Valls : « Il ne faut rien lais­ser pas­ser »

Pré­sent à la mi­nute de si­lence hier à Nice, le Pre­mier Mi­nistre a dé­fen­du son bi­lan dans la lutte contre le ter­ro­risme, dé­plo­ré « la dé­ma­go­gie » de l’op­po­si­tion et ap­pe­lé à la co­hé­sion na­tio­nale

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page -

Il est dé­ter­mi­né et en co­lère, Ma­nuel Valls. Dé­ter­mi­né à li­vrer un com­bat sans mer­ci contre le ter­ro­risme. En co­lère contre la mise en cause par une par­tie de la droite de la res­pon­sa­bi­li­té de son gou­ver­ne­ment dans le drame du 14-juillet à Nice. Quelques ins­tants après la mi­nute de si­lence sur la pro­me­nade des An­glais, le Pre­mier mi­nistre nous a ac­cor­dé un en­tre­tien d’une heure sur la ter­rasse du Pa­lais sarde. En­tou­ré de ses mi­nistres Ma­ri­sol Tou­raine et Ju­liette Méa­del ain­si que du pré­fet des Alpes-Maritimes, Adolphe Col­rat, Ma­nuel Valls a dé­non­cé avec force les huées et sif­flets es­suyés quelques mi­nutes plus tôt. Un scé­na­rio qui avait en fait été en­vi­sa­gé à l’avance. Par­mi ses fiches, en ef­fet, une note ma­nus­crite com­pre­nant les élé­ments de lan­gage à dé­li­vrer « en cas de sif­flets ». C’est dire si, à Ma­ti­gnon, on s’est ha­bi­tué à l’im­po­pu­la­ri­té. DE­NIS CARREAUX Vous ve­nez d’as­sis­ter à la mi­nute de si­lence près des lieux du drame. Votre sen­ti­ment ? Par­tout dans le pays, et d’abord bien sûr à Nice, nos com­pa­triotes se sont ras­sem­blés pour ex­pri­mer leur so­li­da­ri­té avec les vic­times, avec ceux qui luttent en­core pour la vie, avec les fa­milles, avec les proches, leur so­li­da­ri­té aus­si avec la ville de Nice pro­fon­dé­ment éprou­vée. Moi, je suis là pour as­su­rer ma res­pon­sa­bi­li­té de chef du gou­ver­ne­ment, avec la mi­nistre de la San­té, Ma­ri­sol Tou­raine, et la se­cré­taire d’Etat à l’Aide aux vic­times, Ju­liette Méa­del, très pré­sentes ces der­nières heures ici. Il faut al­ler au contact des Fran­çais, il faut être là au­près d’eux, sur­tout quand c’est dif­fi­cile.

Quel est le mes­sage que vous vou­driez adres­ser aux Ni­çois? Un mes­sage de so­li­da­ri­té. À tra­vers l’hom­mage d’au­jourd’hui, nous avons chan­té La Mar­seillaise. C’était l’oc­ca­sion pour le pays d’ex­pri­mer son sou­tien, sa so­li­da­ri­té et son amour à tous les Ni­çois. Nice est une ville ma­gni­fique. Les Ni­çois, les Fran­çais mais aus­si les étran­gers sont éprou­vés dans leur chair. Cette Pro­me­nade, qui est le sym­bole de cette ville ou­verte sur la Mé­di­ter­ra­née, et dont les Ni­çois sont si fiers à juste titre, por­te­ra à ja­mais les bles­sures de cette at­taque. Rien ne se­ra plus comme avant, même si la vie doit être plus forte. Le ter­ro­risme is­la­miste s’en est pris à un sym­bole, un jour de Fête na­tio­nale, à une image de la France dans le monde. La seule ré­ponse est de te­nir et je sais que les Ni­çois fe­ront face en ex­pri­mant leur amour de la Ré­pu­blique, mais tou­jours avec les armes de l’État de droit. La cé­ré­mo­nie a été ter­nie par des huées d’une par­tie de la foule. C’est ré­vé­la­teur d’une forme de dé­fiance vis-à-vis des élus. Comment avez-vous res­sen­ti ce­la et comment l’ana­ly­sez-vous? Je com­pren­drai tou­jours le déses­poir et le ques­tion­ne­ment des fa­milles, des proches, de tous ceux qui sont trau­ma­ti­sés parce qu’ils ont as­sis­té à la course meur­trière de ce ca­mion. La co­lère des Fran­çais, la peur, le déses­poir, c’est à moi, c’est à nous de les prendre sur nos épaules. Des en­fants sont morts, des fa­milles ont été dé­chi­rées par la bar­ba­rie. Ma place était d’être par­mi les Ni­çois. Mais il faut de la di­gni­té. C’est vrai, d’abord, pour les res­pon­sables po­li­tiques. C’est vrai aus­si pour tous les ci­toyens. Les sif­flets, les in­sultes, sont in­dignes dans une cé­ré­mo­nie de re­cueille­ment et un hom­mage aux vic­times. C’est l’at­ti­tude peu spon­ta­née d’une mi­no­ri­té, l’im­mense ma­jo­ri­té de la foule était là pour se re­cueillir. Mais quand on chauffe à blanc des mi­li­tants, des sym­pa­thi­sants, il ne faut pas s’éton­ner de re­cueillir de la di­vi­sion et de la haine. Cette image n’est pas celle de Nice et pas da­van­tage celle de la France.

