Mi­racle à la tron­çon­neuse !

D’un tronc d’arbre, Willy Nio­do a fait naître un em­blème, le lo­go de Port-Gri­maud. Un pois­son grand for­mat po­sé à l’en­trée de la ci­té la­custre, créé par cet an­cien bû­che­ron de­ve­nu sculp­teur

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Golfe De Saint-Tropez - CHRISTIANE GEORGES cgeorges@ni­ce­ma­tin.fr

L’en­gin est im­pres­sion­nant mais sa ma­ni­pu­la­tion est pré­cise. Sous les dents acé­rées de la tron­çon­neuse, une forme prend vie, celle du pois­son em­blème de Port-Gri­maud. L’artiste au bout de l’arme fa­tale, c’est Willy Nio­do, un grand gaillard, an­cien bû­che­ron pro­pul­sé sculp­teur. Sa re­con­ver­sion est due à un ac­ci­dent de la vie qui a failli le clouer sur une chaise rou­lante il y a cinq ans. Avant la re­nais­sance peu de temps après : « Un ami hô­te­lier m’a de­man­dé si je me sen­tais ca­pable de sculp­ter un ours géant de­vant son hô­tel. Je me suis dit pour­quoi pas ».

La vi­sion D

Un ré­sul­tat à la hau­teur qui lui ouvre la voie de l’aven­ture: « Je ne me connais­sais au­cune ap­ti­tude ar­tis­tique. Je sa­vais que j’avais un bon coup de crayon mais d’ici à sculp­ter… Ce sont mes amis ar­tistes, des vrais, qui m’ont dit que j’avais le vo­lume dans l’oeil. Je vois la sculp­ture dans le bout de bois. Il suf­fit d’en­le­ver la ma­tière », lance-t-il entre deux éclats de co­peaux. Mais pour­quoi la tron­çon­neuse? « C’est mon ou­til. Ce­lui avec le­quel j’ai tra­vaillé pen­dant des an­nées. Une évi­dence ». Et si l’ap­pa­reil ins­pire plus les coupes sombres que la pré­ci­sion, le ta­len­tueux Willy en a fait un ins­tru­ment d’or­fèvre. En té­moigne sa dex­té­ri­té à créer les écailles du pois­son lo­go de Port-Gri­maud. Éton­nantes de ré­gu­la­ri­té et de dé­tails : « C’est un tra­vail de pa­tience. Je ne perds ja­mais de vue le ré­sul­tat fi­nal ». Car si la réa­li­sa­tion du pois­son lui a pris quelques jours, son éla­bo­ra­tion est bien plus longue : « Plu­sieurs mois, de la concep­tion d’un des­sin adap­té à l’ou­vrage à sa mise en forme. Entre les deux, tout se passe dans la tête. Plus je l’ima­gine et plus le ré­sul­tat est pro­bant ».

Dé­jà cham­pion de France

Pos­tés der­rière les bar­rières à l’en­trée de Port-Gri­maud, les en­fants re­gardent mé­du­sés le fa­çon­nage du tronc. Mais savent-ils qu’ils ont, de­vant eux, le cham­pion de France 2015 de sculp­ture à la tron­çon­neuse ? Ses ou­vrages sont au­jourd’hui nom­breux. « Un condor pour un centre de cure ther­male, un bû­che­ron de 2,20 m pour un ly­cée fo­res­tier, une chouette, des to­tems… ». Un univers souvent ani­ma­lier dans le­quel l’homme se com­plaît, plei­ne­ment sa­tis­fait de sa re­con­ver­sion. « Ce nou­veau mé­tier me per­met de cô­toyer des per­sonnes de tous les mi­lieux, des classes so­ciales dé­fa­vo­ri­sées aux gens du show-bu­si­ness ». Au­jourd’hui, Willy a plu­sieurs points d’an­crages dans le golfe : entre Saint-Tropez et Ra­ma­tuelle sur les plages Tro­pe­zi­na, Ta­hi­ti et club 55. Mais aus­si à Co­go­lin, au mu­sée Sel­lier, dans le cadre du Trans’Art. Et pour les cu­rieux sou­hai­tant voir le bû­che­ron à l’oeuvre, ils peuvent le ren­con­trer le mer­cre­di à Co­go­lin, sur la place de la mai­rie, où il or­ga­nise des dé­mons­tra­tions.

(Pho­to Franck Tetaz)

Le pois­son-em­blème de Port-Gri­maud prend forme, sous les dents ex­pertes de la tron­çon­neuse de Willy.

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