Plá­ci­do Do­min­go : « Je suis un mu­si­cien »

Près de qua­rante ans après un in­ou­bliable Sam­son et Da­li­la, la lé­gende du ly­rique re­vient aux Cho­ré­gies d’Orange. Pour la pre­mière fois, dans La Tra­via­ta, il in­ter­prè­te­ra le père d’Al­fre­do

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Rencontre - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR PHI­LIPPE COUR­TOIS 1. La Tra­via­ta se­ra pré­sen­tée au théâtre an­tique d’ Orange dans le cadre des Cho ré­gi es les 3 et 6 août à par­tir de 21 h 30. Le spec­tacle se­ra re­trans­mis en direct sur France 3. Prix des places de 50 à 260 Rens. w

Une lé­gende. Rien de moins. Avec près de 150 rôles à son ré­per­toire, plus de 30 ans de di­rec­tion d’or­chestre, un triomphe sur toutes les scènes du monde, cinq films et une cen­taine d’en­re­gis­tre­ments, Plá­ci­do Do­min­go s’im­pose comme l’un des plus grands té­nors de tous les temps. Et pour­tant, l’élé­gant et gé­né­reux sep­tua­gé­naire mul­ti­plie en­core les pre­mières fois. En oc­tobre 2009, pour la pre­mière fois donc, il en­tame une car­rière de ba­ry­ton en in­car­nant le rôle de Si­mon Boc­ca­ne­gra .« C’était un de mes rêves» as­sure le Ma­dri­lène. De­puis, il a en­dos­sé le cos­tume de Ri­go­let­to avec bon­heur et au­jourd’hui, pour la pre­mière fois de sa car­rière, por­té par le temps qui passe, Plá­ci­do Do­min­go in­ter­pré­te­ra Gior­gio Ger­mont, dans La Tra­via­ta. Un évé­ne­ment (1).

Vous re­ve­nez à Orange. Quelle émo­tion ce­la pro­voque-t-il chez vous? D’abord, je veux sa­luer la pré­sence de Er­mo­ne­la Ja­ho qui a bien vou­lu rem­pla­cer au pied le­vé Dia­na Dam­rau. Er­mo­ne­la est une ar­tiste ex­cep­tion­nelle qui vient d’ob­te­nir un suc­cès per­son­nel fan­tas­tique dans Ma­da­ma But­ter­fly, ici aux Cho­ré­gies d’Orange. Dès les pre­mières mi­nutes de ré­pé­ti­tion, nous étions em­plis d’émo­tion. Il a été dif­fi­cile pour moi de me conte­nir tant l’émo­tion était forte. Pas de cos­tume, pas de ma­quillage et dé­jà l’émo­tion in­tacte tant Er­mo­ne­la porte haut les sen­ti­ments de Vio­let­ta. Ce­la me fait dire que cette Tra­via­ta se­ra ex­cep­tion­nelle et pour moi, le deuxième acte se­ra par­ti­cu­liè­re­ment poi­gnant.

Près de  ans sont pas­sés entre Sam­son et Gior­gio Ger­mont… Oui et sur deux siècles (rires). Je me sou­viens en­core des ré­pé­ti­tions de Sam­son et Da­li­la, en . Le mis­tral dé­por­tait la voix sur la droite… Il fal­lait s’adap­ter en per­ma­nence. Mais j’aime beau­coup Jules Mas­se­net et c’est un grand sou­ve­nir. Je vou­lais re­ve­nir et je suis heu­reux d’être là avec Jean-Louis (JeanLouis Grin­da, di­rec­teur des Cho­ré­gies, Ndlr) dans ce lieu à l’acous­tique ex­tra­or­di­naire.

Pour la pre­mière fois, vous jouez Gior­gio Ger­mont, le père d’Al­fre­do. Un ba­ry­ton. Quelle dif­fé­rence ce­la fait-il pour vous? Pour cer­tains opé­ras, je prends le rôle du té­nor. Je pré­fère. Mais dans La Tra­via­ta, je pré­fère Gior­gio Ger­mont car c’est un per­son­nage qui peut chan­ger. Il ar­rive très bru­ta­le­ment et puis en dé­cou­vrant Vio­let­ta, il évo­lue et il est prêt à la voir comme sa fille. Seuls les moeurs de l’époque le contraignent. Certes Vio­let­ta et Al­fre­do sont les deux grands pro­ta­go­nistes mais je pense que le point de concen­tra­tion de La Tra­via­ta, c’est le duo entre Vio­let­ta et le père Ger­mont. Alors j’adore ce rôle.

Vous êtes té­nor, ba­ry­ton, di­rec­teur, ac­teur, pia­niste, chef d’or­chestre… Qui se­rez-vous de­main ? Je ne sais pas. Je suis un mu­si­cien ! Comme l’étaient mes pa­rents et ma soeur qui chan­taient la zar­zue­la quand j’étais pe­tit. J’es­père chan­ter pro­chai­ne­ment Atha­naël dans Thaïs avec Er­mo­ne­la… Et puis, si avec le temps, je dois chan­ter des rôles de basses, je chan­te­rai des rôles de basses! Je ne peux pas vivre sans la mu­sique.

Quel re­gard por­tez-vous sur les mises en scène par­fois très avant-gar­distes d’oeuvres écrites au XVIIIe ou au XIXe siècle? Bien sûr, ce­la peut pa­raître in­té­res­sant par­fois. Ma femme, ré­gis­seur, a trans­po­sé un jour La Tra­via­ta en … C’était in­té­res­sant. Mais un jour j’ai vu Ri­go­let­to à Mü­nich ha­billé en singe et si­tué sur la Lune… Non ! Pour­quoi faire une chose comme ça? Ce qui compte c’est l’es­prit de l’oeuvre. On peut chan­ger l’époque mais pas le sens de l’oeuvre. Après, lors­qu’il y a un scan­dale de pro­duc­tion, je crois que ce n’est pas la faute du ré­gis­seur. C’est la faute du di­rec­teur de théâtre qui ac­cep­té.

Vous êtes un ci­toyen du monde… Que vous ins­pire cette époque tel­le­ment vio­lente? Nous sommes des pri­vi­lé­giés car pen­dant deux, trois ou quatre heures, nous avons le pou­voir de faire ou­blier les sou­cis de   per­sonnes. Mais cette fo­lie que nous vi­vons au­jourd’hui est in­croyable. Je ne parle pas de ter­ro­risme mais de coup de fo­lie de l’être hu­main. Contre ça, on ne peut rien. Il faut ac­cep­ter le des­tin et es­sayer d’ai­der ceux qui en ont be­soin.

L’opé­ra c’est éter­nel »

Et com­ment voyez-vous l’ave­nir de l’opé­ra? Je vois ré­gu­liè­re­ment des jeunes de  à  ans aux pre­miers rangs dans les théâtres. Il faut que la jeu­nesse ap­prenne ce qu’est l’opé­ra, à l’école. Ce­la de­vrait être obligatoire pour les pe­tits en­fants au même titre que la mu­sique pop. On a be­soin d’une nou­velle gé­né­ra­tion de pu­blic. Je pense qu’il peut y avoir des mo­ments dif­fi­ciles mais l’opé­ra c’est éter­nel. Il y a de plus en plus de chan­teurs! Je ne veux pas par­ler de la qua­li­té car c’est au pu­blic de les dé­cou­vrir. Tou­te­fois, je peux vous don­ner une liste de plus de cent chan­teurs de ta­lent ! Et je me sens le père de tous. En­suite c’est le pu­blic qui dé­cide.

(Pho­tos Ph. C.)

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