Un élu lo­cal ré­vol­té ! »

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Attentat a Nice - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR THIER­RY PRUDHON

Com­bien y avait-il de po­li­ciers na­tio­naux à Nice, alors ? Je n’ai pas le dé­compte, mais j’ai des té­moi­gnages. J’ai ap­pris que le gou­ver­ne­ment avait re­fu­sé les moyens sup­plé­men­taires que la po­lice lui avait de­man­dés. Ce n’est pas la po­lice na­tio­nale qui est en cause, son ac­tion a été re­mar­quable, mais elle est el­le­même vic­time de son manque d’ef­fec­tifs sur le­quel j’avais d’ailleurs aler­té le gou­ver­ne­ment, de fa­çon pré­mo­ni­toire, dans un cour­rier le  juillet. La po­lice mu­ni­ci­pale, comme nous en avons la preuve sur de nom­breuses pho­tos, était la seule pré­sente jeu­di soir à des car­re­fours stra­té­giques. Le co­lo­nel Bé­du a, par ailleurs, dé­cla­ré dans vos co­lonnes qu’on ne lui avait pas de­man­dé de pos­ter des mi­li­taires au point d’ac­cès du ca­mion, qui était cen­sé être te­nu par la po­lice. Ce qui veut dire que la seule pré­sence y était celle de la po­lice char­gée de la cir­cu­la­tion, pas de l’ordre pu­blic. Dans le cadre du plan Sen­ti­nelle, il y avait même des ins­truc­tions de­man­dant aux mi­li­taires d’être ailleurs que sur la Pro­me­nade. Ces ins­truc­tions n’ont chan­gé que ce mar­di. Je fi­ni­rai par une chose : le compte ren­du de la réunion pré­pa­ra­toire au -Juillet  com­por­tait six pages. Cette an­née, il te­nait en deux pages à peine… Mais le -Juillet, il y avait l’étape du Tour dans le MontVen­toux. Un fonc­tion­naire est ve­nu me dire que si j’avais eu moins de moyens cette an­née, c’est en rai­son des craintes sur l’ar­ri­vée d’étape au Ven­toux, où les forces ont été concen­trées.

Mais alors, si vous aviez des doutes sur la sé­cu­ri­té, comme le dit Manuel Valls, pour­quoi n’avoir pas an­nu­lé au moins la Prom’ Par­ty du -Juillet ? Mais je n’avais pas de doutes, même si dé­sor­mais j’en au­rai tou­jours sur la pa­role de l’Etat. Que ce soit pour Car­na­val ou l’Eu­ro-, tout ce qui avait été mis en place avait été sa­tis­fai­sant, sans que pour au­tant le dé­tail des forces de po­lice na­tio­nale me soit com­mu­ni­qué. Pour ce qui me concerne, tout est trans­parent, on m’avait de­man­dé qua­ran­te­deux po­li­ciers mu­ni­ci­paux et j’en ai four­ni qua­rante-deux. A par­tir du mo­ment où on m’avait dit qu’il y avait les mêmes ef­fec­tifs que pour Car­na­val ou l’Eu­ro, est-ce que j’avais une rai­son d’en dou­ter ? Je n’ai eu connais­sance d’au­cun élé­ment qui au­rait pu me conduire à une dé­ci­sion d’an­nu­la­tion. Je le re­dis, la pré­fec­ture m’a in­di­qué être en me­sure de sé­cu­ri­ser par­fai­te­ment cet évé­ne­ment. L’an der­nier, en tant que pré­sident de la Com­mis­sion na­tio­nale des po­lices mu­ni­ci­pales, j’avais de­man­dé que les po­li­ciers mu­ni­ci­paux puissent por­ter les mêmes armes que les na­tio­naux et qu’ils aient les mêmes droits pour contrô­ler les iden­ti­tés, fouiller les coffres et les sacs. Ce­la m’a été re­fu­sé. Dont acte. Mais ce­la veut dire qu’aux points d’ac­cès de la Pro­me­nade, il au­rait dû y avoir des po­li­ciers na­tio­naux ou des mi­li­taires, pour se ré­par­tir la tâche que les mu­ni­ci­paux ne peuvent ac­com­plir. Le pré­fet vous a par ailleurs dé­cla­ré que des fouilles aléa­toires avaient été ef­fec­tuées. Moi, je sou­tiens qu’il n’y en a eu au­cune. Vous pou­vez lan­cer un ap­pel à té­moins, vous n’au­rez vent d’au­cune fouille. M. Col­rat a men­ti. Il ne pou­vait y avoir de fouilles aléa­toires, puisque les seuls ha­bi­li­tés à les ef­fec­tuer n’étaient pas à l’en­trée de la Pro­me­nade. En­fin, pour l’Eu­ro-, des blocs de bé­ton avaient été po­si­tion­nés pour faire des chi­canes. Cette dis­po­si­tion n’a pas été re­pro­duite le -Juillet.