Vous es­ti­mez que Ch­ris­tian Es­tro­si, Ni­co­las Sar­ko­zy, Alain Jup­pé et d’autres sont al­lés trop loin dans la ré­cu­pé­ra­tion po­li­ti­cienne? Face à une telle tra­gé­die, il y a for­cé­ment des ques­tions. Les vic­times, les fa­milles et leurs proches vont de­man­der des ré­ponses. La res­pon­sa­bi­li­té du gou­ver­ne­ment, et de l’au­to­ri­té ju­di­ciaire sur­tout, se­ra de leur don­ner tous les élé­ments pour com­prendre ce qui s’est pas­sé. Mais dans ce mo­ment-là de­puis le -juillet, les po­lé­miques, les mises en cause, la dé­ma­go­gie sont in­to­lé­rables. Elles ne sont pas dignes. Nous avons be­soin dans cette épreuve de di­gni­té et de vé­ri­té, de nous ras­sem­bler aus­si au­tour de nos va­leurs. Au­cune pri­maire, au­cune élec­tion pré­si­den­tielle ne jus­ti­fie des po­lé­miques et des mises en cause. Daesh cherche à frac­tu­rer et à di­vi­ser la so­cié­té fran­çaise, à créer les condi­tions d’une guerre ci­vile en cher­chant des boucs émis­saires. Là, il y a eu quelques sif­flets, mais on sait très bien que cer­tains iront cher­cher d’autres boucs émis­saires par­mi la po­pu­la­tion, di­sons-le clai­re­ment par­mi les étran­gers, les mu­sul­mans. Il y a là des risques ma­jeurs pour le pays. La dé­ma­go­gie, les pro­po­si­tions ir­réa­listes comme ar­mer les policiers de lance-ro­quettes par exemple, si nous n’étions pas dans des cir­cons­tances d’une telle gra­vi­té, on en sou­ri­rait presque. Po­lé­mi­quer ain­si, c’est faire le jeu des ter­ro­ristes. Le rôle du gou­ver­ne­ment est au contraire de tout faire pour as­su­rer l’uni­té na­tio­nale.

Je de­mande Ch­ris­tian Es­tro­si de se re­prendre”

L’uni­té na­tio­nale n’em­pêche pas les ques­tions. Y a-t-il pu y avoir une forme de re­lâ­che­ment des dis­po­si­tifs de sé­cu­ri­té sur Nice après l’Eu­ro? En au­cun cas. Les ser­vices de l’État et de la Ville avaient pré­pa­ré en­semble le -juillet de ma­nière concer­tée. Si le maire de Nice ou le pré­sident de la Ré­gion, pré­sident de la Mé­tro­pole et pre­mier ad­joint consi­dé­raient qu’il y avait des me­naces, alors ils au­raient dû an­nu­ler le feu d’ar­ti­fice. Ils ne l’ont pas fait et étaient eux-mêmes pré­sents. Ils consi­dé­raient donc qu’ils étaient en sé­cu­ri­té.

