As­sas­si­né !

Un prêtre a été mor­tel­le­ment poi­gnar­dé dans son église, hier ma­tin, en Nor­man­die. L’un des deux as­saillants était connu du par­quet an­ti­ter­ro­riste. L’État is­la­mique a re­ven­di­qué ce nou­vel at­ten­tat

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page - ERIC GALLIANO egal­lia­no@ni­ce­ma­tin.fr

Lors d’une prise d’otages dans une église en Nor­man­die, deux hommes ont tué un prê­trede  ans au nom du groupe Etat is­la­mique L’émo­tion dans le Var et dans tout le­pays est­très­forte Fran­çois Hol­lan­deap­pelle les Fran­çaisà « fai­re­bloc » .

Une nou­velle étape vient d’être fran­chie dans l’es­ca­lade de la ter­reur. Après la li­ber­té d’ex­pres­sion en jan­vier 2015, au siège de l’heb­do­ma­daire sa­ti­rique Char­lie Heb­do, après le 13-No­vembre qui ci­blait « le mode de vie fran­çais », et seule­ment douze jours après l’at­taque au ca­mion de Nice qui a frap­pé aveu­glé­ment des fa­milles et des en­fants sur la Pro­me­nade des An­glais, c’est donc une église qui a été ci­blée par les ter­ro­ristes de l’État is­la­mique hier ma­tin. Celle de Saint-Etienne-du-Rou­vray, une pe­tite com­mune de l’ag­glo­mé­ra­tion rouen­naise, en Nor­man­die. Il était 9 h25 lorsque deux hommes y font ir­rup­tion. L’of­fice vient de dé­bu­ter. Deux pa­rois­siens sont pré­sents, trois re­li­gieuses ain­si que le père Jacques. Les ter­ro­ristes se di­rigent vers ce prêtre auxi­liai­rede la­pa­roisse, âgé de 86 ans, qui bien qu’of­fi­ciel­le­ment à la re­traite va cé­lé­brer la messe de ce mar­di. Le père Jacques re­çoit un coup de cou­teau en pleine gorge, un autre au tho­rax et s’ef­fondre. Tué au nom d’un dieu qui n’était pas le sien, mais qu’il res­pec­tait. L’imam de cette pe­tite com­mune de 30000 âmes à peine et où tout le monde se connaît, Mo­ham­med Ka­ra­bi­la, dit avoir « per­du un ami » dans cet at­ten­tat.

L’alerte don­née par une re­li­gieuse

Un acte ter­ro­riste qui a fait une se­conde vic­time: l’un des deux pa­rois­siens pré­sents, éga­le­ment poi­gnar­dé à la gorge, même si « ses jours ne se­raient plus en dan­ger » . Les autres per­sonnes pré­sentes sont prises en otages par les as­saillants. Mais une re­li­gieuse par­vient à s’échap­per. C’est elle qui donne l’alerte. Se­lon le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique de Paris, Fran­çois Mo­lins, uné­qui­page de la­bri­gade an­ti­cri­mi­na­li­té ar­ri­vé sur les lieux a im­mé­dia­te­ment ten­té « d’en­ta­mer une né­go­cia­tion avec les ter­ro­ristes par une pe­tite porte don­nant sur la sa­cris­tie » . Ces po­li­ciers es­saient éga­le­ment de pé­né­trer dans l’église. Mais les ter­ro­ristes se servent de­so­tages « en ri­deau » , comme d’un bou­clier hu­main. Ils fi­ni­ront par les li­bé­rer moins d’une heure plus tard.

En criant « Al­lah ak­bar »

Mais alors que les deux re­li­gieuses et la pa­rois­sienne sortent sur le par­vis de l’église, les ter­ro­ristes font ir­rup­tion der­rière elles, arme au poing et mu­nis d’en­gins ex­plo­sifs qui s’avé­re­ront fac­tices, en criant « Al­lah ak­bar » . La BRI (bri­gade de re­cherche et d’in­ter­ven- tion), qui est ar­ri­vée en ren­fort de Rouen, ouvre le feu. Un po­li­cier est lé­gè­re­ment bles­sé à la jambe, semble-t-il par un pro­jec­tile, et les ter­ro­ristes sont quant à eux abat­tus. L’un d’eux est très vite iden­ti­fié. Il s’agit d’Adel Ker­miche. Ce jeune homme de 19 ans était as­si­gné à ré­si­dence à Saint-Etienne-du-Rou­vray, où­vivent ses pa­rents. Il était sous contrôle ju­di­ciaire et por­tait un bra­ce­let élec­tro­nique de­puis sa re­mise en li­ber­té 18 mars der­nier. Le par­quet an­ti­ter­ro­riste s’était op­po­sé à la sor­tie de pri­son de ce jeune homme qui par deux fois dé­jà avait ten­té de re­joindre la Sy­rie. Le voi­ci donc de nou­veau sai­si, de­puis hier, dé­sor­mais d’un nou­vel at­ten­tat que le pré­sident de la Ré­pu­blique a qua­li­fié « d’ignoble » .

Un mi­neur en garde à vue

Comme pour l’at­taque au ca­mion per­pé­trée à Nice le 14 juillet, ce sont la sous-di­rec­tion an­ti­ter­ro­riste de la po­lice ju­di­ciaire et la di­rec­tion gé­né­rale de la sé­cu­ri­té in­té­rieure qui ont été char­gées de l’en­quête. En re­vanche, une pre­mière in­ter­pel­la­tion a eu lieu dès hier après-mi­di à Saint-Etien­ne­du-Rou­vray. Il s’agit d’un mi­neur né en 1999 en Al­gé­rie. Adel Ker­miche avait ai­dé son frère ca­det à re­joindre les rangs de l’État is­la­mique en mars 2015. Sur son mur Fa­ce­book, de­puis la Sy­rie, ce­lui-ci s’était fé­li­ci­té d’avoir réus­si à « pas­ser la fron­tière en cou­rant », alors que « les po­lices les po­li­ciers le tra­quaient dans toute l’Eu­rope » . S’ils avaient réus­si à le « blo­quer » , an­non­çait-il du haut de ses 16 ans, il au­rait « com­mis des meurtres » en France. Son ami d’en­fance Ker­miche s’en est char­gé hier, en pre­nant pour cible un prêtre. Un at­ten­tat très vite re­ven­di­qué par l’État is­la­mique.

(Pho­to Ian Lang­son/EPA/MaxPPP)

Après cet hor­rible drame, les hom­mages ont com­men­cé par­tout en France.

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