Neuf dans une four­gon­nette : pas­seurs ou pas pas­seurs ?

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Grand Sud - L.S.

Dans la nuit du 22 au 23 juin, aux alen­tours d’une heure du ma­tin, une four­gon­nette est contrô­lée au rond-point des Quatre-Che­mins, à Grasse. Après avoir consta­té le dé­faut de per­mis du conduc­teur, les po­li­ciers re­marquent plu­sieurs per­sonnes en­tas­sées dans le vé­hi­cule : sept exac­te­ment, en plus du conduc­teur et du pas­sa­ger avant. Le conduc­teur – un Turc âgé de 31 ans – et le pas­sa­ger – un Égyp­tien de 25 ans – com­pa­rais­saient lun­di de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Grasse, pré­si­dé par Jean-Ch­ris­tophe Bruyère. « Je ne suis pas un pas­seur » , se dé­fen­dait d’em­blée le pas­sa­ger. Le jeune Égyp­tien – lui-même en si­tua­tion ir­ré­gu­lière – se dé­brouille en fran­çais. Ma­rié et père d’un jeune en­fant, son ca­sier ju­di­ciaire est vierge. Pour­quoi s’est-il re­trou­vé dans cette four­gon­nette ? Il ex­plique être al­lé cher­cher les sept Égyp­tiens à la gare et les avoir in­vi­tés à par­ta­ger un re­pas dans un res­tau­rant de la place Jean-Jau­rès, à Cannes. Là, au mo­ment de payer l’ad­di­tion de 110 sa carte ne se­rait pas pas­sée… Et le pré­ve­nu au­rait de­man­dé au pro­prié­taire du res­tau­rant de le ra­me­ner chez lui afin de lui payer la somme en es­pèces. «Moi je ren­trais chez moi, à Grasse, main­tient-il. Les autres? Je ne connais pas leurs adresses mais je sais qu’ils ha­bitent à Grasse ».

Sur ses liens avec les pas­sa­gers de la four­gon­nette, Égyp­tiens comme lui, dif­fi­cile de faire la lu­mière. Amis de longue date? Con­ci­toyens ren­con­trés quelques heures au­pa­ra­vant? Les ver­sions des pas­sa­gers di­vergent…Et ce n’est pas le se­cond pré­ve­nu, le gé­rant du res­tau­rant qui condui­sait la ca­mion­nette, qui va per­mettre de faire la lu­mière sur cette soi­rée. « Quo­ti­dien­ne­ment, je passe au ke­bab , ex­plique-t-il – ai­dé par une in­ter­prète. Ce soir-là, mon frère m’a dit “Tu peux em­me­ner ces gens-là à Grasse? Car au res­tau­rant ils ont es­sayé de payer avec la carte ban­caire mais ça n’a pas mar­ché ” ». Le pré­ve­nu s’exé­cute. « J’ai fait une er­reur. Pour en­cais­ser 110 des re­pas, j’ai ac­cep­té de les em­me­ner à Grasse », re­grette-t-il. «À au­cun mo­ment, le conduc­teur ne dia­logue avec les pas­sa­gers, argue son avo­cat, Me Jean-Luc Mar­chio (du bar­reau de Nice). Il ne sait pas qu’ils sont en si­tua­tion ir­ré­gu­lière». Et pour cause, le pré­ve­nu ne parle ni fran­çais ni arabe. Dans la salle, une quin­zaine de proches du conduc­teur sont ve­nus as­sis­ter à l’au­dience. Par­mi eux, son frère ve­nu li­vrer son té­moi­gnage au tri­bu­nal, mais aus­si son épouse, en­ceinte de 7 mois. Es­ti­mant qu’ «il n’y a que des dé­cla­ra­tions qui ne peuvent être vé­ri­fiées », la re­pré­sen­tante du mi­nis­tère pu­blic re­quiert cinq mois d’em­pri­son­ne­ment pour le conduc­teur et quatre pour le pas­sa­ger. In­ter­pel­lé trois fois au­pa­ra­vant pour dé­faut de per­mis, le conduc­teur a éco­pé de 3 mois de pri­son et se voit confis­quer son vé­hi­cule. Le pas­sa­ger a été condam­né à deux mois d’em­pri­son­ne­ment.

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