Cer­tains mettent tou­te­fois en doute le nombre de policiers pré­sents ce soir-là? C’est in­ac­cep­table! Pour être très pré­cis, il y a eu trois réunions pour pré­pa­rer l’événement,  fonc­tion­naires de la po­lice na­tio­nale étaient mo­bi­li­sés le -juillet au soir à Nice, dont soixante-quatre sur la seule pro­me­nade des An­glais. Qua­rante-deux agents mu­ni­ci­paux étaient aus­si dé­ployés sur cette opé­ra­tion, ain­si que vingt mi­li­taires de l’opé­ra­tion Sen­ti­nelle. Ce dis­po­si­tif, cal­qué sur ce­lui du Car­na­val , re­pose en par­ti­cu­lier à Nice sur des équipes bien for­mées, bien équi­pées et sur un ré­seau de vi­déo­pro­tec­tion. Je ne sais plus quel est l’élu qui avait dit il y a quelques mois que si Pa­ris avait eu les mêmes dis­po­si­tifs que Nice, il n’y au­rait pas eu les at­ten­tats de no­vembre … Moi, je ne met­trai ja­mais en cause un élu parce qu’il y a eu cet événement tra­gique. Je de­mande donc qu’on ne mette pas l’État en cause de ma­nière dé­ma­go­gique, même si toutes les ques­tions doivent trou­ver des ré­ponses.

Ch­ris­tian Es­tro­si, lui, af­firme de son cô­té qu’il n’y a ja­mais eu  policiers na­tio­naux sur la pro­me­nade des An­glais et au­cune fouille aléa­toire… Comment peut-on mettre ain­si en cause la pa­role pu­blique ? Je laisse le soin au pré­fet et au mi­nistre de l’In­té­rieur de ré­pondre en­core une fois pré­ci­sé­ment à Ch­ris­tian Es­tro­si. Notre pa­trie a été at­ta­quée. Face à ce­la, notre de­voir est de tout faire pour pro­té­ger notre pays et le ni­veau d’exi­gence de la pa­role pu­blique. Se lais­ser al­ler aux di­vi­sions re­vient à ser­vir le pro­jet des ter­ro­ristes et je ne leur fe­rai ja­mais ce ca­deau. Au len­de­main du pre­mier tour des ré­gio­nales, j’ai ap­pe­lé à vo­ter pour Xa­vier Ber­trand, Phi­lippe Ri­chert et Ch­ris­tian Es­tro­si sans hé­si­ta­tion. Je consi­dé­rais que cette Ré­gion no­tam­ment ne pou­vait pas tom­ber aux mains de l’ex­trême droite. Ch­ris­tian Es­tro­si est pré­sident de Pa­ca, élu dans des cir­cons­tances par­ti­cu­lières, grâce aux voix de gauche et à mon in­ter­ven­tion. Je com­prends qu’il pose des ques­tions, qu’il cherche à ca­na­li­ser la peur des Ni­çois, mais ce­la ne l’au­to­rise pas à tout. Je lui de­mande de se re­prendre. Quand on est pré­sident de la Ré­gion, élu dans un ras­sem­ble­ment ré­pu­bli­cain, il faut être à la hau­teur de la fonc­tion, ne pas mettre en cause le tra­vail et l’en­ga­ge­ment des policiers. Je lui de­mande d’as­su­mer ses res­pon­sa­bi­li­tés, de se maî­tri­ser et de ne pas ou­vrir les vannes qui ne fe­ront qu’ali­men­ter un peu plus l’ex­trême droite.

