Noces d’or:  km à vé­lo de­puis Bruxelles

Par­tis de Bel­gique, Eve­lyne, 73 ans et Xa­vier, 79 ans ont réus­si leur pa­ri: re­joindre la pro­prié­té fa­mi­liale de Ra­ma­tuelle. Une ex­pé­rience ini­tia­tique de trois se­maines vé­cue comme un dé­pas­se­ment de soi

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page - RE­CUEILLI PAR SUNDER CHAUDHARI 1. lln­ram.blog­spot.com

Dans la conti­nui­té d’une vie pro­fes­sion­nelle tré­pi­dante à tra­vers le globe, Éve­lyne, for­mée à l’en­sei­gne­ment en lit­té­ra­ture et Xa­vier Lou­veaux, spé­cia­li­sé dans la banque et la fi­nance, se de­vaient de «faire quelque chose» pour cé­lé­brer rien de moins que leurs cin­quante ans de ma­riage. Et comme si ce n’était pas dé­jà un ex­ploit de pas­ser cinq dé­cen­nies avec la même per­sonne, le couple, aus­si heu­reux qu’au pre­mier jour, a dé­ci­dé, il y a un an, de tra­ver­ser la fron­tière et sillon­ner la France, à vé­lo, du Nord au Sud. De Lou­vain-La-Neuve à Ra­ma­tuelle. Des­ti­na­tion at­teinte di­manche. Ren­contre après trois se­maines d’une folle épo­pée pleine d’anec­dotes et de ren­contres. Épo­pée en forme de mes­sage aux «gé­né­ra­tions qui suivent»

Comment vous sen­tez-vous? Éve­lyne: Bien, mais moi, je res­sens en­core quelques dou­leurs au mol­let en des­cen­dant l’es­ca­lier.

Qui a eu cette idée en pre­mier? Éve­lyne: C’est Xa­vier. Il cher­chait quelque chose à faire pour ses  ans, l’an pro­chain. Il a pen­sé à nos amis du Plan-de-la-Tour qui ont aus­si en­four­ché leur vé­lo sur une longue dis­tance, mais en plu­sieurs fois. Xa­vier: En pré­pa­rant le voyage, il y a un an, je me suis dit que je ne vou­lais pas at­tendre mes  ans. Je me sen­tais prêt. Les  ans de ma­riage tom­baient le  juillet. C’était par­fait.

Phy­si­que­ment, vous étiez prêts? Éve­lyne: Mon ma­ri a deux pro­thèses de ge­noux et deux pro­thèses de hanche. Cette vic­toire, c’est aus­si une sorte de pu­bli­ci­té pour les mé­de­cins car, sans eux, il se­rait en fau­teuil rou­lant. C’est aus­si un en­cou­ra­ge­ment pour les gens de notre gé­né­ra­tion qui savent qu’on peut le faire.

Il y avait aus­si un but, di­sons, hu­ma­ni­taire… Éve­lyne: Oui, je suis co­fon­da­trice et pré­si­dente en Bel­gique d’un centre d’ac­cueil de jour, «Un toit, un coeur», pour per­sonnes en dif­fi­cul­tés, qui vivent dans la rue. Nous re­cueillons des fonds pour ob­te­nir un lo­cal plus grand. Nous avons aver­ti tous nos amis: si on réus­sit le dé­fi, ça rap­porte aus­si au centre.

