L’après--Juillet: ces ini­tia­tives qui re­donnent foi en l’hu­ma­ni­té

Sur les ré­seaux so­ciaux, les pla­te­formes dé­diées, dans les com­merces, au­près des ins­ti­tu­tions ou à l’ini­tia­tive de par­ti­cu­liers, la so­li­da­ri­té bat son plein pour sou­te­nir les cen­taines de vic­times

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Attentat De Nice -

Ils sont psy­cho­logues. Psy­cho­thé­ra­peutes. Chi­ro­prac­teurs. Hyp­no­thé­ra­peutes. En­tre­pre­neurs, sa­la­riés, fonc­tion­naires ou re­trai­tés. Jeunes, vieux. De toutes con­fes­sions. De tous ho­ri­zons. Tous ont été émus, cho­qués, par­fois at­teints par le drame du 14Juillet. Tous ont vou­lu par­ti­ci­per, ai­der, au long et dou­lou­reux che­min qui doit me­ner vers la re­cons­truc­tion pour des di­zaines et des di­zaines de vic­times. La Fon­da­tion de France a d’ores et dé­jà ré­col­té un mi­lion d’eu­ros [lire par ailleurs]. Qua­rante-neuf mille eu­ros, c’est, à ce jour, le mon­tant par­ve­nu pour sou­te­nir les vic­times et fa­milles de vic­times au CCAS de Nice. Vingt mille six cent quatre-vingts eu­ros, c’est ce que la ca­gnotte du groupe Nice-Ma­tin (www.ok­pal.com/so­li­da­ri­te­nice) to­ta­li­sait hier. Un élan de gé­né­ro­si­té et de bon­té hu­maine qui fait du bien dans une pé­riode où les po­lé­miques ont très (trop) vite suc­cé­dé à la peine. Et où un nou­veau drame, à SaintÉ­tienne-du-Rou­vray, a de nou­veau en­deuillé la France.

La Nor­man­die émue par Franck

Sam et Ay­me­ric, deux amis qui vivent en Nor­man­die, font par­tie de ces ci­toyens qui ont choi­si de faire quelque chose pour les Ni­çois. Eux, c’est le té­moi­gnage de Franck, lu dans nos co­lonnes, qui a fait dé­to­na­teur. Ce père de fa­mille, âgé de 49 ans, n’avait pas hé­si­té une se­conde, en ef­fet, quand il a dé­ci­dé d’in­ter­cep­ter au pé­ril de sa vie le ca­mion du bour­reau de la Prom’. « Pour nous ça a été comme une évi­dence », ra­conte Sam. «Il fal­lait quelque chose pour ce hé­ros mais quoi?» Alors mo­des­te­ment, les deux Nor­mands en­vi­sagent de ra­che­ter un scoo­ter. Ce­lui que Franck a sa­cri­fié pour la bonne cause. Puisque son in­ter­ven­tion a sans doute joué un rôle clé dans l’in­ter­cep­tion du ter­ro­riste. «On a alors ou­vert une ca­gnotte sur In­ter­net. On a fixé la barre au ni­veau du prix d’achat de l’en­gin, soit en­vi­ron 9 000 eu­ros. » La ca­gnotte dé­passe dé­sor­mais les 23000 eu­ros. Et il reste en­core quatre jours pour l’abon­der. «Le sur­plus ser­vi­ra à payer des ma­chines à ca­fé [10 pour Len­val, 40 pour Pas­teur 2, Ndlr]. Nous nous sommes ren­sei­gnés. Nous avons en­ta­mé des dé­marches au­près du fa­bri­quant pour ob­te­nir un ta­rif d’achat grou­pé. Tout ça, nous l’avons fait de­puis chez nous, après le bou­lot. C’était tout à fait nor­mal. » Nor­mal. Ce mot que Franck ne cesse de ré­pé­ter. Et qu’il a eu l’oc­ca­sion de souf­fler à l’oreille de son bien­fai­teur, en­core ému de son échange avec le Ni­çois. Des ca­gnottes, il s’en est ou­vert plu­sieurs pour les vic­times de la bar­ba­rie. Pour ces fa­milles dé­truites par la perte d’un parent, d’un en­fant. De l’ar­gent qui pa­rait peu de chose com­pa­ré à la tris­tesse in­fi­nie qui ha­bite les sur­vi­vants. Mais qui pour­ra s’avé­rer utile au mo­ment de ré­gler cer­tains frais.

Des ini­tia­tives, des mains ten­dues

Une gé­né­ro­si­té et un al­truisme qui se ma­ni­feste es­sen­tiel­le­ment via les ré­seaux so­ciaux. Quand ils ne servent pas à abon­der les po­lé­miques les plus nau­séa­bondes, ces géants du web que sont Fa­ce­book ou Twit­ter s’avèrent des plus utiles, uti­li­sés pour faire connaître toutes les bonnes ini­tia­tives. Comme des ex­cur­sions dans l’Es­té­rel pro­po­sées par cette pro­prié­taire de trois che­vaux. Comme cette in­fir­mière li­bé­rale qui se pro­pose d’écou­ter tout sim­ple­ment les gens qui en éprouvent le be­soin. Ou en­core comme ces collectes im­pro­vi­sées de jouets et de livres à des­ti­na­tion de ces di­zaines d’en­fants fau­chés sur le trot­toir. Il y a aus­si ces pro­fes­sion­nels lo­caux comme Su­zanne Bar­ce­lo, com­mer­çante à Nice. Elle gère une au­berge de jeu­nesse et un res­tau­rant dans le centre-ville. Elle a pro­po­sé d’of­frir le gîte et le cou­vert à une fa­mille après le drame : «Quand j’ai ap­pris que tous les centres d’ac­cueil étaient pleins, alors j’ai pro­po­sé l’hé­ber­ge­ment à une fa­mille tou­chée par l’at­ten­tat.» De nom­breux pra­ti­ciens offrent leurs ser­vices. C’est le cas de plu­sieurs di­zaines de thé­ra­peutes, bé­né­voles re­cen­sés par l’as­so­cia­tion Fleur de vie 06. Par­mi les 84 morts de l’at­ten­tat du 14-Juillet, cer­tains étaient pro­prié­taires d’ani­maux. «Il y a cer­tai­ne­ment des ani­maux de gens hos­pi­ta­li­sés ou dé­cé­dés res­tés seuls dans les ap­par­te­ments. Mer­ci pour eux d’être at­ten­tifs et de ne pas hé­si­ter à nous té­lé­pho­ner si né­ces­saire », si­gna­lait ain­si l’Al­liance pour le res­pect et la pro­tec­tion des ani­maux (ARPA) sur sa page Fa­ce­book. Au moins trois ani­maux ont été se­cou­rus par l’as­so­cia­tion. «On nous a dé­jà si­gna­lé des miau­le­ments et des aboie­ments dans les ap­par­te­ments. Il faut qu’on puisse au moins les sor­tir. C’est aus­si une ma­nière de res­pec­ter les gens qui ne sont plus là.»

(Pho­to Fran­çois Vi­gno­la)

Dans les bu­reaux com­pé­tents et sur In­ter­net, la col­lecte de dons conti­nue. Un ar­gent qui se­ra des­ti­né à une meilleure prise en charge des vic­times, di­rectes et in­di­rectes, qui ne sont pas tou­jours éli­gibles au fonds de ga­ran­tie.

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