L’ac­tion de la po­lice mu­ni­ci­pale ? Le ca­mion a été re­pé­ré vingt se­condes après son en­trée par la vi­déo­sur­veillance mu­ni­ci­pale, et le cri­mi­nel a été abat­tu qua­rante-cinq se­condes après. Com­bien de morts en plus au­rai­ton eus si l’alerte n’avait pas été don­née par la po­lice mu­ni­ci­pale, qui avait éga­le­ment ar­rê­té l’in­di­vi­du en ques­tion pour des vio­lences sur la voie pu­blique en jan­vier ? La po­lice mu­ni­ci­pale a été exem­plaire et je n’ac­cep­te­rai ja­mais qu’elle soit mise en cause. On me dit que la sé­cu­ri­té doit être une co­pro­duc­tion. Mais comment consi­dère-t-on la co­pro­duc­tion quand le mi­nistre de l’In­té­rieur, lors­qu’il ar­rive à quatre heures du ma­tin, me de­mande, ain­si qu’à Eric Ciot­ti et Phi­lippe Pra­dal, de sor­tir de la salle pour par­ler de la sé­cu­ri­té ? L’an der­nier, c’est par l’un de vos confrères que j’ai ap­pris qu’une ten­ta­tive d’at­ten­tat avait été dé­jouée avant le Car­na­val. Trou­vez-vous ce­la nor­mal ?

Les re­pé­rages du chauf­feur les jours pré­cé­dents ont été fil­més par la vi­déo­sur­veillance. Ce­la n’a mal­gré tout pas per­mis de pré­ve­nir le drame… Si tous ceux qui passent deux fois sur la Pro­me­nade étaient des cri­mi­nels… On ne peut pas sup­po­ser le pire à chaque fois. Et si, comme nous l’avions de­man­dé, le gou­ver­ne­ment nous avait au­to­ri­sés à uti­li­ser le sys­tème de re­con­nais­sance fa­ciale, peut-être les choses au­raient-elles été dif­fé­rentes. Peut-être y a-t-il eu aus­si un re­lâ­che­ment. Je ré­clame la trans­pa­rence, tout en de­man­dant à M. Valls de ne pas se dé­faus­ser. Il faut que l’Ins­pec­tion gé­né­rale de l’ad­mi­nis­tra­tion soit sai­sie. Lors­qu’il au­ra sous les yeux tous les élé­ments, il ne pour­ra pas conti­nuer à dire les mêmes choses.

Un ser­vice mi­li­taire obli­ga­toire”

Dans un an, la droite se­ra peut-être re­ve­nue au pou­voir. Et mal­gré toutes les dis­po­si­tions que vous pour­rez prendre, mal­heu­reu­se­ment, de tels drames risquent de se re­pro­duire? Comment les gé­re­rez-vous alors? La guerre se­ra longue et nos en­fants vont de­voir s’ha­bi­tuer à vivre avec. Re­gar­dez ce qui se passe en Is­raël. On doit or­ga­ni­ser notre so­cié­té dif­fé­rem­ment. L’Eu­ro- n’a pas été or­ga­ni­sé comme la Coupe du monde-. Quand je pense à tous ceux qui m’ont envoyé des pé­ti­tions parce que je ne vou­lais pas or­ga­ni­ser les ker­messes des écoles... Eh bien je pro­té­ge­rai les en­fants deux fois plus à la ren­trée, parce que c’est ma res­pon­sa­bi­li­té. Il faut s’ha­bi­tuer à vivre au­tre­ment. Mais on ne mène pas la guerre avec les armes de la paix. Pour­quoi tout ce sur quoi la classe po­li­tique était d’ac­cord en jan­vier n’a pas réel­le­ment été mis en oeuvre?

