At­ten­tat de Nice : nou­velles in­ter­pel­la­tions Hu­bert Fal­co « bou­le­ver­sé »

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - L’info Du Jour - CH­RIS­TOPHE PER­RIN

Il y a ceux qui échangent des mes­sages élec­tro­niques com­pro­met­tants avec le ter­ro­riste. D’autres qui ap­pa­raissent tout sou­rire sur des sel­fies, voire dans le ca­mion qui, quelques heures plus tard, sè­me­ra la mort sur la pro­me­nade des An­glais. Les deux per­sonnes in­ter­pel­lées lun­di soir semblent plu­tô­tà­clas­ser dans la deuxième ca­té­go­rie. D’au­cuns évoquent « des se­conds cou­teaux ». La po­lice ju­di­ciaire, sur com­mis­sion ro­ga­toire des juges an­ti­ter­ro­riste pa­ri­siens, pour­suit ses in­ves­ti­ga­tions en ci­blant le cercle ami­cal de La­houaiej-Bouh­lel. Lun­di soir, une opé­ra­tion a été dé­clen­chée dans le­quar­tier de la gare ThiersàNi­ceàune heure in­ha­bi­tuelle. Les po­li­ciers re­dou­taien­tils une fuite à l’étran­ger ou un pas­sage à l’acte? Mys­tère pour l’ins­tant. Rien ne dit que ces deux in­di­vi­dus pla­cés en garde à vue se­ront trans­fé­rés à la sous-di­rec­tion de l’an­ti­ter­ro­risme (SDAT). Ils sont ac­tuel­le­ment in­ter­ro­gés à la ca­serne Au­vare (le siège de la po­lice à Nice), afin d’éta­blir leur de­gré de connais­sances des fu­nestes pro­jets de La­houaiej-Bouh­lel.

Mes­sage au­dio en­re­gis­tré

Sur les neuf per­sonnes in­ter­ro­gées de­puis l’at­ten­tat, cinq ont été mises en exa­men. Har­tan et En­ke­led­ja, un couple d’Al­ba­nais et Ram­zi A., jeune dé­lin­quant de la rue Mar­ceau à Nice, sont avant tout ac­cu­sés d’avoir four­ni un pis­to­let 7.65 mm et ses mu­ni­tions à La­houaie­jBouh­lel. Les deux autres mis en exa­men, Cho­kri C., un Tu­ni­sien de 37 ans et Mo­ha­med Wa­lid G., un Fran­co-Tu­ni­sien de 40 ans, ap­pa­raissent da­van­tage im­pli­qués dans le dé­lire idéo­lo­gique du ter­ro­riste. En tout cas, cer­tains de leurs mes­sages laissent sup­po­ser qu’ils n’ont pas dis­sua­dé leur ami de pas­ser à l’ac­tion. Tous deux ont re­çu, le 5 juillet un SMS avec le nom d’une so­cié­té de lo­ca­tion. So­cié­té à la­quelle La­houaiej-Bouh­lel ve­nait de ré­ser­ver pour les 12 et 13 juillet un ca­mion de 20 m3 avant d’an­nu­ler sa com­mande. Il pré­fé­re­ra fi­na­le­ment un 19 tonnes. Le tueu­raen­suite en­re­gis­tréun­mes­sage au­dio le 14 juillet vers 17 heures sur son té­lé­phone. Mes­sage en­voyé plus tard­par écrit via une ap­pli­ca­tion dans le­quel il ci­teC­ho­kri, ses amis et un cer­tain « Wa­lid ». À22h27, soit un quart d’heure avant la tragédie, La­houaiej-Bouh­lel en­voie un mes­sage à Ram­zi en ci­tant une nou­velle fois Cho­kri et l’ac­qui­si­tion de pis­to­lets. Cho­kri C., ori­gi­nai­rede Sousse, ne par­lant pas fran­çais, au ca­sier ju­di­ciaire vierge, est soup­çon­né d’avoir par­ti­ci­pé à des re­pé­rages, no­tam­ment le 12 juillet, sur la pro­me­na­dedes An­glais.

Des pho­tos sur la Prom’

Les po­li­ciers ont la preuve qu’il est mon­té dans le 19 tonnes de lo­ca­tion. Après avoir vé­cu et tra­vaillé dans les Pouilles en Ita­lie, l’in­di­vi­du sem­blait s’être éta­bliàNice de­puis quelques mois. Un mes­sage Fa­ce­book, en­voyé le 4 avril 2016 par Cho­kri C. au tueur, in­ter­roge sur sa ra­di­ca­li­sa­tion: « Charge le ca­mion, mets de­dans 2 000 tonnes de fer, nique, coupe lui les freins­mon ami et moi je re­garde. » Mo­ha­med Wa­lid G., lui aus­si in­con­nu de la jus­tice et des ser­vices de ren­sei­gne­ment, est ma­ni­fes­te­ment en contact étroit avec l’au­teur de l’at­ten­tat et semble adhé­reràdes thèses ex­trêmes. Son mes­sage, le 10 jan­vier 2015, à La­houaie­jBouh­lel est clair: « Je ne suis pas Char­lie… Je suis content, ils ont ra­me­né les sol­dats d’Al­lah pour fi­nir le tra­vail ». Les deux­hommes « se sont té­lé­pho­nés 1 278 fois de­puis juillet 2015 », a rap­pe­lé le pro­cu­reur de Paris. Mo­ha­med Wa­lid G. était éga­le­ment proche de Cho­kri C. Lui aus­si a été pris en pho­to dans la ca­bine du ca­mion les 11 et 13 juillet, comme le dé­montre l’ana­lyse du té­lé­phone du ter­ro­riste. Les en­quê­teurs ont par ailleurs re­trou­vé des pho­tos de Mo­ha­medWa­lid G. en train de se fil­mer, le len­de­main de l’at­ten­tat, sur une pro­me­nade des An­glais dé­vas­tée. Là où la veille, son ami La­houaiej-Bouh­lel, tou­jours aus­si nar­cis­sique, s’est pho­to­gra­phié à quatre re­prises avant de lan­cer son 19 tonnes dans la foule. Le sé­na­teur-maire de Tou­lon s’est dit « bou­le­ver­sé » sur twit­ter, « par l’hor­reur de cet acte. Je pense aux vic­times et leur adresse, ain­si qu’à la com­mu­nau­té ca­tho­lique, ma pro­fonde af­fec­tion » . Par ailleurs, l’ac­cès aux po­li­ciers mu­ni­ci­paux et na­tio­naux, aux gen­darmes ain­si qu’aux membres du dis­po­si­tif Sen­ti­nelle est dé­sor­mais gra­tuit sur tout le ré­seau Mis­tral de trans­ports en com­mun, « par me­sure de sé­cu­ri­té ».

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