Yannick Ja­dot : « Re­don­ner à l’éco­lo­gie sa cré­di­bi­li­té »

Le dé­pu­té eu­ro­péen pi­card est le seul homme à concou­rir à la pri­maire d’Eu­rope Eco­lo­gie - Les Verts. Il veut in­car­ner la sin­cé­ri­té et le re­nou­veau

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - France - PRO­POS RECUEILLIS PAR THIER­RY PRUDHON tprud­hon@ni­ce­ma­tin.fr

Il est, aux cô­tés de Cé­cile Du­flot, Mi­chèle Ri­va­si et Ka­ri­ma Del­li, le seul homme de la pri­maire d’Eu­rope Eco­lo­gie - Les Verts, dont on connaî­tra le dé­noue­ment du pre­mier tour le 19 oc­tobre. Yannick Ja­dot, 49 ans, dé­pu­té eu­ro­péen de­puis 2009, fut au­pa­ra­vant di­rec­teur des cam­pagnes de Green­peace de 2002 à 2009 et très en­ga­gé dans la so­li­da­ri­té in­ter­na­tio­nale. Ce Pi­card, co­fon­da­teur d’EELV avec Da­niel Cohn-Ben­dit, s’est lan­cé dans la bataille après le re­non­ce­ment de Ni­co­las Hu­lot, qu’il vou­lait sou­te­nir.

La pri­maire verte a peu d’au­dience. Re­gret­tez-vous d’au­tant plus que Ni­co­las Hu­lot ait re­non­cé à s’en­ga­ger ? Non. Je ne suis pas cer­tain qu’à un mo­ment où se joue la pri­maire de la droite, il au­rait forcément bé­né­fi­cié d’un espace médiatique plus im­por­tant. Ce qui est es­sen­tiel pour nous est d’avoir ce pro­ces­sus de dé­si­gna­tion et qu’il se dé­roule sans rè­gle­ments de comptes. La can­di­da­ture de Ni­co­las Hu­lot s’ins­cri­vait dans un discours de sin­cé­ri­té et de bien­veillance, en par­lant à l’in­tel­li­gence. Avec sa no­to­rié­té, il nous au­rait ou­vert un espace élec­to­ral. C’est le che­min que je veux em­prun­ter pour em­me­ner l’éco­lo­gie po­li­tique sur cet espace élec­to­ral qui existe. On ne peut pas conti­nuer dans ce pays avec les mêmes po­li­tiques et les mêmes dirigeants qui, mal­gré leurs échecs, conti­nuent à prô­ner les mêmes mau­vaises solutions.

Etes-vous un can­di­dat anti-Du­flot? Non, cer­tai­ne­ment pas. On porte en­semble un pro­jet qui se­ra ce­lui du mou­ve­ment éco­lo­giste. En re­vanche, mon par­cours n’est pas le même que le sien. Et dans le mo­ment que nous connais­sons, un par­cours de vingt-cinq ans d’en­ga­ge­ment dans une éco­lo­gie qui construit, qui n’a pas été abî­mé par des zig­zags tac­ti­ciens, qui porte un re­nou­vel­le­ment, peut se ré­vé­ler plus adap­té pour réa­li­ser un meilleur score. L’image de l’éco­lo­gie po­li­tique a été ébré­chée ces der­nières an­nées, alors qu’on avait de l’or en main avec Eu­rope Eco­lo­gie. Il faut être ca­pable de fé­dé­rer de nou­veau toute la fa­mille éco­lo­giste, po­li­tique mais aus­si as­so­cia­tive, pour re­con­qué­rir des élec­teurs et re­don­ner à l’éco­lo­gie sa cré­di­bi­li­té, sa force, sa fier­té. Vous pro­po­sez tous la mise en oeuvre d’un re­ve­nu uni­ver­sel, mais le vôtre se­rait le plus bas, de l’ordre de  eu­ros… Non. Sur cette ques­tion, on n’a pas par­lé les uns et les autres de la même chose. Le re­ve­nu mi­ni­mum pour vivre dans notre pays ne peut pas être de  eu­ros. On a plus par­lé de mi­ni­mas so­ciaux que d’un re­ve­nu de base uni­ver­sel qui ga­ran­ti­rait à cha­cun dès sa nais­sance de quoi vivre cor­rec­te­ment. La prio­ri­té, en fait, est de re­dé­fi­nir notre re­la­tion au tra­vail. Dé­mar­rer la dis­cus­sion en fixant un mon­tant de ce re­ve­nu de base se­rait la pire des ma­nières d’abor­der les choses, car ça ne per­met­trait pas de ré­flé­chir à notre re­la­tion au tra­vail et nous fe­rait ren­trer dans le re­ve­nu de base tel que les li­bé­raux veulent le mettre en place, c’est-à-dire un re­ve­nu de base qui se sub­sti­tue­rait à la so­li­da­ri­té na­tio­nale. Mon er­reur a été d’évo­quer un chiffre. di­gni­té des ré­fu­giés beau­coup moins nom­breux. Mais à force de mal les ac­cueillir, c’est aus­si notre di­gni­té qui est en cause. Même le pape avait in­di­qué qu’il fau­drait qu’il y ait une fa­mille de ré­fu­giés par pa­roisse, ce qui nous amè­ne­rait à une cen­taine de mil­liers. La France a les ca­pa­ci­tés, si elle s’en donne les moyens, d’ac­cueillir cor­rec­te­ment ces ré­fu­giés. Ce qui crée de la confu­sion pour les Fran­çais, ce sont les images de désor­ga­ni­sa­tion au­tour des ré­fu­giés. On a l’im­pres­sion que c’est une désor­ga­ni­sa­tion choi­sie. Jeu­di en­core, j’ai ren­con­tré des Sou­da­nais qui cam­paient dans la rue, ce qui n’ar­rive plus en Al­le­magne.

Vous êtes le seul à dire que le can­di­dat éco­lo­giste n’au­ra au­cune chance d’être élu Pré­sident… Je ne crois pas que ça puisse être contre-pro­duc­tif de par­ler vrai. Il y a au­tour de la pré­si­den­tielle une com­mu­ni­ca­tion per­ma­nente d’au­truches, où le jeu consiste à dire qu’on est sûr de ga­gner. Ni­co­las Hu­lot, avec sa sin­cé­ri­té, était sur un espace de  % et plus de l’élec­to­rat. C’est cet espace-là que je veux conqué­rir. Cette élec­tion doit nous per­mettre de bâ­tir. Je suis lu­cide sur l’ur­gence ab­so­lue de mettre en oeuvre les solutions éco­lo­giques, mais je suis tout aus­si lu­cide sur l’état du pays et sur ce­lui de l’éco­lo­gie po­li­tique. Je veux d’abord construire des vic­toires aux lé­gis­la­tives, aux mu­ni­ci­pales, peut-être en , mais si je veux être cré­dible sur mes pro­po­si­tions, je dois l’être sur le che­min à suivre. L’éco­lo­gie a tou­jours pré­ten­du faire de la po­li­tique au­tre­ment, ce qu’on a ra­re­ment fait. Je veux arrêter de prendre les Fran­çais pour des an­douilles et de leur ra­con­ter des contes pour en­fants. L’ur­gence éco­lo­gique nous im­pose au­jourd’hui de ga­gner en cré­di­bi­li­té et en res­pon­sa­bi­li­té.

(Pho­to AFP)

Yannick Ja­dot : « L’ur­gence éco­lo­gique nous im­pose de ga­gner en res­pon­sa­bi­li­té. »

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