Hol­lande se met à dos les ma­gis­trats

La pro­fes­sion se sent hu­mi­liée par les propos du chef de l’Etat, trai­tant les juges de « lâches ». Un « pro­blème ins­ti­tu­tion­nel », ré­torque la Cour de cas­sa­tion

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - France -

La bron­ca est rare et ras­semble l’en­semble de l’ins­ti­tu­tion ju­di­ciaire: ul­cé­rés de l’« hu­mi­lia­tion » que leur a in­fli­gé Fran­çois Hol­lande en les ac­cu­sant de « lâ­che­té » (1), les ma­gis­trats ont vio­lem­ment ré­pli­qué hier. La pre­mière salve a été lan­cée sur fond d’or, de pourpre et d’her­mine: le pre­mier pré­sident de la Cour de cas­sa­tion Ber­trand Lou­vel a as­sé­né qu’il n’était « pas conce­vable que la charge de pré­sident [...] puisse être uti­li­sée par son ti­tu­laire pour contri­buer à dif­fu­ser par­mi les Fran­çais une vi­sion aus­si dé­gra­dante de leur jus­tice ». M. Lou­vel et le pro­cu­reur gé­né­ral de la plus haute ju­ri­dic­tion fran­çaise, Jean-Claude Ma­rin, avaient été re­çus à leur de­mande en ca­tas­trophe mer­cre­di soir par le chef de l’État. Hier, ils ont mis toute la so­len­ni­té de la Cour de cas­sa­tion au ser­vice de leur in­di­gna­tion, en ou­vrant à la presse une au­dience dans la « Grande Chambre », d’une splen­deur écra­sante, de­vant une as­sem­blée de ma­gis­trats en grande te­nue. Se­lon M. Ma­rin, l’en­tre­tien de la veille à l’Ely­sée «n’apa­sat­té­nué le sen­ti­ment que la ma­gis­tra­ture [avait] res­sen­ti face à une nou­velle hu­mi­lia­tion ».

Le pre­mier pré­sident a même es­ti­mé que, ve­nant du ga­rant

consti­tu­tion­nel de l’in­dé­pen­dance de la jus­tice, les com­men­taires de M. Hol­lande po­saient « un pro­blème ins­ti­tu­tion­nel ». Ces com­men­taires, M. Ma­rin les a lus dans un si­lence pe­sant, dé­ta­chant chaque mot. Les deux plus hauts ma­gis­trats de France ont été re­joints dans leur in­di­gna­tion par le Conseil su­pé­rieur de la ma­gis­tra­ture, qui a dé­non­cé des propos « dan­ge­reux et in­justes »

« Double dis­cours »

Jusque-là, les ma­gis­trats sa­vaient gré à Fran­çois Hol­lande de lais­ser tra­vailler les par­quets. Signe de ce cli­mat apai­sé, le pré­sident avait été re­çu le 7 oc­tobre au con­grès de l’Union syn­di­cale des ma­gis­trats, or­ga­ni­sa­tion ma­jo­ri­taire de la pro­fes­sion, dont de nom­breux membres s’étaient le­vés pour ap­plau­dir son in­ter­ven­tion. L’USM s’est de­puis dite «

stu­pé­faite » du « double dis­cours » te­nu par le chef de l’État. 1 .Dans le livre « Un Pré­sident ne de­vrait pas

dire ça... », des jour­na­listes Fa­brice Lhomme et Gé­rard Da­vet, Fran­çois Hol­lande dé­clare ain­si :« Cette ins­ti­tu­tion, qui est une ins­ti­tu­tion de lâ­che­té... Parce que c’est quand même ça, tous ces pro­cu­reurs, tous ces hauts ma­gis­trats, on se planque, on joue les ver­tueux... On n’aime pas le po­li­tique. La jus­tice n’aime pas le po­li­tique... »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.