Un oli­garque russe ra­chète la Villa San­to Sos­pir

Saint-Jean-Cap-Fer­rat In­vi­té par Fran­cine Weis­weiller, Jean Coc­teau y a vé­cu pen­dant 13 ans. L’ar­tiste a « ta­toué » l’en­semble des pièces de la mai­son au­jourd’hui clas­sée Mo­nu­ment his­to­rique

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Côte D’azur - RO­MAIN MAKSYMOWYCZ rmak­sym@ni­ce­ma­tin.fr

La nou­velle se ré­pand dans la com­mu­nau­té très fer­mée des Russes de la Côte. Un de leurs com­pa­triotes a ra­che­té la villa San­to Sos­pir, l’an­cienne pro­prié­té de Fran­cine Weis­weiller dont Jean Coc­teau a sa ré­si­dence prin­ci­pale jus­qu’à sa dis­pa­ri­tion en 1963. Un oli­garque, qui se pré­sen­te­rait comme « un amou­reux » de l’ar­tiste a ac­quis le bâ­ti­ment – clas­sé Mo­nu­ment his­to­rique – par le biais d’une so­cié­té ci­vile im­mo­bi­lière. L’es­thète est ri­chis­sime, dé­jà pro­prié­taire de biens à Èze et en prin­ci­pau­té de Mo­na­co où on lui prête l’oc­cu­pa­tion d’un su­perbe ap­par­te­ment… De­puis, les Slaves en go­guette sur la Ri­vie­ra dé­filent pour vi­si­ter le mo­nu­ment de la pres­qu’île. Ce­la si­gni­fie sur­tout que la fa­mille Weis­weiller ne pré­si­de­ra plus à la des­ti­née de la de­meure de Saint-Jean-Cap-Fer­rat où les murs, les pla­fonds, les portes, mais aus­si les meubles ont été peints par l’ar­tiste touche-à-tout. Un pro­blème de suc­ces­sion se­rait à l’ori­gine de cette ces­sion es­ti­vale. « Cette vente vient ai­der Ca­role [la fille de Fran­cine, ndlr] qui n’a ja­mais été en me­sure d’as­su­mer les droits de suc­ces­sion », se­lon un proche saint-jean­nois de la fa­mille. Ca­role Weis­weiller, la fille unique de l’an­cienne pro­prié­taire Fran­cine Weis­weiller, a tou­jours de­man­dé, en vain, l’exo­né­ra­tion des droits de suc­ces­sion. « Ber­cy a tou­jours re­fu­sé l’exo­né­ra­tion » ,in­dique un connais­seur du dos­sier. Fran­cine Weis­weiller est dé­cé­dée en dé­cembre 2003. Ca­role sou­hai­tait faire do­na­tion de la villa au Conser­va­toire na­tio­nal du lit­to­ral comme pour la « Mai­son en bord de mer », dite « E 1027 » d’Ei­leen Gray, dé­co­ra­trice re­con­nue que se fit ar­chi­tecte pour la réa­li­ser à Ro­que­brune-Cap-Mar­tin. Elle au­rait alors pro­po­sé à la com­mune de Saint-Jean-Cap-Fer­rat qui, mal­gré sa bonne san­té fi­nan­cière, a re­fu­sé. «Hé­ri­ter» d’un tel mo­nu­ment, c’est ac­cep­ter de payer un lourd tri­but… per­ma­nent. Un sa­cré in­ves­tis­se­ment. À titre de com­pa­rai­son, huit per­sonnes sont em­ployées pour gé­rer et conser­ver la pre­mière créa­tion ar­chi­tec­tu­rale d’Ei­leen Gray.

, mil­lions d’eu­ros

In­ter­ro­gé, le maire de Saint-JeanCap-Fer­rat, in­dique que la mu­ni­ci­pa­li­té n’a pas été sol­li­ci­tée pour la vente ré­cente puisque la villa n’est pas en zone de pré­emp­tion. Jean-Fran­çois Die­te­rich était pour au­tant au cou­rant que la suc­ces­sion de Fran­cine Weis­weiller n’était pas ré­glée. D’ailleurs, comme ses pré­dé­ces­seurs, il était prêt à en­ga­ger la com­mune dans un tour de table pour ra­che­ter le mo­nu­ment, en dou­blant la mise ini­tia­le­ment pro­mise et at­teindre une pro­messe d’en­ga­ge­ment à deux mil­lions d’eu­ros. Mais même dans l’hy­po­thèse d’une par­ti­ci­pa­tion du Conser­va­toire du lit­to­ral, im­pos­sible de bou­cler l’ob­jec­tif des12,4 mil­lions d’eu­ros sur les­quels s’est fixé le prix de vente de San­to Sos­pir. Une paille pour une mai­son plan­tée sur le ter­rain de 4 715 m2 au cap Fer­rat, une villa « nor­male » vaut a mi­ni­ma le double. Cette ac­qui­si­tion est ce­pen­dant de na­ture à in­quié­ter… Tou­jours d’un point de vue pa­tri­mo­nial, « la villa fait par­tie de la ri­chesse azu­réenne et saint-jean­noise, elle s’ins­crit sur un par­cours de Ville­franche-sur-Mer à Men­ton qu’il faut conti­nuer à dé­cou­vrir, in­dique Jean-Fran­çois Die­te­rich. Ça se­rait bien qu’elle puisse tou­jours être vi­si­tée, dans le res­pect des lieux, par pe­tits groupes, tel que le vou­lait Fran­cine», es­père le maire. Que les (autres) amou­reux de Coc­teau, de l’ar­chi­tec­ture, de la dé­co­ra­tion et de l’art en gé­né­ral se ras­surent : «Il ne peut rien tou­cher, rien chan­ger », confirme un spé­cia­liste, même le mo­bi­lier est clas­sé. Et vrai­sem­bla­ble­ment, les liens sont conser­vés avec Ca­role Weis­weiller. «Ce n’est pas une simple vente, c’est une trans­mis­sion, une forme de mé­cé­nat . » Peu­têtre l’ac­qué­reur se­ra-t-il en me­sure de ré­no­ver la villa et sau­ve­gar­der les oeuvres qui com­mencent à souf­frir du temps…

(Pho­tos Franck Fer­nandes et Jean-Sé­bas­tien Gi­no-An­to­mar­chi)

Quelques jours après son ar­ri­vée, Jean Coc­teau des­sine au fu­sain la tête d’Apol­lon au-des­sus de la che­mi­née du sa­lon.

De fil en ai­guille, Coc­teau ta­toue de fresques tous les murs et re­vient ré­gu­liè­re­ment sé­jour­ner sur la Côte d’Azur.

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