Jean-Fran­çois Zy­gel: «De Fu­nès m’a ap­pris que la vraie vie était sur scène »

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - France - LAURENT AMALRIC la­mal­ric@ni­ce­ma­tin.fr

Du­rant l’été, le po­pu­laire com­po­si­teur et pia­niste im­pro­vi­sa­teur s’in­carne de deux ma­nières. Sur le pe­tit écran via son émis­sion La Boîte à Mu­sique tous les ven­dre­dis de juillet sur France 2. Et sur scène via des pres­ta­tions cap­ti­vantes comme celle don­née cette se­maine aux Nuits Clas­siques de Ra­ma­tuelle. C’est ici, en loge, pi­co­rant des noix de ca­jou, qu’on re­trouve Jean-Fran­çois Zy­gel aus­si vo­lu­bile que vir­tuose lors­qu’il s’agit de par­ler clas­sique. De fa­çon… ori­gi­nale !

Com­ment conce­vez-vous un ré­ci­tal ? Tout peut ar­ri­ver! L’autre soir je jouais au théâtre de Cons­tan­tine et le por­table d’un spec­ta­teur a son­né. Je ne connais­sais pas la mé­lo­die. Et hop, ça m’a per­mis de mon­ter une im­pro­vi­sa­tion qui, par dé­fi­ni­tion, est l’ac­cep­ta­tion pleine et en­tière des évé­ne­ments ex­té­rieurs. J’in­vente la mu­sique de­vant le pu­blic. Je com­pose sans gomme. Ja­dis, tous les grands com­po­si­teurs im­pro­vi­saient. Mo­zart ne jouait pas ses so­nates car à l’époque le pu­blic dé­tes­tait en­tendre deux fois la même chose. Tout l’in­verse d’au­jourd’hui où le pu­blic veut sans cesse ré­en­tendre les mêmes titres. Moi je suis pour la «MCV». La mu­sique clas­sique vi­vante. Par exemple je m’ima­gine très bien im­pro­vi­ser au pia­no sur la pièce d’un hu­mo­riste ou d’un co­mé­dien comme je le fais dé­jà pour les lec­tures de Di­dier Sandre de la Co­mé­die fran­çaise ou pour les ci­né-concerts. Un mu­si­cien clas­sique contem­po­rain doit in­no­ver, être in­ven­tif, sor­tir de la rou­tine… On ne doit pas être là uni­que­ment pour res­ti­tuer les oeuvres du pas­sé. La mu­sique n’est pas un mu­sée, c’est une pro­me­nade va­riée. Tout le pa­ri est de trans­mettre et par­ta­ger avec le plus grand nombre tout en gar­dant l’in­ten­si­té, l’élé­va­tion et la pro­fon­deur qui font la force du clas­sique.

La e sai­son de La Boite à mu­sique sur France  y par­ti­cipe ? Ces émis­sions dif­fu­sées en juillet sont en­re­gis­trées très à l’avance car l’été je suis en tour­née. Au dé­but elles n’étaient pas bien vues dans le mi­lieu clas­sique car je dé­ro­geais à la règle qui veut que l’on soit ar­tiste ou dans les mé­dias. Heu­reu­se­ment ces bar­rières sont en train de tom­ber. Pour au­tant, je ne me consi­dère pas comme un ani­ma­teur. Je suis un mu­si­cien qui parle, c’est tout. À la ra­dio éga­le­ment. À la ren­trée, je re­prends La Preuve par Z tous les sa­me­dis mi­di sur France In­ter.

Quel ef­fet de vous re­trou­ver sur scène dans la pres­qu’île tro­pé­zienne ? Fi­gu­rez-vous que plus jeune, vers  ans, j’ai con­nu Louis de Fu­nès. Il était très triste. Tout le contraire dans la vie de son double de ci­né­ma. Cette mé­ca­nique gé­niale. Ça m’a beau­coup im­pres­sion­né… Mais grâce à lui j’ai eu la confir­ma­tion de ce que je pen­sais de­puis mon en­fance: la vraie vie est sur scène. D’ailleurs je ne suis ja­mais aus­si heu­reux que lorsque je m’y pro­duis, dé­bar­ras­sé de tous les tra­cas du quo­ti­dien !

Quelle place pour le clas­sique face aux tra­gé­dies ac­tuelles ? J’étais en Al­gé­rie au mo­ment des évé­ne­ments ni­çois pour des concerts à Oran et Al­ger… On m’a pré­ve­nu de l’in­ter­dic­tion de tout évé­ne­ment fes­tif… J’ai bon­di en me di­sant, ils n’ont rien com­pris de ce qu’est le clas­sique. J’ai de­man­dé à l’am­bas­sa­deur, pour­quoi juste voir la mu­sique comme un di­ver­tis­se­ment? J’ai alors pro­po­sé des concerts qui ex­pri­me­raient tous les sen­ti­ments res­sen­tis face à de tels évé­ne­ments… Stu­pé­fac­tion, co­lère, abat­te­ment, cha­grin… Et rien n’a été an­nu­lé! je crois que l’on ne peut pas vivre sans art.

Le pia­niste, en im­pro même dans les airs du théâtre de ver­dure de Ra­ma­tuelle.

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