Nous avons chan­gé d’époque”

L’état d’ur­gence va être pro­lon­gé, mais on a vu que ce n’était hé­las en rien une as­su­rance tous risques… Il n’y a pas de risque zé­ro. Nous avons chan­gé d’époque. La me­nace ter­ro­riste est une ques­tion cen­trale qui va struc­tu­rer nos dé­bats. Moi, je dois la vé­ri­té aux Fran­çais. Le ter­ro­risme fait dé­sor­mais par­tie de notre quo­ti­dien. L’État is­la­mique veut dé­truire notre démocratie, avec dif­fé­rents modes opé­ra­toires. De ma­nière très co­or­don­née ou à tra­vers des in­di­vi­dus iso­lés pou­vant pas­ser à l’acte en uti­li­sant le kit idéo­lo­gique de Daesh, avec cou­teaux, voi­tures… et se­mer ain­si la mort. Nous fai­sons face à un ter­ro­risme de e gé­né­ra­tion. Daesh a réus­si à im­pré­gner l’es­prit d’in­di­vi­dus qui n’ont pas for­cé­ment eu un parcours dji­ha­diste clas­sique. La mé­ca­nique du dji­had fonc­tionne ain­si de ma­nière au­to­nome. À par­tir du mo­ment où la me­nace se dif­fuse de cette ma­nière, comme un can­cer, il faut que la so­cié­té tout en­tière se mo­bi­lise et sé­crète ses propres an­ti­corps contre la haine. Et l’État est mo­bi­li­sé à  % pour ce­la.

Mais les Fran­çais vous en de­mandent da­van­tage… Nous avons mis des moyens consi­dé­rables comme au­cun gou­ver­ne­ment ne l’avait fait pour la po­lice et la gen­dar­me­rie. Nous avons vo­té deux lois an­ti­ter­ro­ristes et deux lois sur le ren­sei­gne­ment, nous ve­nons de vo­ter une loi sur la pro­cé­dure pé­nale qui donne en­core plus de moyens à la po­lice et à la justice. L’at­taque de Nice pour­rait sus­ci­ter, de ma­nière mi­mé­tique, d’autres pas­sages à l’acte. Face à ce risque, il fal­lait donc pro­lon­ger l’état d’ur­gence avec des ou­tils en termes de per­qui­si­tions ad­mi­nis­tra­tives et d’as­si­gna­tions à ré­si­dence. Et il y a des ré­sul­tats. De­puis no­vembre , nous avons ef­fec­tué  per­qui­si­tions ad­mi­nis­tra­tives qui ont per­mis de sai­sir  armes dont  de guerre. Et près d’une cen­taine d’in­di­vi­dus sont tou­jours as­si­gnés à ré­si­dence, alors que seize ten­ta­tives d’at­ten­tat ont été dé­jouées, dont une juste avant l’Eu­ro.

Où mettre le cur­seur ? Pla­cer sous bra­ce­let élec­tro­nique ou en ré­si­dence sur­veillée des in­di­vi­dus juste sus­pec­tés de dji­ha­disme, c’est pour vous in­en­vi­sa­geable ? Nous avons dé­jà eu ces dé­bats. Que veulent les ter­ro­ristes, si­non mettre à bas nos va­leurs. Et cer­taines pro­po­si­tions que j’en­tends sont de fait un re­non­ce­ment à ce que nous sommes. L’in­ter­ne­ment ad­mi­nis­tra­tif, la créa­tion de camps, nous de­vons ré­sis­ter à ces idées qui nous fe­raient bas­cu­ler hors du champ de l’Etat de droit. Ne lais­sons pas croire qu’il n’y a que la France qui est concer­née par ces at­ten­tats. Il s’en pro­duit hé­las par­tout dans le monde. Mais les so­lu­tions ex­tra­ju­di­ciaires, qui sortent de l’Etat de droit, mènent à l’échec, parce que non seule­ment elles nous font perdre nos va­leurs, mais ne per­mettent pas de sur­croît de li­mi­ter les risques. Nous avons pris toutes les me­sures pos­sibles dans le cadre consti­tu­tion­nel. Quand nous avons vou­lu consti­tu­tion­na­li­ser l’état d’ur­gence, je rap­pelle au pas­sage que ce­la nous a été re­fu­sé par la droite sé­na­to­riale. Nous de­vons lut­ter contre le ter­ro­risme sans perdre notre âme. Ce­la n’em­pêche pas des adap­ta­tions de la po­lice et de la justice à la me­nace.

