Lou Doillon: « Les at­ten­tats veulent nous lais­ser sans voix »

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - L'été - ALEXANDRE CARINI aca­ri­ni@ni­ce­ma­tin.fr

Un look ves­tale à l’air mu­tin. Ro­ckeuse sage au folk re­belle. Une « fille de » qui s’af­fran­chit du « moi je ». Ac­trice, sty­liste, chan­teuse. Lou Doillon semble tout ce­la à la fois. Ar­tiste en un mot, aux mul­tiples ex­pres­sions. Lo­vée confor­ta­ble­ment dans un ca­na­pé du Mas des Es­ca­ra­va­tiers, quelques heures avant son très beau concert sous les oli­viers, à la nuit tom­bée. Elle nous re­çoit en chan­dail, bas de py­ja­ma et pan­toufles à four­rure. L’élé­gance de l’ex­tra­va­gance… « Ah, je me suis tou­jours amu­sée avec les vê­te­ments! ri­gole l’icône de Mor­gan, Man­go, La Re­doute, H& M. Tou­jours top, sans être tape à l’oeil. Avec mon style, j’ai sou­vent été vue comme une re­pré­sen­tante de la France à l’étran­ger, mais j’ai tou­jours ai­mé me dé­gui­ser pour amu­ser la ga­le­rie, sans pen­ser aux consé­quences. C’est mon cô­té an­glais » . Brexit les conve­nances et pré­ju­gés. Ni ange, ni dé­mon, comme elle le dit dans sa chan­son. Pas for­cé­ment fille mo­dèle, la Lou­lou. Mais man­ne­quin de peace, et chan­teuse love. Au­jourd’hui, plus que ja­mais. De Pa­risàNice, des at­ten­tats as­sas­sins et in­hu­mains. Triste re­frain. « Mal­heu­reu­se­ment, le drame et les larmes nous ont pour­sui­vis du­rant toute la tour­née cette an­née, sou­pire-t-elle, tel un en­fant à l’iti­né­raire gâ­té. Mais le seul but de ces actes, c’est de nous lais­ser sans voix. Alors tout ce qui peut nous rap­pro­cher, un concert, une marche, des mo­ments à par­ta­ger et à res­sen­tir avec le coeur et le ventre, ne doit pas se fis­su­rer. Il faut em­ployer tout notre amour pour être en­semble et la scène est un en­droit mer­veilleux pour ça! » . À la nuit tom­bée à Pu­get, son ré­ci­tal en deux al­bums ( Places et Lay low) a son­né comme une com­mu­nion. Mu­sique au choeur. Au nom du père. Car cen’est­pas avec Jane, chan­teuse gains­bou­rienne, mais avec Jacques, pa­pa ci­néaste, que la Doillon s’est pa­ra­doxa­le­ment ini- tiée aux par­ti­tions. « Avec ma mère sur scène, je ne voyais pas l’as­pect créa­tif de la mu­sique. Plu­tôt un cô­té théâtre, même si j’étais sub­ju­guée par la fas­ci­na­tion des gens pour Jane, qui res­tait très humble et ne me fai­sait ja­mais écou­ter de CD de Serge, confesse cette ad­mi­ra­trice de Kate Bush, ou Pat­ti Smith, à la­quelle elle semble avoir em­prun­té le cos­tume un peu an­dro­gyne. « Mon père, lui, ne mon­trait pas ses films, mais me fai­sait écou­ter toutes sortes de mu­siques, no­tam­ment an­glo-saxonnes alors qu’il ne parle pas an­glais » . Avec le suc­cès pu­blic et cri­tique de son pre­mier al­bum en 2012, on a dé­cou­vert son beau brin de voix. Hors dé­fi­lé ou pla­teau de ci­né­ma, Lou a trou­vé une nou­vel­le­voie. Où le ra­mage fait fi de l’image. Des mor­ceaux­qui lui collent à la­peau. « Avec la­mu­sique, c’est ce que je fais qui est mis en avant, mon image s’ef­face der­rière » . Sauf sur scène, au clair de lune, où Lou­ga­rou re­trouve sa pleine lu­mière.

(Pho­to Phi­lippe Ar­nas­san)

Le Mas des Es­ca­ra­va­tiers à Pu­get, (une scène cer­née par les vignes et les oli­viers) pour havre de paix. Avec sa voix suave éraillée et ses jo­lies com­po­si­tions folk, Lou Doillon y a fait une halte sal­va­trice, en ces temps de fo­lie des­truc­trice.

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