Entre es­poir et es­pé­rance : pour une confiance lu­cide

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - France - Mgr Jean Bon­fils an­cien évêque de Nice Ab­del Aïs­sou an­cien sous-pré­fet de Nice-Mon­tagne

La bar­ba­rie qui dé­ferle sur la France comme sur le monde nous ap­pelle à un triple de­voir d’in­tel­li­gence, de fer­me­té et de res­pon­sa­bi­li­té. Lorsque nous étions en poste tous deux dans les Alpes-Ma­ri­times, l’un au ser­vice de Dieu l’autre au ser­vice de la Ré­pu­blique, l’un croyant l’autre athée, nous avons su croi­ser nos re­gards dans une même proxi­mi­té avec les autres. Cette re­la­tion nouée de­puis près de vingt ans nous a per­mis de me­su­rer l’im­por­tance du dia­logue des cultures, du dia­logue des hommes. Qu’il s’agisse d’un col­loque sur saint Au­gus­tin à l’oc­ca­sion de l’an­née de l’Al­gé­rie, la pré­ser­va­tion du pa­tri­moine sa­cré en zone ru­rale, le sens à don­ner au mot conso­la­tion ou plus quo­ti­dienne dans une pré­sence vi­gi­lante au­près des ha­bi­tants de la mon­tagne, nous avons tou­jours eu en par­tage la re­cherche per­ma­nente du lien et du sens qui sont au coeur des hommes. Au­jourd’hui, face au spectre de la di­vi­sion et d’un schisme de la com­mu­nau­té des in­di­vi­dus, il nous faut re­gar­der la si­tua­tion en face et d’abord ac­cep­ter de dire qu’une par­tie de la so­cié­té re­pré­sente un risque pour l’autre parce qu’elle re­fuse les règles com­munes du vivre en­semble. Le dire n’em­porte au­cun ju­ge­ment sur des as­pi­ra­tions et un droit à croire des mu­sul­mans puis­qu’il s’agit ici de par­ler de l’is­lam en France et de son ins­tru­men­ta­li­sa­tion ter­ro­riste. Le taire condui­ra d’autres à s’en sai­sir pour dé­voyer des peurs lé­gi­times et les orien­ter vers le re­fus et le re­pli. Il faut en­suite, au plus près des quar­tiers et des villages, créer un es­pace de dia­logue et d’af­fir­ma­tion de ce qui ras­semble. Mais sans am­bi­gui­té. Notre pays a af­fron­té au XIXe siècle un conflit re­li­gieux dif­fi­cile et dou­lou­reux. Le com­pro­mis qui en est fi­na­le­ment is­su struc­ture un contrat so­cial sans doute im­par­fait mais ac­cep­té par toutes et tous. Ce com­pro­mis de l’Eglise avec la Ré­pu­blique est né d’une ac­cep­ta­tion croi­sée. Quelles que soient les cris­pa­tions sur tel ou tel su­jet, ce pacte re­pose sur un re­fus de la vio­lence et sur la vo­lon­té de s’en re­mettre à la loi com­mune et au juge pour ar­bi­trer les désac­cords. Ce com­pro­mis est tou­jours d’ac­tua­li­té, il a été dif­fi­cile à ac­cep­ter pour nombre de chré­tiens mais il dis­pose dé­sor­mais d’un socle ro­buste. Dé­sor­mais il ap­par­tient aux mu­sul­mans de faire ce che­min qui conduit à clai­re­ment scin­der ce qui re­lève de la vie pri­vée et de l’es­pace par­ta­gé. Quelles qu’en soient les dif­fi­cul­tés et les ar­ra­che­ments. Il n’est plus per­mis de de­mi-me­sure sauf à s’ex­clure de ce com­pro­mis et créer les condi­tions d’un ab­surde conflit de cultures. C’est ce de­voir d’exi­gence , en ap­pui sur un prin­cipe de res­pon­sa­bi­li­té par­ta­gée, qui per­met­tra d’ar­ti­cu­ler au plus près de la vie des hommes leurs es­poirs et leur es­pé­rance.

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