Ma­cron : « L’équi­valent de  ans de di­vi­dendes pour l’État »

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Var - Côte D’azur -

Le mi­nistre de l’Éco­no­mie a ac­cor­dé une in­ter­view ex­clu­sive à Var-ma­tin/Ni­ce­Ma­tin. Em­ma­nuel Ma­cron évoque les en­jeux de cette vente à plus d’un mil­liard d’eu­ros.

N’y a-t-il pas un risque à cé­der un ou­til stra­té­gique tel que l’aé­ro­port de Nice? D’abord, on ne cède pas l’aé­ro­port en lui-même. On ne cède que la part de l’État dans la so­cié­té de ges­tion ce qui si­gni­fie que le fon­cier et les in­fra­struc­tures res­tent la pro­prié­té de l’État. La so­cié­té de ges­tion est la struc­ture qui per­met l’ex­ploi­ta­tion opé­ra­tion­nelle et com­mer­ciale de l’aé­ro­port. Elle s’ins­crit dans le cadre d’un contrat de conces­sion pas­sé avec l’État et d’une ré­gu­la­tion ta­ri­faire sou­mise à une au­to­ri­té in­dé­pen­dante. Tout ce qui re­lève des ta­rifs, des règles d’ou­ver­ture de l’aé­ro­port, des nui­sances so­nores et en­vi­ron­ne­men­tales, du dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique, et même des éven­tuelles de­mandes d’ex­ten­sion… n’est pas dans la main du re­pre­neur mais reste dans celle de l’État.

Qu’est-ce qui est cé­dé alors ? Ce que l’on a cé­dé ce sont donc nos parts dans la so­cié­té de ges­tion. Jus­te­ment parce que ce­la n’a rien de ré­ga­lien. Ce­la ne concerne ni la sé­cu­ri­té ou la sû­re­té, ni l’in­té­rêt su­pé­rieur de la Na­tion. L’État n’était sans doute pas le meilleur ges­tion­naire puisque, de­puis plu­sieurs dé­cen­nies, il n’a pas in­ves­ti dans ses aé­ro­ports. Voi­là pour­quoi nous avons sou­hai­té ou­vrir le ca­pi­tal. À la fois pour li­bé­rer de l’ar­gent et le ré­in­ves­tir ailleurs. Mais aus­si pour trou­ver des ac­tion­naires qui ont un pro­jet am­bi­tieux pour ces aé­ro­ports. C’est ce qui a été au­to­ri­sé par la loi du  août  que j’ai por­tée de­vant le Par­le­ment. Nous avons en­suite dé­fi­ni un ca­hier des charges. Avec l’en­semble des ac­tion­naires et les col­lec­ti­vi­tés lo­cales concer­nées. J’ai ain­si as­so­cié les élus lo­caux qui ne sont pas ac­tion­naires comme Cannes et la com­mu­nau­té d’ag­glo­mé­ra­tion des Pays de Lé­rins. Nous avons dé­fi­ni des ob­jec­tifs. No­tam­ment en ma­tière de dé­ve­lop­pe­ment in­dus­triel, éco­no­mique et tou­ris­tique de l’aé­ro­port et de la ré­gion. Des ob­jec­tifs so­ciaux aus­si. Tous ces ob­jec­tifs ont été in­té­grés dans un ca­hier des charges au­quel se sont sou­mis l’en­semble des of­freurs.

Y a-t-il eu consen­sus avec les col­lec­ti­vi­tés lo­cales? Les col­lec­ti­vi­tés lo­cales m’ont toutes écrit qu’elles pré­fé­raient le pro­jet d’Az­zur­ra. Leur ana­lyse était que ce can­di­dat of­frait le meilleur pro­jet de dé­ve­lop­pe­ment pour la so­cié­té et son ter­ri­toire. Cette offre ita­lo-fran­çaise a oc­troyé, en plus, des condi­tions de gou­ver­nance mieux di­santes que le consor­tium Vin­ci, puis­qu’Az­zu­ra est al­lé au­de­là de ce que pré­voyait le ca­hier des charges en don­nant des droits plus im­por­tants aux col­lec­ti­vi­tés lo­cales. Les en­ga­ge­ments pris par le consor­tium Az­zu­ra en ma­tière de gou­ver­nance et de conflit d’in­té­rêt en par­ti­cu­lier ont ras­su­ré les ac­teurs lo­caux. Ain­si, au­cun em­ployé de l’aé­ro­port de Rome ne pour­ra faire par­tie de la gou­ver­nance de l’aé­ro­port de Nice sans va­li­da­tion ex­presse du di­rec­toire de ce der­nier.

