Mo­bi­li­sa­tion pour les tor­tues

Suite à l’in­cen­die qui a ra­va­gé plus de 600 hec­tares, le Vil­lage des tor­tues de Gon­fa­ron et le pays de la Pro­vence verte re­crutent ha­bi­tants et tou­ristes pour ai­der les tor­tues sau­vages

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page - STEVE CLAUDE sclaude@ni­ce­ma­tin.fr 1. Na­tu­ra 2000 est un ré­seau eu­ro­péen de sites na­tu­rels pro­té­gés pour la fra­gi­li­té de la faune et de la flore. En France, le la­bel compte 1758 sites, dont le mas­sif des Maures.

Ils étaient une pe­tite dou­zaine ce sa­me­di ma­tin de­vant la cave coo­pé­ra­tive de Correns à avoir aban­don­né la grasse ma­ti­née pour une ran­don­née spé­ciale, à la re­cherche des tor­tues bles­sées. Et plus par­ti­cu­liè­re­ment la tortue d’Her­mann. Une es­pèce pro­té­gée vi­vant uni­que­ment dans le sud de la France et à qui le grand in­cen­die de Mont­fort-Correns a ra­va­gé ces der­niers jours l’ha­bi­tat na­tu­rel. Mais con­trai­re­ment aux hu­mains, pas de plan d’éva­cua­tion pour ces pe­tites bêtes. Seules dé­fenses face aux flammes: la ca­ra­pate ou la ca­ra­pace, à ce­ci près que la vi­tes­sen’est pas leur fort, et leur ar­mu­re­bien trop lé­gère. Pour faire l’in­ven­taire des dé­gâts et ve­nir en aide aux res­ca­pées, le Villa­gedes tor­tues de Gon­fa­ron et les res­pon­sables en­vi­ron­ne­ment du pays de la Pro­vence verte ont dé­ci­dé d’or­ga­ni­ser des « bat­tues » ou­vertes à tous dans les zones si­nis­trées. Une fa­çon de cou­vrir un maxi­mum de ter­rain tout en sen­si­bi­li­sant tou­ristes, pro­me­neurs et ha­bi­tants au res­pect de la na­ture et aux bons gestes pour la pré­ser­va­tion des es­pèces.

On a mar­ché sur la Lune

Pour ce deuxième jour de l’opé­ra­tion, di­rec­tion le val­lon des Ca­ne­bières, sur les hau­teurs de Correns. 8h30, tout le monde en voi­ture. Après quelques mi­nutes à se frayer un che­min à tra­vers les col­lines, le cor­tège s’ar­rête au som­met d’une pe­tite crête. De­vant, le vert des pi­nèdes laisse sou­dain place au noir et gris d’un pay­sage qua­si lu­naire entre arbres morts et épaisse couche de cendre ( plus de trente cen­ti­mètres par en­droits). His­toire d’ache­ver le ta­bleau, une forte odeur de brû­lé plane sur toute la zone. « C’est im­pres­sion­nant… et ça pue! », ré­sume plus sim­ple­ment Alexis, 12 ans, ve­nu avec son père. Le temps d’en­fi­ler les gi­lets jaunes obli­ga­toires, Do­mi­nique Rom­baut (char­gée de mis­sion Na­tu­ra 2000( au

1) près du pays de la Pro­vence verte) et Sé­bas­tien Ca­ron (res­pon­sable de conser­va­tion au Vil­lage des tor­tues) donnent les consignes. Puis la troupe se sé­pare pour une ma­ti­née d’ex­plo­ra­tion. Tête bais­sée, cha­cun es­saie tant bien que mal de se fau­fi­ler au­mi­lieu des branches, sur un ter­rain es­car­pé.

« On en a une! »

Mais après plus de deux heures de fouilles, tou­jours au­cune trace de ca­ra­pace à l’ho­ri­zon. Quand Do­mi­nique re­çoit un ap­pel sur son por­table: « On en a une, elle est vi­vante! » Aus­si­tôt, tout le monde se ras­semble au­tour de la mi­ra­cu­lée. C’est Alex, un ha­bi­tant, qui l’a trou­vée: « J’ai en­ten­du des bruits de feuilles et en re­gar­dant vers un pe­tit car­ré de brous­sailles épar­gnées par le feu, je l’ai vue qui mar­chait. Elle n’avait pas l’air bles­sée mais elle était noire de suie! ». Ar­ri­vé très vite, Sé­bas­tien prend le re­lais. Sou­la­ge­ment, la tortue (une fe­melle d’au moins 30 ans) est in­demne, « mais c’est une sur­vi­vante! » ex­plique-t-il en dé­cou­vrant d’an­ciennes tra- ces de brû­lé sur le dos de l’ani­mal, « cer­tai­ne­ment d’un autre in­cen­die dont elle avait dé­jà ré­chap­pé ». Après ce pre­mier exa­men, il ins­talle la tortue dans une bas­sine, sort tout un at­ti­rail puis la me­sure sous toutes les cou­tures, la pèse, note tout sur une fiche, pré­lève un échan­tillon de sang et trace une pe­tite marque bien spé­ci­fique sur l’une des écailles de la ca­ra­pace à l’aide d’une pe­tite scie. « On fait ça pour chaque tortue vi­vante qu’on trouve, ça nous per­met de la ré­per­to­rier et de suivre l’évo­lu­tion de la po­pu­la­tion dans la ré­gion. »

As­sis­tants, pas sau­ve­teurs

Vient en­fin pour le pe­tit co­baye le mo­ment de la dé­li­vrance lorsque Sé­bas­tien la re­lâche dans un­coin de ver­dure, à l’écart de la zone si­nis­trée. « On ne garde que les tor­tues gra­ve­ment bles­sées pour les soi­gner au parc, pré­cise Sé­bas­tien. On n’est pas tant des sau­veurs que des as­sis­tants, on dé­place sim­ple­ment les tor­tues au vert, loin de la zone de feu. D’ailleurs, on rap­pelle bien aux gens que les gar­der nuit à leur sur­vie ». Les ca­ra­paces sans vie, elles, sont ra­mas­sées et mises dans des sacs pou­belle. 13 h, tout le monde re­gagne les voi­tures, sous la pluie. Bi­lan de l’opé­ra­tion: une seule « as­sis­tée ». Maigre bu­tin, mais tous se sont conso­lés en se di­sant que per­sonne n’a trou­vé de ca­ra­pace cal­ci­née. Au to­tal, en deux ma­ti­nées, Do­mi­nique, Sé­bas­tien et tous les bé­né­voles au­ront ai­dé huit tor­tues, ra­mas­sées quatre car­casses et cou­vert une di­zaine d’hec­tares, sur les plus de 600 ra­va­gés par les flammes en dé­but de se­maine. « C’est tou­jours ça! » lâche fi­na­le­ment Do­mi­nique, qui sou­haite re­nou­ve­ler pro­chai­ne­ment l’opé­ra­tion sur un autre sec­teur.

(Pho­tos Hé­lène Dos San­tos)

Avec trente cen­ti­mètres de cendres par en­droits et un ter­rain es­car­pé, les re­cherches pro­gressent len­te­ment, mais tout le monde reste at­ten­tif.

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