Ber­nard Tanguy : « On peut en­core conti­nuer à rê­ver à 50 ans »

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Rencontre - GUILLAUME AUBERTIN gau­ber­tin@ni­ce­ma­tin.fr

On ne sait pas trop par où com­men­cer. Ty­pique des mecs de son genre qui ont dé­jà connu mille et une vies et qui, même mal­gré l’âge, de­meurent d’éter­nels rê­veurs. Ber­nard Tanguy a 51 ans et en­core un pa­quet de dé­fis à re­le­ver, d’aven­tures à vivre et de rêves à réa­li­ser. Ça tombe bien, au­jourd’hui, il est réa­li­sa­teur. Il vient d’ailleurs de mettre en boîte le film Pa­ren­thèse, à l’af­fiche de­puis le dé­but de la se­maine. Que se­ra-t-il de­main ? Pas sûr qu’il le sache lui-même. Hier, il était en­core en­tre­pre­neur. Avant ce­la, lui, le pas­sion­né de ci­né­ma ita­lien des an­nées soixante-dix, « is­su d’une fa­mille as­sez mo­deste », fai­sait des études. Po­ly­tech­nique. Rien que ça. « J’ai dû bos­ser comme in­gé­nieur pour ga­gner ma vie », dit-il avec dé­ta­che­ment. Mais ça, c’était avant. Avant qu’il monte sa boîte de té­lé­coms (Si­ti­com). Ils étaient « trois au dé­part ». Et au fi­nal, « 450 em­ployés » lors­qu’il a tout ba­lour­dé. L’oc­ca­sion d’em­po­cher un pe­tit pé­cule afin « d’échap­per à l’es­cla­va­gisme du tra­vail » . Et « faire en­fin quelque chose qui (lui) plai­sait vrai­ment ». Du ci­né­ma. De toute fa­çon, son pre­mier rêve d’en­fance com­men­çait dou­ce­ment à s’étio­ler lorsque les pré­mices de sa (ti­mide) cal­vi­tie l’ont obli­gé à re­voir ses plans. « J’ai com­pris que je pou­vais aban­don­ner ma car­rière de rock star », ri­gole-t-il au­jourd’hui, en ter­rasse d’un res­tau­rant hyé­rois, en­tou­ré de ses co­mé­diens. Car à l’époque, mieux va­lait avoir les che­veux longs ». Son pre­mier groupe s’ap­pe­lait… Scé­na­rio! «On fai­sait de la new wave, avec des chan­sons qui pou­vaient du­rer vingt­cinq mi­nutes. » Lui était au clavier. Son grand fait de gloire mu­si­cale? Il a été nu­mé­ro un des charts au Sé­né­gal. « C’était avec le groupe Saf, on était même de­vant Yous­sou N’Dour », ra­conte-t-il avec un brin de fier­té et beau­coup d’amu­se­ment. À la lec­ture de ce CV pour le moins dé­cou­su, on a de quoi être cu­rieux de dé­cou­vrir son tra­vail, en tant que réa­li­sa­teur. Comme sou­vent, l’oeuvre est à l’image de son au­teur : in­clas­sable, sen­sible, doux, pro­fond et drôle. Le pitch? Trois quin­quas se re­trouvent sur un voi­lier dans l’es­poir de re­nouer avec leur vingt ans. En route, ils croisent trois jeunes femmes qu’ils em­barquent à bord et qui risquent de tout faire cha­vi­rer. Leur coeur comme le ba­teau. « C’est un vrai bud­dy mo­vie (film de potes) entre la co­mé­die et le ci­né­ma d’au­teur po­pu­laire », dé­crypte Ber­nard Tanguy. On y parle « d’amour » ,de « nos­tal­gie », de « peur de vieillir » et de « jeu­nesse » aus­si. Au­tant de sen­ti­ments qui ont tou­jours ani­mé le réa­li­sa­teur, lui qui, lors­qu’il avait vingt ans, était per­sua­dé qu’il pour­rait « chan­ger le monde ». Trente ans plus tard, la ques­tion le ta­raude tou­jours. La mé­lan­co­lie a peut-être pris le des­sus sur l’op­ti­misme. Mais lui reste per­sua­dé qu’on « peut en­core conti­nuer à rê­ver à 50 ans ».

L’équipe du film Pa­ren­thèse s’est re­trou­vée lors de l’avant-pre­mière, la se­maine der­nière à Hyères. De gauche à droite : Ber­nard Tanguy (le réa­li­sa­teur), ac­com­pa­gné par les ac­teurs Anne Ser­ra, Vincent Win­te­rhal­ter, So­phie Ver­beeck, Gilles Gas­ton-Drey­fus, Di­na­ra Drou­ka­ro­va et Eric Viel­lard

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.