Le cri­tère de prix était aus­si im­por­tant. Com­bien va rap­por­ter cette ces­sion à l’État? Bien sûr, même s’il n’était pas le seul. Nous avons ob­te­nu pour les  % cé­dés par l’État une va­leur de , mil­liard d’eu­ros.

Un bon prix? C’est un prix consi­dé­rable. Quand je re­garde le mon­tant des di­vi­dendes per­çus par l’État en , , mil­lions d’eu­ros pour l’aé­ro­port de Nice, le mul­tiple est in­té­res­sant: nous tou­chons pour la vente de nos  % une somme re­pré­sen­tant l’équi­valent de presque  ans de di­vi­dendes.

Jus­te­ment, y a-t-il des garde-fous pour que l’ac­qué­reur ne trans­forme pas l’aé­ro­port de Nice en «ma­chine à cash»? La nou­veau­té de cette ces­sion, à Nice comme à Lyon, par rap­port aux opé­ra­tions pré­cé­dentes, c’est que j’ai vou­lu qu’il y ait, dans la loi et dans le ca­hier des charges, une sé­rie d’ob­jec­tifs qui en­cadrent vé­ri­ta­ble­ment le re­pre­neur. L’ac­qué­reur s’est no­tam­ment en­ga­gé à res­pec­ter le contrat de com­pé­ti­ti­vi­té ter­ri­to­rial qui pré­voit le gel pen­dant dix ans des re­de­vances aé­ro­por­tuaires. Il ne pour­ra pas aug­men­ter sa pro­fi­ta­bi­li­té en pé­na­li­sant les com­pa­gnies aé­riennes et donc in fine les pas­sa­gers. Il au­ra, bien sûr, une po­li­tique de di­vi­dendes qui se­ra dis­cu­tée au sein d’un con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion où les col­lec­ti­vi­tés sont donc re­pré­sen­tées. En­fin il a des ob­jec­tifs à res­pec­ter qui nous ga­ran­tissent que son in­té­rêt c’est d’abord de dé­ve­lop­per l’aé­ro­port, son at­trac­ti­vi­té, et donc aus­si celle de la ré­gion.

À dé­faut de vendre leurs parts, elles au­raient sou­hai­té ré­cu­pé­rer une par­tie de la vente de l’État au tra­vers d’un fonds d’in­ves­tis­se­ment pour la Côte d’Azur… Iln’ya­pa­seu d’en­ga­ge­ment de l’État sur ce point. Car, dans la Ré­pu­blique fran­çaise, il y a un prin­cipe d’uni­ver­sa­li­té bud­gé­taire. Quand on per­çoit des re­cettes, im­pôts ou ces­sions, elles sont re­ver­sées au bud­get glo­bal de l’État. C’est le prin­cipe même d’une na­tion et c’est ce qui per­met la so­li­da­ri­té. Les col­lec­ti­vi­tés concer­nées ne peuvent pré­tendre à une quote-part sur cette vente. Même si nous sommes très sen­sibles à la si­tua­tion par­ti­cu­lière que vit la ré­gion après l’at­ten­tat.

L’aé­ro­port de Rome, à une heure de vol de Nice, fait par­tie de ce consor­tium. N’y a-t-il pas risque de concur­rence comme ce­la était re­dou­té pour le can­di­dat ADP ? Il n’y a pas de conflit d’in­té­rêt. D’abord parce que les deux aé­ro­ports at­tirent des clien­tèles très dif­fé­rentes. En­suite parce que l’ac­qué­reur s’en­gage, comme le pré­voyait le ca­hier des charges, à res­pec­ter l’in­té­rêt so­cial propre de la so­cié­té et à main­te­nir une ges­tion opé­ra­tion­nelle propre.

Qu’est-ce qui va chan­ger pour les usa­gers,à Nice? Dans leur vie au quo­ti­dien peu de chose. ils au­ront tou­jours un aé­ro­port dont la sé­cu­ri­té conti­nue­ra d’être as­su­rée par les ser­vices de l’État, la Douane, la po­lice aux fron­tières, la di­rec­tion gé­né­rale de l’avia­tion ci­vile. Par contre ils au­ront un aé­ro­port qui va se dé­ve­lop­per et in­ves­tir da­van­tage. Ce qui condui­ra à une plus grande at­trac­ti­vi­té de cet ou­til. Sur la pé­riode - ce consor­tium s’en­gage à in­ves­tir au moins  mil­lions d’eu­ros.

(Pho­to Franck Fer­nandes)

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