A vous en­tendre, il n’y a plus qu’à s’ha­bi­tuer au ter­ro­risme… En au­cun cas! Il n’y a pas de fa­ta­lisme. Ce se­ra long. Il y au­ra en­core des in­no­cents tués mais cette guerre, nous al­lons la ga­gner! De­puis , notre stra­té­gie a consis­té à com­bler le re­tard de la lutte an­ti­ter­ro­riste, à don­ner de nou­veaux moyens à nos­for­ces­de­sé­cu­ri­té,àdé­ve­lop­per nos ca­pa­ci­tés d’in­ves­ti­ga­tion. Entre  et , ont été sup­pri­més près de  postes de policiers et de gen­darmes, la po­lice et le ren­sei­gne­ment ont été amoin­dris dans ce pays, et c’est notre gou­ver­ne­ment qui a re­don­né des moyens pour la sé­cu­ri­té.

Ce com­bat est l’af­faire d’une gé­né­ra­tion”

Une idéo­lo­gie ne se com­bat pas seule­ment avec des armes… Au-de­là des dis­po­si­tions sé­cu­ri­taires, quelles me­sures édu­ca­tives et so­ciales comp­tez-vous prendre? Vous avez rai­son, les seules ré­ponses en ma­tière de justice ne suf­fisent pas. J’ap­pelle aus­si les Fran­çais à se mo­bi­li­ser et ne plus lais­ser pas­ser le moindre dis­cours de haine, à re­joindre pour ceux qui le sou­haitent la ré­serve opé­ra­tion­nelle. Nous de­vons être un bloc ex­trê­me­ment so­li­daire, uni. Tout ce que nous fai­sons dans le do­maine de l’école, du so­cial, de la culture, doit être pour­sui­vi. Mais j’avais dé­jà dit que ce com­bat est l’af­faire d’une gé­né­ra­tion. Je ne vais pas ras­su­rer vos lec­teurs. Le dé­fi ma­jeur pour notre so­cié­té, ce sont les quelques cen­taines ou mil­liers d’in­di­vi­dus ra­di­ca­li­sés dans notre so­cié­té que l’on ne dé­tecte pas. Tous les ser­vices de l’Etat doivent être mo­bi­li­sés, y com­pris en étant in­tran­si­geants sur la laï­ci­té. Toutes ces vio­lences, ces ten­sions doivent trou­ver une ré­ponse très ferme de la Ré­pu­blique une, in­di­vi­sible et laïque. C’est une mo­bi­li­sa­tion de très longue ha­leine qui nous at­tend. Tous ceux qui disent qu’on va ré­soudre le pro­blème d’un coup de ba­guette ma­gique, par deux ou trois me­sures, se trompent et, sur­tout, trompent les Fran­çais. Comment évi­ter les amal­games, les dé­non­cia­tions? En res­pec­tant stric­te­ment la loi de la Ré­pu­blique. Sous mon gou­ver­ne­ment,  imams ra­di­ca­li­sés ont été ex­pul­sés. Il ap­par­tient à l’is­lam de ne faire preuve d’au­cune com­plai­sance vis-à-vis du fon­da­men­ta­lisme et du com­mu­nau­ta­risme. Mais, d’un autre cô­té, nous de­vons aus­si pro­té­ger les mu­sul­mans de France et toute la so­cié­té fran­çaise contre la haine, la re­cherche du bouc émis­saire. Les mu­sul­mans sont les pre­mières vic­times du ter­ro­risme dans le monde. Nous ne pou­vons to­lé­rer au­cun dis­cours de haine, qui por­te­rait la désa­gré­ga­tion de notre so­cié­té.

Vous pen­sez que la France peut se frac­tu­rer? Ja­mais nos dé­mo­cra­ties n’ont été aus­si fra­giles de­puis la Se­conde Guerre mon­diale. La démocratie n’est ja­mais un ac­quis. N’ou­blions ja­mais que c’est en Eu­rope que sont nées les pires idéo­lo­gies. J’ai tou­jours consi­dé­ré que la gauche de­vait por­ter les va­leurs d’au­to­ri­té, parce que sans au­to­ri­té, ce sont les plus mo­destes qui sont frap­pés. Nous de­vons être at­ten­tifs à ce qui peut mettre en cause la démocratie, mais aus­si la vie en com­mun.

