Re­née, 100 ans, au­to­nome à 100 %

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Le Dossier Du Dimanche -

Sa vie n’a pas été un long fleuve tran­quille. Mais Re­née Conte, qui ha­bite en­core seule dans sa mai­son à Car­cès, ne se plaint pas. Elle « aime pas­ser in­aper­çue », peine à par­ler de sa « pe­tite per­sonne ». Pe­tite, certes, de taille (12 cm per­dus suite à une sco­liose), mais grande de ca­rac­tère. Née Co­lom­ba­ni, le 5 mars 1916 à Pa­ris, Re­née est pla­cée à 2 jours chez une nour­rice en rai­son de la ma­la­die de sa mère, puis à 5 ans à l’or­phe­li­nat. Elle en sor­ti­ra à 22 ans : «Je ne connais­sais rien de la vie».

« Pen­dant la guerre, on était pri­vé de tout »

Elle exerce plu­sieurs mé­tiers : per­cep­trice, ap­pren­tie chez un fleu­riste, puis dans une pâ­tis­se­rie, cais­sière de ci­né­ma. «J’avais la res­pon­sa­bi­li­té d’em­me­ner l’ar­gent chez moi et de le dé­po­ser à la banque.» Elle est aus­si ou­vrière dans une usine fa­bri­quant du cho­co­lat, com­mer­ciale… Ma­riée en 1942, elle fait une fausse couche et n’a ja­mais pu avoir d’en­fant en­suite. «Pen­dant la guerre, on était pri­vé de tout. Ceux qui veulent la guerre ne savent pas ce que c’est…» Elle se sou­vient être ar­ri­vée le 13 sep­tembre 1962 à Car­cès avec son époux, dont le père était na­tif. Pen­dant 20 ans, elle fait par­tie de la cho­rale. Son quo­ti­dien est des plus simples, sur­tout avec une re­traite in­fé­rieure à 1 000 eu­ros men­suels. «Ily a tou­jours plus de choses à payer», constate-t-elle. Elle va tous les jours à pied au vil­lage faire ses courses, s’oc­cupe de sa mai­son. Une vie au­to­nome à 100 %. «Il faut du cou­rage, ne pas se plaindre, ac­cep­ter son sort et tout ce qui nous ar­rive. C’est dur, sur­tout la so­li­tude».

Don­ner ce qu’elle n’a pas re­çu

C’est au­près des éco­liers, qu’elle la comble. «Une ins­ti­tu­trice m’avait de­man­dé de ve­nir leur lire des livres à la mé­dia­thèque. J’ai hâte de les re­voir. Je leur donne ce que je n’ai ja­mais re­çu.» Comme nombre de cen­te­naires, Re­née a vu par­tir ses proches : « Mon ma­ri est mort en 1971. Le cercle se res­serre». Na­dine, une amie bien plus jeune, lui a fait un beau ca­deau pour ses 100 ans. «Elle m’a ame­née deux jours à Pa­ris. Je n’avais ja­mais pris le TGV. J’ai vou­lu re­faire à pied les tra­jets que je fai­sais lorsque je tra­vaillais. C’était fa­ti­gant, heu­reu­se­ment, j’avais mis mes bas­kets.» Si elle ne coud ni ne brode plus, elle conti­nue à écrire des poèmes, et conseille aux jeunes gé­né­ra­tions «le res­pect et l’in­dul­gence».

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