Quel a été votre iti­né­raire? Vous avez dû prendre des che­mins de tra­verse? Xa­vier. Nous rou­lions six jours sur sept, sauf le di­manche. De plus, on ne vou­lait pas cô­toyer les voi­tures. On a donc sui­vi les cours d’eau: la Meuse, La Marne et son ca­nal, la Saône, le Doubs, le Rhône, puis pris la di­rec­tion des Baux-de-Pro­vence, en pas­sant par une par­tie du Lu­bé­ron et fi­na­le­ment l’Est du pays, par Cotignac et le Plan-de-la-Tour. Le mas­sif des Maures est splen­dide. Nous avions pré­vu d’ef­fec­tuer  km et fi­na­le­ment le comp­teur a in­di­qué  km! Il est vrai qu’on s’est par­fois trom­pé de route… Nous avons en­suite re­trou­vé la pré­sence et le bruit des voi­tures à PortG­ri­maud. Vous vous êtes très bien équi­pés donc… Éve­lyne: Oui, nous avons pris des vé­los à as­sis­tance élec­trique. Mais ce n’était pas simple car, sou­vent, il fal­lait éco­no­mi­ser la bat­te­rie pour at­teindre notre poin­té­tape. Nous ne pou­vions pas nous fier uni­que­ment à la puis­sance du vé­lo. De plus, cer­tains vil­lages sont com­plè­te­ment dé­serts. Comme entre Char­le­vil­leMé­zières et Saint-Di­zier. On ne pen­sait pas que c’était à ce point-là ! Nous n’étions pas non plus à l’abri de cre­vai­son, de pannes, d’ac­ci­dents. Mais nous avons eu le sou­tien de nos amis à tra­vers le blog (), que nous nous ef­for­cions de te­nir mal­gré la grande fa­tigue qui s’ac­cu­mu­lait. Xa­vier: Cer­tains amis ont fait la route avec nous: en somme, c’est / avec eux à tour de rôle et / tous seuls. Que re­te­nez-vous de ce voyage? Éve­lyne: Que c’est très beau la France. La France ma­raî­chère. Le vé­lo aide à res­sen­tir l’im­por­tance de la Terre, celle qui nous nour­rit et qu’on doit pro­té­ger. Il faut vrai­ment la soi­gner. Vous avez ren­con­tré des dif­fi­cul­tés? Xa­vier: Nous avons rou­lé quatre jours sous la pluie: de Saint-Di­zier à La Marche-surSaône. Et, dans le Var, de Rians à Cotignac. Nos sou­liers et nos gants étaient com­plè­te­ment trem­pés... Éve­lyne: Nous avons eu beau­coup de chance, car nous avons pris des risques. Nous avons eu ce dont on avait be­soin au bon mo­ment. Mon ma­ri est aus­si tom­bé trois fois en Bour­gogne. Les gens di­saient que c’était à cause du vin (rires). Nous avons consul­té deux phar­ma­ciens, dont un près de Clu­ny, qui nous a dit de nous re­po­ser pen­dant trois se­maines… On lui a dit : «Pas ques­tion!».

Vous avez fait de belles ren­contres aus­si… Éve­lyne. Oui, avant Vien­nele-Cha­teau, nous sommes en­trés dans un ca­fé qui fait aus­si épi­ce­rie. Il y avait des oeufs. Et à la vue de notre état déses­pé­ré, il nous a fait des oeufs au plat… On n’ou­blie­ra ja­mais cet ar­rêt. Autre exemple: à Me­rin­dol, dans un res­tau­rant corse te­nu par des Corses. Au des­sert, ils sont ve­nus avec un gâ­teau et une bou­gie. C’était ado­rable. Nous avons ap­pré­cié éga­le­ment tous les cy­clistes ren­con­trés. Il y a une vraie fra­ter­ni­té chez les cy­clistes.

Vous avez re­te­nu l’at­ten­tion de jour­na­listes à votre pas­sage? Eve­lyne: Oui, en plus de Var­ma­tin, il y a eu un jour­nal de la Saône. Un jour­na­liste âgé est ve­nu nous voir et était sin­cè­re­ment in­té­res­sé par notre dé­marche. C’est ce­la aus­si l’ob­jec­tif: si on peut ins­pi­rer des gens, c’est su­perbe. Nous, on ne fait que pas­ser. Après nous, il faut que ça conti­nue.

C’était donc votre pre­mier grand dé­fi? Éve­lyne: Non, notre plus grand dé­fi, c’était de se ma­rier. Et cette ex­pé­rience, c’est un peu pa­reil. Il y a eu des mo­ments fa­ciles et pas fa­ciles. Mais si on était par­tis en se di­sant: «On va de­voir af­fron­ter tout ce­la », on ne l’au­rait sans doute pas fait. Il faut juste se lan­cer et se dire que chaque jour­née est pré­cieuse.

(Pho­tos DR et S. Ch.)

Pho­to-sou­ve­nir du duo spor­tif de­vant le vil­lage de Ra­ma­tuelle di­manche.

Le couple pro­fi­tait hier de quelques jours de re­pos bien mé­ri­té, dans la quié­tude de la pro­prié­té fa­mi­liale ra­ma­tuel­loise, avant leur re­tour en Bel­gique.

Grand mo­ment pour Eve­lyne et Xa­vier : ils ont fran­chis di­manche la ligne d’ar­ri­vée à Ra­ma­tuelle, sous les yeux pleins de fier­té de leurs amis...

Lors de leur pé­riple, de nom­breuses connais­sances sont ve­nues faire un bout de route avec eux. Ici, Xa­vier porte une at­telle suite à une bles­sure.

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