So­lar Im­pulse cé­lèbre sa réus­site à Mo­na­co

L’en­semble de l’équipe s’est réuni hier en Prin­ci­pau­té pour fê­ter la fin de son aven­ture. L’oc­ca­sion pour les deux pi­lotes d’évo­quer les pers­pec­tives ou­vertes par le suc­cès de leur pro­jet

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Magazine -

Bou­cler la boucle de cette aven­ture avec quelques bulles. C’est en ré­su­mé la phi­lo­so­phie de la soi­rée don­née hier soir en Prin­ci­pau­té par le prince Al­bert II pour fé­li­ci­ter l’équipe de So­lar Im­pulse. « Ce suc­cès c’est le vôtre, et c’est un peu le nôtre », a lan­cé au mi­cro le prince Al­bert II, fervent sup­por­ter de la pre­mière heure du dé­fi. « Une for­mi­dable aven­ture de l’aviation, de la tech­no­lo­gie. Et une aven­ture hu­maine », a rap­pe­lé, dans son dis­cours, le sou­ve­rain. Alors que l’en­semble de la team So­lar Im­pulse re­tourne vers la Suisse et quitte Mo­na­co ce wee­kend, le tan­dem de l’aven­ture, Ber­trand Pic­card et An­dré Bor­sch­berg, ont pris le temps d’évo­quer hier, en in­ter­view croi­sée, les clés de leur réus­site. Et les pers­pec­tives ou­vertes par le suc­cès du tour du monde de l’avion so­laire.

Quel est votre état d’es­prit, quatre jours après avoir ache­vé ce tour du monde ? Ber­trand Pic­card : J‘ai en­core un peu de peine à réa­li­ser que nous l’avons fait, tant j’ai été presque trau­ma­ti­sé par la dif­fi­cul­té de ce pro­jet. Je suis à la fois heu­reux et nos­tal­gique. Et sou­la­gé, car ce fut un dé­fi très dur, à la li­mite du pos­sible. Dans l’équipe, nous avons joint nos forces, en fai­sant des sa­cri­fices. Et cha­cun est de­ve­nu un ex­plo­ra­teur. Et nous sommes tous fiers d’avoir ac­com­pli une oeuvre utile à la pla­nète pour chan­ger le monde. An­dré Bor­sch­berg : Les émo­tions s’ac­cu­mulent de­puis plu­sieurs jours. La plus belle preuve que donne cette aven­ture a été de mon­trer que oui, l’im­pos­sible était pos­sible. Très sou­vent de­puis le dé­part du pro­jet il y onze ans, on nous dit «c’est im­pos­sible». On l’avait dit aus­si aux frères Wright en leur temps. Et nous avons prou­vé que l’éner­gie so­laire pou­vait faire vo­ler cet avion.

Ré­con­ci­lier l’eco­lo­gie et l’éco­no­mie ”

Quelles uti­li­sa­tions peuvent dé­cou­ler de ces tech­no­lo­gies que vous avez éprou­vé ? A.B. : So­lar Im­pulse a mon­tré que le mo­teur élec­trique était ef­fi­cient. L’in­dus­trie de l’aviation va se dé­pla­cer dans ce do­maine, comme ce fut le cas de l’in­dus­trie au­to­mo­bile. La Na­sa dé­ve­loppe un pro­jet, Air­bus étu­die les ap­ti­tudes d’un avion hy­bride de dix-neuf places. Nous al­lons contri­buer à ces dé­marches avec le dé­ve­lop­pe­ment d’une ver­sion sans pi­lote de So­lar Im­pulse, ca­pable de sta­tion­ner plu­sieurs mois dans la stra­to­sphère pour faire des études et des ob­ser­va­tions. Il pour­rait être un com­plé­ment aux sa­tel­lites, mais moins pol­luant. As­sez ra­pi­de­ment, avec les mêmes prin­cipes, nous pour­rons mettre en place les pre­miers pro­to­types de drones ca­pables des mêmes com­pé­tences.

