So­lar Im­pulse boucle son tour du monde

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - France/monde -

We­made it! Tu te rends compte An­dré, on l’a fait, on l’a fait. » L’al­lé­gresse et l’émo­tion­dans la voix, Ber­trand Pic­card tend sa­main hors de son cock­pit pour ser­rer fort celle de son frère d’armes, An­dré Bor­sch­berg, qui l’ac­cueille. L’image des deux pi­lotes, aven­tu­riers du XXIe siècle, se congra­tu­lant sur le tar­mac de l’aé­ro­portd’ AbuD­ha­bi es­this­to­rique. C’était dans la nuit de lun­di à mar­di. Ce 26 juillet 2016, à 4h05 du­ma­tin heure lo­cale (2h05àMo­na­co), So­lar Im­pulse a rem­por­té son pa­ri. Et bou­clé le pre­mier tour du­mon­dea­vec un avion élec­trique ali­men­té par l’éner­gie so­laire. In­édit dans l’his­toire de l’avia­tion. Dans l’His­toire tout court. Du ja­mais vu: 43042 ki­lo­mètres sans une goutte d’es­sence. À la seule force so­laire, cap­tée par des mil­liers de cel­lules pho­to­vol­taïques dé­ve­lop­pées sur les ailes de l’avion et ali­men­tant les­bat­te­ries pla­cées dans la car­lingue.

« Ja­mais en­vi­sa­gé d’aban­don­ner »

En seize mois et dix-sept étapes, l’avion asur­vo­lé le MoyenO­rient, l’Asie, l’océan Pa­ci­fique, l’Amé­rique du Nord, l’océan At­lan­tique et la Mé­di­ter­ra­née pour re­ve­nir à son point de dé­part de­mars 2015: Abu Dha­bi. « Jeme sens heu­reux d’avoir réus­si ce rêve que j’avais de­puis si long­temps. J’ai beau­coup dou­té mais ja­mais en­vi­sa­géd’ aban­don­ner », confie Ber­trand Pic­card.

La nuit la plus longue

Pré­vu pour du­rer cinq mois, le tour du monde en a fi­na­le­ment pris le triple. Si la mo­ti­va­tion est res­tée in­tacte, l’équipe a du sou­vent faire face aux ca­prices du cli­mat. Et à un pro­blème de bat­te­ries, après le vol Pa­ci­fique, quia­cloué l’avion à Ha­waï huit mois. Ce der­nier seg­ment, entre Le Caire et Abu Dha­bi, a été aus­si un vol à haut risque. Im­pac­té par les cha­leurs tor­rides frap­pant la ré­gion (au­tour des 50 de­grés), re­tran­chant l’avion dans ses li­mites. Il était une heure du­ma­tin, dans la nuit de lun­di à mar­di. Il reste quel­ques­mi­nutes de vol, mais le­mo­ment est stu­dieux. ÀMo­na­co, le centre de contrôle de la mis­sion sert de­cer­veau à l’avion. Ber­trand Pic­card est en ap­proche, vi­sible sur les écrans, dans le ciel noir d’Abu Dha­bi. Le­cham­pagne est au frais. Une cin­quan­taine d’in­vi­tés et les fa­milles des équipes sont pré­sents. Le prince Al­bert II lui, fervent par­ti­san du pro­jet dans le­quel Mo­na­co a in­ves­ti, avait fait le dé­pla­ce­ment jus­qu’à Abu Dha­bi pour as­sis­ter à l’at­ter­ris­sage. Sur les der­nières mi­nutes de vol, l’en­semble de la team à Mo­na­co – tous vê­tus de la che­mise bleu ma­rine of­fi­cielle de l’aven­ture – se re­trouve dans la ca­bine de contrôle. L’ins­tant est his­to­rique. Le si­len­ceest re­li­gieux. « L’hé­ri­tage de So­lar Im­pulse, ce se­ra aus­si cette fan­tas­tique ami­tié qui s’est créée entre nous », lance Ber­trand Pic­card­de­puis son cock­pit. Les yeux brillent, mais la concen­tra­tion reste ex­trême dans cette nuit la plus longue. Jus­qu’à la dé­li­vrance. Et l’at­ter­ris­sage de l’avion sur le tar­mac d’Abu Dha­bi au­son d’une fan­fare orien­tale. « Rien n’est plus puis­sant qu’une idée dont l’heure est ve­nue », avait rap­pe­lé, ci­tant Vic­tor Hu­go, Mi­chèle Pic­card, l’épouse de Ber­trand dans un dis­cours à l’en­semble des équipes au dé­mar­rage du der­nier vol. Ce 26 juillet 2016, l’heure de So­lar Im­pulse était ve­nue.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.