Odon Val­let : « Le dia­logue est le seul che­min »

Odon Val­let, doc­teur en droit et en science des re­li­gions, char­gé de cours des uni­ver­si­tés Pan­théon-Sor­bonne et Di­de­rot ap­porte son éclai­rage sur l’at­ten­tat de Saint-Etienne-du-Rou­vray

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR CA­THE­RINE HENAFF

Le dia­logue avec les re­pré­sen­tants des re­li­gions, dans le res­pect de la loi sur la laï­ci­té, est le seul che­min pour re­cou­vrer la paix en France, se­lon l’au­teur et his­to­rien des re­li­gions, Odon Val­let. Il dé­crypte pour nous l’at­ten­tat de Saint-Étienne-du-Rou­vray et ap­porte son éclai­rage sur les causes du ter­ro­risme en France.

Quelle sym­bo­lique faut-il voir dans l’at­ten­tat meur­trier de SaintÉ­tienne-du-Rou­vray? Fran­çois Hol­lande a dit que cet at­ten­tat était une pro­fa­na­tion de la Ré­pu­blique. En d’autres termes, la cou­pure laïque-ca­tho­lique s’es­tompe. Dé­sor­mais,

Pour les ter­ro­ristes,

la France est

le moyen Sa­tan”

c’est laïques l’unio­net des sa­crée ca­tho­li­quesdes contre ces hor­reurs. L’at­ten­tat et l’égor­ge­ment d’un homme de  ans par un gar­çon de  ans, qui pour­rait être son ar­rière pe­tit-ne­veu, ont ému le monde en­tier. Même le New York Times a fait sa une là-des­sus. En d’autres termes, que l’on croit au ciel ou qu’on n’y croit pas est tout à fait se­con­daire. Jus­qu’à pré­sent, les ter­ro­ristes

s’en pre­naient beau­coup à la laï­ci­té à la Fran­çaise, à l’in­ter­dic­tion du port du voile. Là, ils s’en prennent à la France des, entre guille­mets, croisés. Les mots francs et croisés étant sy­no­nymes au Moyen-Âge, lorsque les croi­sades étaient com­man­dées par les Fran­çais. C’est donc une date très im­por­tante et lourde de consé­quences. Y a-t-il un pré­cé­dent ré­cent en France? Il n’y a pas de pré­cé­dent à ma connais­sance, d’un prêtre as­sas­si­né par un dji­ha­diste. Il y a eu des prêtres, des évêques, des car­di­naux qui ont été tués par des prêtres fous, par des com­mu­nards en , mais par des dji­ha­distes, c’est une pre­mière. C’est dé­jà ar­ri­vé dans d’autres pays, au Proche-Orient ou en Afrique, y com­pris des prêtres ou re­li­gieux fran­çais comme les moines de Tib­hi­rine ou comme l’an­cien évêque d’Oran, mon­sei­gneur Cla­ve­rie. L’idée cir­cule beau­coup que la loi sur la laï­ci­té se­rait à l’ori­gine du ter­ro­risme or­ga­ni­sé par l’État is­la­mique sur le sol fran­çais. Est-elle per­ti­nente? Quel est votre point de vue? Le ter­ro­risme a plu­sieurs causes. Il peut s’en prendre à d’autres mu­sul­mans, qui sont les pre­mières vic­times. Les chiites sont vic­times des sun­nites et les sun­nites sont vic­times des chiites, exactement comme, au XVIe siècle, les pro­tes­tants furent vic­times des ca­tho­liques et les ca­tho­liques des pro­tes­tants. Lors­qu’en­suite les ter­ro­ristes s’en prennent à des pays étran­gers, ils les choi­sissent. Is­raël est le pe­tit Sa­tan, les États-Unis sont le grand Sa­tan, la France est le moyen Sa­tan. C’est un pays dont l’ar­mée in­ter­vient contre des mu­sul­mans en Sy­rie, en Irak, au Ma­li, en Cen­tra­frique se­lon eux, et dé­sor­mais en Li­bye. Mais bien en­ten­du, il y a aus­si un cô­té an­ti­chré­tien dans ces vio­lences is­la­mistes qu’on voit au Proche-Orient et qu’on voit dé­sor­mais dans une pai­sible bour­gade de Nor­man­die.

Peut-on ima­gi­ner au­jourd’hui un sys­tème concor­da­taire tran­si­toire, dans le­quel l’État né­go­cie­rait avec les re­pré­sen­tants du culte. Est-ce sou­hai­table? J’ai beau­coup de sym­pa­thie pour les Al­sa­ciensMo­sel­lans et leur sys­tème concor­da­taire, et plus gé­né­ra­le­ment leur droit lo­cal qui, à mon avis, fonc­tionne bien, dans le res­pect de la laï­ci­té. L’aca­dé­mie de Stras­bourg est d’ailleurs l’une des deux en France, avec celle de Li­moges, qui a le moins d’éta­blis­se­ments ca­tho­liques sous contrat puis­qu’on peut avoir des cours de re­li­gion, si on le sou­haite, à l’école pu­blique. En même temps, peut-on étendre ce sys­tème à toute la France, je n’en suis pas sûr. Moi, j’aime beau­coup le pre­mier amen­de­ment de la cons­ti­tu­tion amé­ri­caine, se­lon le­quel l’État peut avoir des re­la­tions avec les re­li­gions, mais il ne peut en pri­vi­lé­gier au­cune. No es­ta­bli­shed church ,en sou­ve­nir de l’église an­gli­cane du co­lo­ni­sa­teur an­glais. Mais la laï­ci­té à la fran­çaise est tel­le­ment an­crée dans la tra­di­tion ré­pu­bli­caine, comme la loi de  sur les as­so­cia­tions et congré­ga­tions, qu’on ne peut guère y tou­cher. Et y tou­cher amè­ne­rait de tels désac­cords, qu’on crée­rait une di­vi­sion entre les Fran­çais, ce que sou­haite l’État Is­la­mique.

Un dia­logue se­rait-il pré­fé­rable à la loi pour que la so­cié­té vive en paix? Un dia­logue est pos­sible dans le res­pect de la loi de . C’est ce qui s’est fait ce ma­tin quand le chef de l’État a re­çu les re­pré­sen­tants des grandes re­li­gions. Il a par­lé avec eux. Il n’a si­gné au­cun ac­cord avec eux.

C’est le bon che­min se­lon vous ? C’est le seul che­min pos­sible. Lire éga­le­ment toute l’ac­tua­li­té concer­nant St-Etienne-du-Rou­vray, dans nos pages France.

(Pho­to AFP Joêl Sa­get)

Odon Val­let est doc­teur en droit et his­to­rien des re­li­gions.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.