Boua­lem San­sal « La France doit, à tra­vers ses chefs, don­ner l’image d’un pays de­bout »

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Attentats - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR V.G. 1. Édi­tions Gal­li­mard. Cet ou­vrage a re­çu le Grand Prix de l’Aca­dé­mie fran­çaise en 2015 et a été élu meilleur livre de l’an­née 2015 par le ma­ga­zine Lire.

Dans son livre 2084, la fin du monde (1), l’écri­vain al­gé­rien Boua­lem San­sal ima­gine, d’ici une cen­taine d’an­nées, un monde ré­gen­té par un pou­voir théo­cra­tique mu­sul­man, où la libre-pen­sée n’est pas per­mise. En avril der­nier, lors de la fête du livre à Hyères, il avait ex­pli­qué être «qua­si­ment cer­tain» de cette évo­lu­tion. Nous avons de­man­dé à ce non croyant re­ven­di­qué, de pro­po­ser des so­lu­tions pour faire ces­ser la suc­ces­sion d’at­ten­tats.

Fa­vo­ri­ser le re­cueil d’in­for­ma­tions

Ré­gu­liè­re­ment in­sul­té et me­na­cé par les ex­tré­mistes is­la­mistes pour les idées dé­ve­lop­pées dans ses ou­vrages et ses prises de po­si­tion, il a bien vou­lu se li­vrer à cet exer­cice, « en sa­chant com­bien il est ri­di­cule qu’un écri­vain se mêle de don­ner, sur le pouce qui plus est, des conseils en ma­tière de lutte contre le ter­ro­risme is­la­miste», prend-il la pré­cau­tion de sou­li­gner. Pour Boua­lem San­sal, il faut fa­vo­ri­ser le re­cueil d’in­for­ma­tions par un en­semble de dé­ci­sions : «Adap­ter l’or­ga­ni­sa­tion et le fonc­tion­ne­ment des ser­vices de ren­sei­gne­ments à la nou­velle réa­li­té, et créer un mi­nis­tère de la sé­cu­ri­té » afin que «tout le monde sache qui est en charge de la lutte contre le ter­ro­risme is­la­miste». Mais aus­si « ren­for­cer la co­opé­ra­tion avec les ser­vices de sé­cu­ri­té des pays du Magh­reb (Ma­roc, Al­gé­rie, Tu­ni­sie)». Tou­jours dans cette op­tique de col­lecte de ren­sei­gne­ments, l’in­tel­lec­tuel sug­gère «d’of­frir la pos­si­bi­li­té à tout ci­toyen, qui sait quelque chose sur un at­ten­tat qui se pré­pare, d’en in­for­mer la jus­tice sans avoir à se pré­sen­ter, ni dé­cli­ner son iden­ti­té».

Ar­rê­ter les fi­chés S les plus me­na­çants

Dans un autre re­gistre, il pré­co­nise «d’ar­rê­ter les fi­chés S les plus me­na­çants, les autres se­ront in­for­més qu’ils sont sous sur­veillance per­ma­nente» et de «fer­mer les mos­quées sa­la­fistes et ex­pul­ser leurs imams ». En­fin, Boua­lem San­sal es­time que la ré­ac­tion des au­to­ri­tés fran­çaises est trop char­gée d’émo­tion. « Le pré­sident et le gou­ver­ne­ment ai­de­raient beau­coup s’ils ces­saient de cou­rir d’un at­ten­tat à l’autre, de ré­pé­ter les mêmes dé­cla­ra­tions creuses en af­fi­chant des airs de chiens bat­tus, dit-il. Les ras­sem­ble­ments of­fi­ciels, où on vient se la­men­ter et pleur­ni­cher, donnent de la France of­fi­cielle une image dé­plo­rable qui en­cou­rage les is­la­mistes. La France doit, à tra­vers ses chefs, don­ner l’image d’un pays de­bout, ca­pable d’af­fron­ter le pire».

(Pho­to Va­lé­rie Le Parc)

L’écri­vain al­gé­rien pro­pose d’of­frir la pos­si­bi­li­té à tout ci­toyen, qui sait quelque chose sur la pré­pa­ra­tion d’un at­ten­tat, d’en in­for­mer la jus­tice de ma­nière ano­nyme.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.