Sur­po­pu­la­tion car­cé­rale: le garde des Sceaux tire la son­nette d’alarme

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - France -

Il es­père pro­vo­quer la prise de conscience «d’une opi­nion pu­blique schi­zo­phrène» , qui «veut à la fois plus d’en­fer­me­ment, comme ma­ni­fes­ta­tion d’une sé­vé­ri­té lé­gi­time, et de l’hu­ma­ni­té, par al­ler­gie aux condi­tions de vie dé­gra­dantes des dé­te­nus et des sur­veillants» ;le garde des Sceaux, Jean-Jacques Ur­voas, re­vient lon­gue­ment dans un en­tre­tien à L’Ex­press sur le pro­blème, chro­nique mais­par­ti­cu­liè­re­ment­préoc­cu­pan­tence mo­ment, de la sur­po­pu­la­tion car­cé­rale. Car les pri­sons fran­çaises sont plus que ja­mais des co­cottes-mi­nute. De­puis plu­sieurs mois, le nombre de dé­te­nus frôle le re­cord his­to­rique, éta­bli en avril 2014, de 68859 per­sonnes in­car­cé­rées: il était de 68685 en mai, à peine moins en juin, et juillet ne s’an­nonce pas bon. Le tout pour 58683 places «opé­ra­tion­nelles» et avec­prèsde1500ma­te­la­sau­sol.Acette sur­po­pu­la­tion s’ajoute une pé­nu­rie de sur­veillants (4000 pour un ef­fec­tif de 27000)en­rai­son­de­pos­tes­va­cant­setde l’ab­sen­téisme.

  eu­ros par cel­lule

Une si­tua­tion que beau­coup voient comme les consé­quences d’un cli­mat sé­cu­ri­taire qui condui­rait les juges à dur­cir les peines: «La du­rée moyenne a aug­men­té de 9 à 11 mois, les gens vont plus fa­ci­le­ment en pri­son et plus long­temps», in­dique Cla­risse Ta­ron, du Syn­di­cat de la ma­gis­tra­ture (clas­sé à gauche). Et un cock­tail ex­plo­sif dé­non­cé ces der­niers mois par les pro­fes­sion­nels, ave­cle­blo­ca­geen­mai­du­cen­tre­pé­ni­ten­tiaire de Per­pi­gnan, une grève à ce­lui de La Far­lède (Var) en juin, le blo­cage de la mai­son d’ar­rêt d’Os­ny (Val-d’Oise) en juillet et la lettre de la di­rec­trice de Fleu­ry-Mé­ro­gis (Es­sonne) à sa hié­rar­chiea­ler­tant­sur «une si­tua­tion par­ti­cu­liè­re­ment in­quié­tante». Le mi­nistre s’est dé­jà pro­non­cé pour la construc­tion de nou­velles places. A droite, on juge que 10000 à 20000 se­raient né­ces­saires. Mais la construc­tion de nou­veaux éta­blis­se­ments prend en moyenne dix ans et coûte cher: au­tour de 200000 eu­ros par cel­lule pour une mai­son d’ar­rêt de 500 places. Or les consé­quences de cette sur­po­pu­la­tion sont connues: ten­sions et vio­lences entre dé­te­nus et contre les sur­veillants, di­mi­nu­tion des ac­ti­vi­tés et moindre dis­po­ni­bi­li­té des conseillers d’in­ser­tion.Au­fi­nal,la­pri­son­pei­neà­pré­pa­rer les dé­te­nus à leur sor­tie, ce qui fa­vo­ri­se­la­ré­ci­dive. «Nos­pri­son­san­noncent les mal­heurs de de­main», met en garde Jean-Jacques Ur­voas.

(Pho­to AFP)

« Nos pri­sons an­noncent les mal­heurs de de­main», pré­vient Jean-Jacques Ur­voas.

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