Se­lon l’IGPN, le dis­po­si­tif du -Juillet n’était pas sous-di­men­sion­né à Nice

Dé­clen­chée sur fond de guerre des chiffres sur les ef­fec­tifs mo­bi­li­sés le soir de l’at­ten­tat, la mis­sion de l’ins­pec­tion gé­né­rale de la po­lice na­tio­nale a ren­du pu­bliques ses conclu­sions hier

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - L’info Du Jour - ERIC GAL­LIA­NO egal­lia­no@ni­ce­ma­tin.fr

Le 21 juillet, sur fond de po­lé­mique avec Ch­ris­tian Es­tro­si sur le nombre de po­li­ciers na­tio­naux pré­sents le soir du 14-Juillet, sur la Pro­me­nade des An­glais, le mi­nistre de l’In­té­rieur avait de­man­dé à l’ins­pec­tion gé­né­rale de la po­lice na­tio­nale (IGPN) une en­quête ad­mi­nis­tra­tive. Hier, la «po­lice des po­lices» a re­mis son rap­port à Ber­nard Ca­ze­neuve qui, par «vo­lon­té de trans­pa­rence», a de­man­dé à l’IGPN de le «rendre pu­blic». Quelques heures plus tard, dans une confé­rence de presse or­ga­ni­sée à Paris, Ma­rie-France Mo­ne­ger-Guyo­marc’h, la di­rec­trice de l’ins­pec­tion gé­né­rale de la po­lice na­tio­nale a pré­sen­té ses «ob­ser­va­tions».

«Mise en cause in­jus­ti­fiée»

Même si c’est à «l’en­quête ju­di­ciaire de faire toute la lu­mière sur ce drame», elle es­time pour sa part, que le dis­po­si­tif de sé­cu­ri­sa­tion du 14-Juillet «n’était pas sous-di­men­sion­né». Dans son rap­port, l’IGPN constate tout d’abord que «l’alerte a été très ra­pi­de­ment don­née par un équi­page de la po­lice mu­ni­ci­pale qui d’ailleurs ne fai­sait pas par­tie du dis­po­si­tif de la Prom’ Par­ty». En­suite qu’il s’est dé­rou­lé « très peu de temps entre l’ar­ri­vée du ca­mion sur la Pro­me­nade des An­glais et la neu­tra­li­sa­tion du ter­ro­riste ». Se­lon elle, ce dé­lai se compte «en mi­nutes et sur les doigts d’une main». En­fin, elle sou­ligne que la neu­tra­li­sa­tion in­ter­vient à peine «150 mètres après le pre­mier point de contrôle as­su­ré par la po­lice na­tio­nale» à Mayer­beer, même si elle ne peut que dé­plo­rer le trop grand nombre de vic­times. Les po­li­ciers, tant na­tio­naux que mu­ni­ci­paux, pré­sents ce soir-là, n’ont donc pas failli à leur mis­sion. La pa­tronne de l’IGPN confie que lors de leur mis­sion, ses ins­pec­teurs ont ren­con­tré des per­son­nels «très mar­qués», vi­vant «très mal les po­lé­miques qui ont écla­té dès le len­de­main du drame», qu’ils consi­dèrent «comme des mises en cause in­jus­ti­fiées et in­utiles». Dans un com­mu­ni­qué com­mun, le maire de Nice, Phi­lippe Pra­dal, et Ch­ris­tian Es­tro­si ont in­di­qué qu’il n’avait ja­mais été ques­tion de mettre en cause les forces mo­bi­li­sées: «Ce rap­port in­dique que toutes les forces de l’ordre pré­sentes ont fait de leur mieux. Sur ce point per­sonne n’a ja­mais dit le contraire», in­sistent les deux élus ni­çois qui rap­pellent que ce n’est d’ailleurs pas une en­quête de l’Ins­pec­tion gé­né­rale de la po­lice, mais de l’ad­mi­nis­tra­tion qu’ils ont tou­jours ré­cla­mée.

Ca­ze­neuve et Es­tro­si ont tous les deux rai­sons

Sur le nombre de po­li­ciers mo­bi­li­sés, ce rap­port de l’IGPN per­met en tout cas de pré­ci­ser les choses. Il ré­af­firme que 64 po­li­ciers na­tio­naux étaient mo­bi­li­sés ce soir-là sur le dis­po­si­tif «Prom’ Par­ty». C’est ce qu’avait af­fir­mé au len­de­main de l’at­ten­tat le mi­nistre de l’In­té­rieur Ber­nard Ca­ze­neuve, alors que Ch­ris­tian Es­tro­si af­fir­mait en avoir vu bien moins aux ca­mé­ras. Cette guerre des chiffres avait nour­ri une po­lé­mique qui, pour la pa­tronne de l’IGPN, ne peut être que «le fruit d’une mau­vaise com­pré­hen­sion ou d’une mau­vaise in­ter­pré­ta­tion sur les in­for­ma­tions, peut-être pas com­plè­te­ment sta­bi­li­sées qui ont été ra­pi­de­ment four­nies dans un sou­ci évident de trans­pa­rence». Car à la lec­ture du rap­port ex­haus­tif, il s’avère que Ber­nard Ca­ze­neuve et Ch­ris­tian Es­tro­si avaient tous les deux rai­sons! S’il y avait bien, note de ser­vice à l’ap­pui, 64 fonc­tion­naires na­tio­naux, le dis­po­si­tif de sé­cu­ri­té pré­voyait la mise en place de deux cercles concen­triques de sé­cu­ri­sa­tion, comme ce­la avait dé­jà été le cas pour le Car­na­val. Un pé­ri­mètre «large» in­cluant des pa­trouilles jusque sur la place Mas­sé­na et dans le Vieux-Nice, afin de re­pé­rer le plus en amont pos­sible une éven­tuelle me­nace. Et un pé­ri­mètre «res­ser­ré» avec trois points de contrôle sur la Prom’ te­nus par deux sec­tions de la com­pa­gnie dé­par­te­men­tale d’in­ter­ven­tion (CDI), trois de la bri­gade an­ti­cri­mi­na­li­té (BAC) et deux de la bri­gade spé­cia­li­sée de ter­rain (BST)... Soit au to­tal 39 hommes sur le front de mer. À la lu­mière de ce do­cu­ment qui, pour Ch­ris­tian Es­tro­si, est loin d’ap­por­ter toutes les ré­ponses (lire ci-contre), cette guerre des chiffres s’avèrent bien sté­rile. D’au­tant que, se­lon Ma­rieF­rance Mo­ne­ger-Guyo­marc’h, elle a lais­sé des sé­quelles: alors que «la co­opé­ra­tion entre po­lice na­tio­nale et po­lice mu­ni­ci­pale, mar­quée par une grande ex­pé­rience et un haut ni­veau de confiance ré­ci­proque, était jus­qu’alors bonne», la pa­tronne de l’IGPN s’in­quiète dé­sor­mais «des ré­per­cus­sions sur ces re­la­tions qui sont pour­tant es­sen­tielles à une co­pro­duc­tion de sé­cu­ri­té ef­fi­cace ».

(Photo AFP)

La di­rec­trice de l’ins­pec­tion gé­né­rale de la po­lice na­tio­nale a pré­sen­té hier le rap­port of­fi­ciel.

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