REN­CONTRE Ni­co­las Buf­fet, l’art en hé­ri­tage

Tout en veillant sur l’hé­ri­tage de son père, Ber­nard Buf­fet, l’en­fant du vil­lage - au som­met en cette fin 2016 avec ex­po­si­tion, ré­tros­pec­tive, bio­gra­phie et film -, res­sur­git fort d’un al­bum pop

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page - LAURENT AMALRIC la­mal­ric@ni­ce­ma­tin.fr

Chaque 4 oc­tobre, c’est pa­reil. Je tra­verse une pé­riode de m… Car même si j’ai fait le deuil, le corps, lui, tou­jours se rap­pelle. Il y a la mort de mon père à Tour­tour et avec, les an­nées de mal­heur de ma mère qui vont suivre… ». Ges­tuelles et pos­tures élec­triques, Ni­co­las Buf­fet pro­nonce ces pa­roles au pied de l’ap­par­te­ment fa­mi­lial de la Ponche, à Saint-Tropez. « On est dans le vif, c’est là où j’ai gran­di », sur­ligne-t-il. Au vil­lage, tout le monde cô­toie alors ses pa­rents, deux fi­gures ar­tis­tiques ma­jeures, Ber­nard et An­na­bel Buf­fet qui se ma­rièrent, non loin, à Ra­ma­tuelle en 1958. Ni­co­las a deux ans lorsque le couple l’adopte. Son épo­pée ar­tis­tique peut dé­bu­ter. Sauf que lui s’af­fir- me­ra non pas dans la pein­ture ou l’écri­ture, mais plu­tôt la mu­sique. « Me pro­duire sur scène me plaît par­des­sus tout. C’est là que je me sens vi­vant! », exul­tet-il alors qu’il entre dans la der­nière ligne droite d’un al­bum pop rock en an­glais bap­ti­sé Made in love. « Très “beat­le­sien” dans sa concep­tion mais avec un ca­chet mo­derne à la John But­ler trio», pré­cise-t-il. Une ges­ta­tion longue mais qu’il veut en­fin voir abou­tir dans le sillage d’un dé­mé­na­ge­ment qui sonne son ré­veil créa­tif. « Je viens de quit­ter ma de­meure de Sillans-la-Cas­cade, que je vais trans­for­mer en mai­son d’hôtes mu­si­cale, pour m’ins­tal­ler à Mar­seille. J’avais be­soin de re­trou­ver cette éner­gie ur­baine. J’étais un peu trop iso­lé ces der­nières an­nées», juge-t-il sans se voi­ler la face sur son sta­tut de «fils de… » qui lui évite de se po­ser des ques­tions fi­nan­cières en fin de mois.

Re­mettre Ber­nard Buf­fet au pre­mier plan

« Il est vrai que je vis de mon hé­ri­tage. Je suis l’ayant droit de mon père. Alors oui, ça per­met d’être tran­quille, mais ça an­ni­hile aus­si pas mal

», ad­me­til. Pour­tant Ni­co­las Buf­fet prend très à coeur son rôle de gar­dien du temple qui plaide pour la re­con­nais­sance d’une oeuvre pa­ter­nelle un temps clouée au pi­lo­ri et en­core sous-éva­luée. Mais même là, il par­vient à conci­lier mu­sique et hé­ri­tage pic­tu­ral.

« J’ai com­po­sé la bande-son du tea­ser pour la ré­tros­pec­tive que le Mu­sée d’art mo­derne de Pa­ris lui consacre du 14 oc­tobre au 26 fé­vrier 2017. Une mé­lo­die à la fois ly­rique et élec­tro-rock», dé­crit-il. Pro­chaine étape en pré­vi­sion de l’évé­ne­ment, le mon­tage d’images de son père, fil­mées par ses soins, en train de peindre sa der­nière sé­rie bap­ti­sée La Mort… Le point d’orgue d’une fin d’an­née char­gée avec en plus ex­po­si­tion au Mu­sée de Mont­martre, film do­cu­men­taire-DVD chez Arte (Le grand dé­ran­geur) et sor­tie d’une bio­gra­phie aux États-Unis… « Le re­gard est en train de chan­ger sur l’oeuvre de mon père. Un ar­tiste qui n’a pas d’équi­valent en France. Voi­là pour­quoi l’État se­rait ins­pi­ré de prendre ses res­pon­sa­bi­li­tés en fa­vo­ri­sant la créa­tion d’un grand mu­sée dé­dié. Au Ja­pon, il en existe un de­puis 1974! », s’ex­clame Ni­co­las qui grâce à un fonds de do­ta­tion pré­serve des cen­taines d’oeuvres du maître pa­ri­sien. An­na­bel aus­si avait son « pe­tit ta­lent pic­tu­ral » dont les ves­tiges sont vi­sibles à l’en­trée de son ap­par­te­ment tro­pé­zien… « Dans les an­nées cin­quante, en ren­trant au pe­tit ma­tin de bringue, ma mère et Bo­ris Vian avaient pein­tur­lu­ré en vio­let la fa­çade de cet im­meuble qui n’était pas en­core le sien. J’ai tout fait pour que ces traces res­tent au mo­ment de la ré­no­va­tion », sou­rit Ni­co­las qui dis­per­sa les cendres de sa mère au large de la Ponche en 2005.

L’école de la vie chez Ro­bert Hos­sein

Ai­mant, Ni­co­las ne s’af­fran­chi­ra pas moins de ses pa­rents et du sys­tème sco­laire très tôt au pro­fit d’une école de la vie plus… théâ­trale. « Au dé­part je vou­lais être co­mé­dien. J’ai d’abord été em­bau­ché comme as­sis­tant met­teur en scène par un ami de ma mère, Ro­bert Hos­sein. Et puis il a mon­té Cy­ra­no de Ber­ge­rac avec Bel­mon­do. J’avais trois rôles dif­fé­rents dans la pièce! Après Ma­ri­gny on a fait le tour du monde. J’ai beau­coup ap­pris. Puis j’ai fait du ca­ba­ret, des sit­coms dé­biles et un rôle prin­ci­pal dans le Fil à la patte. Il m’a per­mis d’al­ler jus­qu’au bout de l’aven­ture de co­mé­dien et d’ar­rê­ter sans frus­tra­tion ». Ain­si ré­gne­ra sans par­tage la mu­sique. « C’est le gui­ta­riste Pierre Hos­sein, fils de Ro­bert, qui m’a don­né le vi­rus à 18 ans. Là, j’en ai 45. Je suis res­té trop long­temps en som­meil. Je ne peux plus at­tendre », tré­pigne Ni­co­las qui de­vrait trou­ver à coup sûr avec ses deux jeunes en­fants, Ma­no­lo et Ma­non, deux nou­velles cour­roies de trans­mis­sion créa­trives.

Vivre de son hé­ri­tage peutl’am­bi­tion an­ni­hi­ler l’am­bi­tion” L’État doit prendre ses res­pon­sa­bi­li­tés en fon­dant un mu­sée Buf­fet”

(Pho­to Frank Te­taz )

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