou­te­rait de la dou­leur à la dou­leur. Tout est mis en oeuvre pour le­ver les doutes. L’at­tente est in­sup­por­table pour les proches, mais elle est le prix, la ga­ran­tie de la vé­ri­té.

Com­ment l’iden­ti­fi­ca­tion des corps est-elle éta­blie ?

D’abord on re­cherche l’iden­ti­té des per­sonnes dé­cé­dées à l’aide des élé­ments ante mor­tem, (brosses à dents, ra­dios, vê­te­ments) pour pou­voir ef­fec­tuer des pré­lè­ve­ments ADN, puis avec des élé­ments post mor­tem, c’est-à-dire tout ce qui a été pré­le­vé sur les corps. Ces élé­ments sont com­pa­rés. Il faut un peu de temps, c’est tout l’ob­jet du tra­vail qui est me­né à la Mai­son des vic­times à Nice, no­tam­ment avec les équipes de la po­lice ju­di­ciaire. C’est un lieu unique dans le­quel on co­or­donne tout, on évite aux proches de se dis­per­ser, et sur­tout, on les ac­com­pagne. C’est ex­trê­me­ment dou­lou­reux de ve­nir lorsque vous avez per­du un proche. Il faut le faire en dou­ceur, avec un ac­com­pa­gne­ment spé­ci­fique, sur me­sure.

Quand est-ce que les fa­milles pour­ront es­pé­rer ré­cu­pé­rer les corps de leurs proches ?

L’iden­ti­fi­ca­tion est for­mel­le­ment éta­blie par une com­mis­sion d’iden­ti­fi­ca­tion, com­po­sée de mé­de­cins, bio­lo­gistes, ex­perts, sous l’au­to­ri­té du par­quet. Pour l’at­ten­tat de Nice, la pro­cé­dure a été ac­cé­lé­rée. La com­mis­sion s’est réunie une pre­mière fois le  juillet au ma­tin, et de­puis, elle se réunit deux fois par jour. Au­jourd’hui, sur les  per­sonnes dé­cé­dées,  ont été for­mel­le­ment iden­ti­fiées. Ce ma­tin,  pré­sen­ta­tions de corps étaient pro­gram­mées. En­suite, le cer­ti­fi­cat de dé­cès est éta­bli et le par­quet peut dé­li­vrer le per­mis d’in­hu­mer.

Ce dis­po­si­tif a-t-il évo­lué de­puis les at­ten­tats du  No­vembre ?

Il y avait dé­jà eu un lieu d’ac­cueil unique, à l’École mi­li­taire. Ce qui a été mis en place à Nice l’a été plus ra­pi­de­ment, du fait de l’ex­pé­rience du pas­sé, mais aus­si des exer­cices de si­mu­la­tion d’at­ten­tats qui ont été réa­li­sés. Mon tra­vail est de veiller à ce que tous les ac­teurs soient bien co­or­don­nés et d’an­ti­ci­per la prise en charge dans la du­rée.

Il y a quelques mois, vous an­non­ciez la créa­tion pro­chaine d’un gui­chet unique pour la prise en charge des vic­times, où en est-il ?

C’est ce que nous fai­sons avec le nu­mé­ro unique de la Com­mis­sion in­ter­mi­nis­té­rielle d’aide aux vic­times (CIAV). C’est la pre­mière in­car­na­tion de ce gui­chet unique. Une heure et de­mie après l’at­ten­tat, le .... a été mis en place. À ce jour, il a re­çu   ap­pels et   e-mails. Nous avons aus­si ren­for­cé cette struc­ture té­lé­pho­nique, il n’y a pas eu de bug. Du per­son­nel com­pé­tent a été im­mé­dia­te­ment en­voyé à Nice. Il avait l’ex­pé­rience du  No­vembre et a été très vite opé­ra­tion­nel.

Vous par­liez d’un site In­ter­net pour sim­pli­fier les dé­marches, qui re­lèvent sou­vent du par­cours du com­bat­tant?

Dans l’at­ten­tat, il y a deux temps. L’ur­gence et le sui­vi. Cette se­conde phase est celle des dé­marches, qui se­ront fa­ci­li­tées par la mise en ligne d’un site In­ter­net sur le­quel nous sommes en train de tra­vailler. Nous fai­sons tout pour que les vic­times de Nice puissent l’uti­li­ser.

Un nu­mé­ro d’ap­pel est lan­cé au­jourd’hui pour les in­for­mer sur le pro­ces­sus d’in­dem­ni­sa­tion...

Ef­fec­ti­ve­ment, les vic­times et leur proches peuvent contac­ter le Fonds qui in­dem­nise les vic­times d’actes de ter­ro­risme, le FGTI, en com­po­sant le ...., ou via l’adresse e-mail : vic­timesjuillet@fga.fr Et un ré­fé­rent du FGTI est à la dis­po­si­tion de chaque vic­time pour ré­pondre aux ques­tions et l’ac­com­pa­gner dans la consti­tu­tion de son dos­sier d‘in­dem­ni­sa­tion.

Les vic­times psy­cho­lo­giques, qui au­raient été trau­ma­ti­sées parce que frô­lées par le ca­mion par exemple, son­telles prises en charge ?

Con­crè­te­ment, sur le ter­rain, elles peuvent se rendre au Centre uni­ver­si­taire mé­di­ter­ra­néeen, où des cel­lules d’ur­gence mé­di­co­psy­cho­lo­giques ont été mises en place. Lorsque leur trau­ma­tisme est avé­ré, avec des cer­ti­fi­cats mé­di­caux et des dé­pôts de plainte, elles peuvent faire par­tie de ce qu’on ap­pelle les vic­times“cho­quées”. Se­ront in­dem­ni­sés les bles­sés, les proches des per­sonnes dé­cé­dées mais aus­si ces vic­times cho­quées dont les symp­tômes peuvent se ma­ni­fes­ter des mois après l’at­ten­tat, dès lors qu’elles se trou­vaient dans la zone de dan­ger.

Quand se­ront ver­sées les pre­mières in­dem­ni­sa­tions ?

Des pre­mières pro­vi­sions pour­ront être ver­sées à par­tir de la fin de cette se­maine. Parce qu’il y a des dé­penses ur­gentes, il faut pou­voir ai­der ceux qui en ont le plus be­soin. C’est une avance sur in­dem­ni­sa­tion, à dis­tin­guer de l’in­dem­ni­sa­tion to­tale et fi­nale, qui n’in­ter­vient qu’au terme du pro­ces­sus de ré­pa­ra­tion.

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