On pour­ra mettre tous les dis­po­si­tifs de pro­tec­tion en place. Un cin­glé avec une simple voi­ture pour­ra tou­jours tuer des di­zaines de pié­tons ou cy­clistes, où et quand il le vou­dra... Bien évi­dem­ment. On n’évi­te­ra ja­mais un bar­bare, quand on sait que le vé­hi­cule, par­mi d’autres, est une arme pré­co­ni­sée par l’Etat is­la­mique. Mais au moins faut-il mettre en oeuvre les condi­tions de sé­cu­ri­té adap­tées lors­qu’il s’agit d’un évé­ne­ment or­ga­ni­sé. Pour­quoi n’avoir pas po­si­tion­né des vé­hi­cules d’em­pê­che­ment à l’en­trée de la Pro­me­nade ? Quand M. Valls est ve­nu à Nice lun­di, là on a dé­ployé tous les ef­fec­tifs né­ces­saires…

De com­bien fau­drait-il aug­men­ter les ef­fec­tifs de po­lice au plan na­tio­nal ? C’est une af­faire d’ef­fec­tifs, mais aus­si de moyens ju­ri­diques et ma­té­riels. J’es­time qu’il fau­drait au­jourd’hui  % d’ef­fec­tifs en plus. Mais je suis aus­si fa­vo­rable au re­tour du ser­vice mi­li­taire, obli­ga­toire pour tous ceux qui ne mènent pas des études di­plô­mantes ou qui n’ont pas une qua­li­fi­ca­tion leur per­met­tant de se mettre au ser­vice de la na­tion en cas de be­soin. On ne va pas faire ef­fec­tuer le ser­vice mi­li­taire à un étu­diant en mé­de­cine ou en droit. Mais pour tous ceux qui sont dé­sco­la­ri­sés, ne font rien ou sont li­vrés à eux-mêmes, le ser­vice mi­li­taire doit être obli­ga­toire ! Il faut par ailleurs ré­pri­mer la consul­ta­tion de sites fai­sant l’apo­lo­gie du ter­ro­risme.

En­vi­sa­gez-vous des amé­na­ge­ments nou­veaux pour sé­cu­ri­ser la Pro­me­nade? Oui, parce qu’on peut ima­gi­ner comme vous le dites qu’une voi­ture monte sur le trot­toir de la pro­me­nade des An­glais. On se­ra d’abord beau­coup plus sé­vère concer­nant les vé­hi­cules de li­vrai­son. Et puis nous al­lons dis­po­ser des plots ar­ti­cu­lés, comme il y en a dans cer­taines rues pié­tonnes, à la fois sur le trot­toir et sur la chaus­sée, qui pour­ront être ac­ti­vés lors d’évé­ne­ments par­ti­cu­liers.

Comment va s’ef­fec­tuer le re­tour à la vie nor­male, l’au­to­ri­sa­tion des fes­ti­vi­tés à ve­nir ? J’ai de­man­dé une réunion à M. le pré­fet pour lis­ter tous les évé­ne­ments des mois qui viennent, la même que celle que nous avions te­nue il y a dix jours à pro­pos de la Prom’ Par­ty ou de Ri­han­na, et je vais lui de­man­der s’il peut m’y ga­ran­tir la sé­cu­ri­té. Au vu de ce qui s’est pas­sé, si on ne me la ga­ran­tit pas en dé­taillant tout ce qu’on a cher­ché à me ca­cher à chaque fois – le nombre d’ef­fec­tifs, les moyens, la mé­thode –, nous ne les or­ga­ni­se­rons pas et ce ne se­ra pas sans consé­quences sur notre éco­no­mie. Mais la vie des gens est plus pré­cieuse pour moi.

Au sor­tir de toutes ces que­relles, il va quand même fal­loir que l’Etat et la com­mune par­viennent à dia­lo­guer et à col­la­bo­rer… A par­tir du mo­ment où l’Etat, je l’es­père, se com­por­te­ra avec di­gni­té et ar­rê­te­ra de faire de la ré­ten­tion d’in­for­ma­tion, nous pour­rons tra­vailler en­semble. Mais l’Etat ne doit pas se dé­faus­ser de sa res­pon­sa­bi­li­té. Je de­mande au Pre­mier mi­nistre de sai­sir l’ins­pec­tion gé­né­rale de l’ad­mi­nis­tra­tion. Il me di­rait «Ok, j’ai en­ten­du votre mes­sage, je vais faire la lu­mière, je di­li­gente une en­quête », je di­rais «ban­co» et on se re­met­trait au tra­vail de concert. Mais c’est un préa­lable.

(Pho­to Franz Cha­va­roche)

Lors de l’hom­mage ren­du sur la Pro­me­nade. Un ins­tant de consen­sus.

Ici au dé­bou­ché de l’ave­nue de Ver­dun sur la Pro­me­nade jeu­di soir, on n’aper­çoit que la pré­sence de po­li­ciers mu­ni­ci­paux.

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