Le lo­ge­ment dans tous ses états

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Je voudrais savoir -

« La no­tion de lo­ge­ment évoque la né­ces­si­té pour l’être hu­main de dis­po­ser d’un abri contre les aléas de la na­ture », écrit Yan­kel Fi­jal­kow, so­cio­lo­gueur­ba­niste, cher­cheur au CNRS, dans son ou­vrage « So­cio­lo­gie du lo­ge­ment » Au XXIe siècle, on a un mal fou à ima­gi­ner ce que pou­vait être le lo­ge­ment dans l’An­ti­qui­té. Qui pou­vait ha­bi­ter la do­mus ? Qui vi­vait dans les in­su­lae ? Et au Moyen Age, sa­viez-vous que l’ha­bi­ta­tion était in­sé­pa­rable du tra­vail ? « La rue, au centre de la vie des pauvres, des en­fants et des va­ga­bonds, est l’an­nexe de l’ate­lier et du lo­ge­ment », pré­cise le so­cio­logue-ur­ba­niste. Mais c’est au XIXe siècle qu’ap­pa­raît « la classe des tra­vailleurs, libres de louer leur force de tra­vail, consti­tuant une de­mande nou­velle en lo­ge­ments ». Le monde a évo­lué de­puis : « Le lo­ge­ment cor­res­pond éga­le­ment au do­mi­cile, le fait que quel­qu’un ait une adresse et soit jus­te­ment re­con­nu comme ci­toyen », ana­lyse Yan­kel Fi­jal­kow, ajou­tant qu’« être do­mi­ci­lié quelque part veut dire aus­si pou­voir vo­ter, payer des im­pôts, avoir un ché­quier, avoir un lieu à par­tir du­quel il est pos­sible de gé­rer ses af­faires ». Pour le cher­cheur, « le do­mi­cile est un élé­ment im­por­tant dans la construc­tion d’une iden­ti­té et la re­con­nais­sance par au­trui. Cette ques­tion est [donc] es­sen­tielle dans notre vie ur­baine qui fait peu de place au no­ma­disme ». Avec plus de quinze mil­lions de per­sonnes mal lo­gées en France en 2015 se­lon la Fon­da­tion Ab­béPierre, la peur de se re­trou­ver à la rue « est très fré­quente chez la moi­tié des Fran­çais », pré­vient l’au­teur. Pour quelle rai­son ? Parce que « cette in­quié­tude naît d’un ef­fet mi­roir : voir la vul­né­ra­bi­li­té de l’autre me ren­voie à ma propre vul­né­ra­bi­li­té. La so­cié­té fran­çaise a peur et le gou­ver­ne­ment doit y prê­ter at­ten­tion. » Une si­tua­tion qui laisse du­bi­ta­tif Yan­kel Fi­jal­kow sur la vo­lon­té réelle de l’Etat d’agir : « On peut par­fois se de­man­der si la mul­ti­pli­ci­té des dis­po­si­tifs mis en oeuvre pour por­ter as­sis­tance aux per­sonnes en dif­fi­cul­té n’est pas aus­si une ma­nière de créer au­tant d’écrans entre ceux-ci et le reste de la so­cié­té. On ne veut pas lais­ser les gens à la rue mais on re­cule pour­tant leur en­trée ou leur re­tour dans le droit com­mun », s’agace-t-il. Mo­bi­li­sant les tra­vaux is­sus des re­cherches en sciences so­ciales,Yan­kel Fi­jal­kow offre dans son ou­vrage une syn­thèse ac­ces­sible à un large pu­blic sur cette ques­tion ma­jeure du lo­ge­ment, épi­centre de nom­breux pro­blèmes so­ciaux contem­po­rains.

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