Le deuxième tueur du prêtre fi­ché “S” de­puis peu

Le par­quet a for­mel­le­ment iden­ti­fié, hier, le se­cond tueur de l’église de Saint-Étienne-du-Rou­vray, Ab­del Ma­lik Pe­tit­jean, fi­ché de­puis peu pour ra­di­ca­li­sa­tion mais pas­sé à tra­vers les mailles du fi­let

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - France -

Après le choc de l’as­sas­si­nat du Père Jacques Ha­mel, égor­gé mar­di dans son église, l’heure est aux hom­mages. Un ras­sem­ble­ment en mé­moire du prêtre de 86 ans, dé­crit par le cu­ré de la pa­roisse comme un homme « bon et bien­veillant », s’est te­nu, hier, en fin d’après-mi­di dans la com­mune de la ban­lieue de Rouen.

L’hom­mage émou­vant du maire

Le maire de Saint-Etienne-du-Rou­vray, Hu­bert Wul­franc, a ren­du un hom­mage émou­vant à Jacques Ha­mel : « Soyons en­semble les der­niers à pleu­rer et soyons en­semble les der­niers à être de­bout contre la bar­ba­rie et dans le res­pect de tous.» Le Con­seil fran­çais du culte mu­sul­man (CFCM) a de son cô­té ap­pe­lé les mu­sul­mans à al­ler à la messe di­manche pour ex­pri­mer leur « so­li­da­ri­té » et leur « com­pas­sion ». Du cô­té de l’en­quête, Ab­del Ma­lik Pe­tit­jean, Sa­voyard de 19 ans né dans les Vosges, a été « for­mel­le­ment iden­ti­fié », a-t-on ap­pris au­près du par­quet de Pa­ris. Sa carte d’iden­ti­té avait été re­trou­vée au do­mi­cile du pre­mier tueur, Adel Ker­miche, un Fran­çais de 19 ans. Contrai­re­ment à Ker­miche, qui avait été en dé­ten­tion pour avoir ten­té à deux re­prises d’al­ler en Sy­rie en 2015 et qui était sous bra­ce­let élec­tro­nique de­puis sa sor­tie de pri­son en mars, Pe­tit­jean n’était pas con­nu de la jus­tice. Il était tou­te­fois ap­pa­ru très ré­cem­ment dans les ra­dars des ser­vices an­ti­ter­ro­ristes: il avait une fiche S pour ra­di­ca­li­sa­tion de­puis le 29 juin, soup­çon­né d’avoir à son tour vou­lu se rendre en Sy­rie, se­lon une source proche de l’en­quête. Il était al­lé en Tur­quie le 10 juin, mais en était re­ve­nu dès le len­de­main, An­ka­ra ne le si­gna­lant que plus tard, à la fin juin, aux au­to­ri­tés fran­çaises.

Une connais­sance de Pe­tit­jean in­ter­pel­lé

Ce se­cond tueur était en outre vrai­sem­bla­ble­ment re­cher­ché de­puis le 22 juillet, soit quatre jours avant l’at­ten­tat de Saint-Étienne-du Rou­vray. Un ser­vice étran­ger avait aler­té l’Uni­té de co­or­di­na­tion de la lutte an­ti­ter­ro­riste (Uclat) qu’un homme, à l’iden­ti­té in­con­nue, « se­rait prêt à par­ti­ci­per à un at­ten­tat sur le ter­ri­toire na­tio­nal », in­for­ma­tion ac­com­pa­gnée d’une pho­to dont les en­quê­teurs trouvent à pré­sent qu’elle res­semble for­te­ment à Pe­tit­jean. « C’est un bon Fran­çais. Il est doux. (...) Je connais mon fils, il n’est pas im­pli­qué du tout », af­fir­mait en­core mer­cre­di sa mère, avant qu’il ne soit iden­ti­fié comme l’un des deux tueurs. Trois per­sonnes de son en­tou­rage fa­mi­lial ont été pla­cées en garde à vue mer­cre­di, es­sen­tiel­le­ment « pour per­mettre de re­cueillir des élé­ments sur le pro­fil du tueur », se­lon une source proche de l’en­quête. Un autre homme, un Fran­çais de 20 ans, fi­ché S, qui s’était ren­du en Tur­quie dé­but juin avec Pe­tit­jean, a été in­ter­pel­lé mer­cre­di en France et pla­cé en garde à vue, a in­di­qué la source proche de l’en­quête. « Rien ne prouve à ce stade » qu’il est lié à l’at­taque, a ajou­té cette source. Une cin­quième per­sonne, un mi­neur de 16 ans né en Al­gé­rie, in­ter­pel­lé mar­di, était tou­jours en garde à vue, hier ma­tin. Son frère fait l’ob­jet d’un mandat d’ar­rêt pour être par­ti dans la zone ira­ko­sy­rienne en mars 2015 avec les pa­piers d’iden­ti­té de Ker­miche.

« Guan­ta­na­moï­sa­tion du droit »

Mer­cre­di, l’EI a dif­fu­sé une vi­déo des deux tueurs, bar­bus, prê­tant al­lé­geance au chef du groupe dji­ha­diste Abou Ba­kr al-Bagh­da­di. Tous deux ont été abat­tus par la po­lice à l’is­sue de leur prise d’otages meur­trière dans l’église SaintÉ­tienne. Cet at­ten­tat, sur­ve­nu moins de deux se­maines après l’at­taque au ca­mion qui a fait 84 morts à Nice, a fait sur­gir de nou­velles po­lé­miques, en par­ti­cu­lier sur la ri­poste ju­ri­dique et po­li­tique à la me­nace ter­ro­riste. Le gou­ver­ne­ment « est cou­pable de ne pas avoir tout fait » pour em­pê­cher ce nou­vel at­ten­tat, a dé­cla­ré ce jeu­di Laurent Wau­quiez, vice-pré­sident dé­lé­gué des Ré­pu­bli­cains. La lutte contre le ter­ro­risme ne doit pas être sy­no­nyme d’une « guan­ta­na­moï­sa­tion » du droit fran­çais, a af­fir­mé le mi­nistre de la Jus­tice Jean-Jacques Ur­voas dans une tri­bune pu­bliée par Le Monde, en ré­ponse aux cri­tiques de la droite. Mais pour l’ex-pré­sident Ni­co­las Sar­ko­zy, « le re­fus du dé­bat ju­ri­dique au pré­texte qu’il y a une Cons­ti­tu­tion, c’est de l’ar­gu­tie ». De­puis les at­ten­tats contre Char­lie Heb­do, le plan Vi­gi­pi­rate est à son ni­veau maxi­mum en Ile-deF­rance, et l’opé­ra­tion mi­li­taire Sen­ti­nelle ac­ti­vée. Ses ef­fec­tifs, de l’ordre de 10 000 hommes à tra­vers le pays, de­vaient être ra­me­nés à 7 000 après l’Eu­ro-2016, mais se­ront main­te­nus, au moins jus­qu’à fin août, se­lon une dé­ci­sion prise après l’at­ten­tat de Nice.

(DR)

Ab­del Ma­lik Pe­tit­jean, était soup­çon­né de­puis le  juin der­nier d’avoir vou­lu se rendre en Sy­rie.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.