Le suc­cès de votre en­tre­prise a mis aus­si de­puis plu­sieurs jours le pro­jec­teur sur la ca­pa­ci­té des éner­gies dites propres… B.P. : Ce qui me fait plai­sir, est que l’on parle de toutes ces pro­blé­ma­tiques de­puis la réus­site de notre tour du monde. En ma­tière de chan­ge­ments cli­ma­tiques, il faut ar­rê­ter de faire le ca­ta­logue des pro­blèmes mais plu­tôt ce­lui des so­lu­tions. Il existe des al­ter­na­tives par­mi les tech­no­lo­gies propres qui peuvent être pro­fi­tables au pu­blic et aux consom­ma­teurs pour di­mi­nuer nos consom­ma­tions d’éner­gies et en faire un meilleur usage. Tout le monde peut y ga­gner. Ce se­ra la po­li­tique du Co­mi­té des éner­gies propres que nous sommes en train de créer pour épau­ler et conseiller les dé­ci­sion­naires in­ter­na­tio­naux.

C’est votre ob­jec­tif de pro­mou­voir cette pa­role à l’in­ter­na­tio­nal? B.P. : Je suis dé­jà am­bas­sa­deur des Na­tions-Unies dans ce do­maine et je vais conti­nuer à pro­mou­voir les tech­no­lo­gies propres de ma­nière très sé­rieuse. J’ai re­çu de­puis la réus­site de ce tour du monde, un grand nombre de pro­po­si­tions de confé­rences et de ren­contres avec des hauts di­ri­geants - dont la chan­ce­lière al­le­mande An­ge­la Mer­kel - pour dis­cu­ter de ces ques­tions. En n’étant pas un homme po­li­tique, j’es­père ré­con­ci­lier l’éco­lo­gie et l’éco­no­mie. C’est ce qui m’in­té­resse de pro­mou­voir cette pa­role. Les tech­no­lo­gies propres doivent être un in­té­rêt com­mun pour les pays, pas une ques­tion de po­li­tique ou de par­ti.

Sur le plan aé­ro­nau­tique, So­lar Im­pulse est une ré­vo­lu­tion ? A.B. : C’est un pro­jet pion­nier. L’avion est certes lent mais il a une ca­pa­ci­té illi­mi­tée. Et ce tour du monde était avant tout une dé­mons­tra­tion de pu­re­té plu­tôt que de vi­tesse. Nous n’avons pas in­ven­té de nou­velles tech­no­lo­gies pour réa­li­ser ce tour du monde, mais nous avons eu le bon état d’es­prit pour ar­ri­ver au bout en met­tant en avant l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique.

Une équipe qui a pris le risque de rê­ver ”

L’avion est au­jourd’hui tou­jours sta­tion­né à Abu Dha­bi ? B.P. : Ef­fec­ti­ve­ment, nous l’avons lais­sé sur place avec deux membres de l’équipe. Et des ca­mé­ras le filment en direct, donc on peut lui faire des pe­tits bon­jours (rires).

Quel se­ra son ave­nir ? B.P. : Nous avons re­çu des offres de plu­sieurs mu­sées pour l’ex­po­ser. Mais c’est un avion qui a en­core   heures de vol po­ten­tielles, car nous n’en avons uti­li­sé que . Alors pour l’ins­tant, nous ré­flé­chis­sons à la pos­si­bi­li­té de le gar­der en état de vol, dans un pays qui le pren­drait en charge et où nous pour­rions for­mer des pi­lotes pour le faire vo­ler. Une dis­cus­sion avec les Émi­rats arabes unis, no­tam­ment, est en cours.

À court terme, vous al­lez prendre quelques va­cances ? A.B. : Je vais com­men­cer par prendre du temps pour pro­fi­ter de mon rôle de grand-père avec mes deux pe­tites-filles de deux et huit mois nées pen­dant l’aven­ture. B.P. : Et puis nous al­lons en­ta­mer l’écri­ture d’un livre, dont la pa­ru­tion est pré­vue cet au­tomne aux édi­tions Stock. Il y a une belle his­toire à ra­con­ter sur ce pro­jet. Pas seule­ment celle d’un avion so­laire qui vole, mais celle de l’aven­ture hu­maine d’une équipe qui a pris des risques. Le risque d’échouer et de se trom­per. Mais aus­si ce­lui de rê­ver.

Le prince Al­bert II, qui a en­ga­gé le pays pour sou­te­nir So­lar Im­pulse dès son lan­ce­ment, a te­nu à re­ce­voir hier l’en­semble de l’équipe, qui a for­mé une haie d’hon­neur aux pi­lotes, sur la ter­rasse du Yacht-club.

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