Etait-il rai­son­nable d’au­to­ri­ser à Nice l’ou­ver­ture d’une mos­quée pour la­quelle le maire es­ti­mait qu’il y avait des risques idéo­lo­giques et des zones d’ombre sur son fi­nan­ce­ment ? Cette af­faire pose le pro­blème de l’or­ga­ni­sa­tion de l’is­lam de France. Mais je ne fais pas de lien avec l’at­ten­tat de cet in­di­vi­du qui n’était pas connu pour fré­quen­ter les mos­quées. L’Etat de droit s’ap­plique par­tout. Nous avons, de­puis , fait fer­mer cinq salles de prière dans les Alpes-Maritimes.

L’Etat va-t-il et a-t-il les moyens de re­cru­ter mas­si­ve­ment des policiers, des mi­li­taires et de gé­né­rer des places de pri­son qui sont no­toi­re­ment in­suf­fi­santes? J’ai une convic­tion : à par­tir du mo­ment où nous fai­sons face à une guerre qui est me­née contre nous et qui concer­ne­ra au moins une gé­né­ra­tion, il nous fau­dra conti­nuer à mo­bi­li­ser les moyens à la hau­teur de la si­tua­tion sur le plan na­tio­nal et eu­ro­péen. Nous avons dé­jà consen­ti un ef­fort ma­jeur concer­nant la po­lice, la gen­dar­me­rie, le ren­sei­gne­ment et les ar­mées. Ni­co­las Sar­ko­zy, Fran­çois Fillon, Alain Jup­pé ou Bru­no Le maire étaient tous aux ma­nettes d’un gou­ver­ne­ment qui a amoin­dri les moyens de fonc­tion­ne­ment de la po­lice et de la gen­dar­me­rie, dé­ci­dé la fin des ren­sei­gne­ments gé­né­raux et la pour­suite de la dé­fla­tion de nos ar­mées. Je pour­rais al­ler cher­cher que­relle à cha­cun, mais ce n’est pas le mo­ment de le faire. Nous n’avons pas d’autre choix que de conti­nuer à confor­ter les moyens de nos forces de sé­cu­ri­té.

La France doit-elle mo­di­fier son at­ti­tude sur les théâtres ex­té­rieurs et en­vi­sa­ger des opé­ra­tions mi­li­taires di­rectes? Nous avons pour l’ins­tant écar­té l’en­ga­ge­ment au sol. Per­sonne d’ailleurs ne le pro­pose. D’au­cuns sug­gèrent plu­tôt que ce soient les Russes qui in­ter­viennent sur le ter­rain… Mais nous de­vons ren­for­cer notre pré­sence dans le cadre de la coa­li­tion qui agit en Sy­rie et en Irak, ren­for­cer la co­opé­ra­tion avec les Russes, ren­for­cer nos moyens aé­riens et notre pré­sence en termes d’as­sis­tance aux forces lo­cales. Il y au­ra une réunion très im­por­tante à ce su­jet mer­cre­di à Wa­shing­ton et suite à cette réunion, le gou­ver­ne­ment fran­çais au­ra l’oc­ca­sion de s’ex­pri­mer. Il faut ren­for­cer la pré­sence de la coa­li­tion pour abou­tir à l’ob­jec­tif par­ta­gé par tous : la des­truc­tion de Daesh.

Ma­nuel Valls : « Po­lé­mi­quer, c’est faire le jeu des ter­ro­ristes. »

Lors de notre en­tre­tien, Ma­nuel Valls était en­tou­ré par le pré­fet Adolphe Col­rat, Ju­liette Méa­del, se­cré­taire d’Etat char­gée de l’Aide aux vic­times, et Ma­ri­sol Tou­raine, mi­nistre de la San­té et des Af­faires so­ciales.

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