L’émo­tion forte pour l’hom­mage

Trois mois après l’at­ten­tat qui a fait 86 morts sur la pro­me­nade des An­glais, près de 2500 per­sonnes,

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page - GUILLAUME BERTOLINO gui­ber­to­li­no@ni­ce­ma­tin.fr

De la col­line du Châ­teau s’offre l’une des plus belles vues de Nice… Et de sa pro­me­nade des An­glais. Une ave­nue, un pa­lace, des pal­miers lé­gen­daires qui bordent la baie des Anges. Of­frant un quai de plus de 7 ki­lo­mètres à l’ho­ri­zon, et à cette Mare Nos­trum mère nour­ri­cière des peuples mé­di­ter­ra­néens. Des hommes, des femmes, des en­fants qui s’étaient réunis ce soir d’été pour fê­ter en fa­mille, entre amis, la Fête na­tio­nale. Une cé­lé­bra­tion de la vie qu’un as­sas­sin sui­ci­daire a trans­for­mé en cau­che­mar. Mas­sa­crant quatre-vingt-six per­sonnes de tous âges. De toutes ori­gines. De toutes confes­sions. In­fli­geant des dou­leurs in­fi­nies, phy­siques et psy­chiques, à des cen­taines de vic­times in­no­centes. Obli­geant les proches à vivre avec un manque qui ne se­ra ja­mais com­blé.

Sous haute sé­cu­ri­té

Hier – après un ven­dre­di sur le­quel un tor­rent di­lu­vien de larmes s’était abat­tu, trois mois plus tard – est en­fin ve­nu le temps de l’hom­mage na­tio­nal. Pour les fa­milles et les proches avant tout. De l’union na­tio­nale, aus­si, qui a réuni à Nice la plu­part des prin­ci­paux re­pré­sen­tants po­li­tiques du pays. Au to­tal, près de 2 500 per­sonnes étaient conviées au Châ­teau. Dès 6 heures, la col­line était com­plè­te­ment ver­rouillée. Contrôles d’iden­ti­té mul­tiples, pal­pa­tions, pas­sages aux dé­tec­teurs de mé­taux et convois or­ga­ni­sés par la ré­gie des tran­sports et les taxis azu­réens uni­que­ment. Per­sonne n’échappe aux règles de sé­cu­ri­té. 11 heures. Tout le monde est en place dans les gra­dins. La tri­bune prin­ci­pale, où sont re­grou­pées les fa­milles et la presse, re­garde la mer. À sa gauche, celle des of­fi­ciels (voir la liste page ci-contre) est pleine à cra­quer. De­vant, sur ce ter­rain de jeu que connaissent bien les en­fants du port, une pe­tite fon­taine ja­po­naise a été spé­cia­le­ment ins­tal­lée, bor­dée d’une struc­ture où se­ront plan­tées les 86 roses blanches. Le pré­sident de la Ré­pu­blique ar­rive, à pied, tan­dis que la Garde ré­pu­bli­caine en­tame la Mar­seillaise. Le chef de l’État adresse ses hon­neurs mi­li­taires et ef­fec­tue une ra­pide re­vue des troupes.

«Chaque étoile est une vie bri­sée»

Dans un si­lence as­sour­dis­sant, une sil­houette tra­verse l’es­pla­nade. Che­ve­lure blonde sur robe noire. Cin­dy Pel­le­gri­ni, en­deuillée par la mort de six membres de sa fa­mille, va prendre la pa­role pour l’as­so­cia­tion «Pro­me­nade des Anges». Ma­gni­fique de force et de di­gni­té. Les mots de la jeune femme fra­cassent le calme. Comme les éclairs, la veille, avaient fou­droyé le lit­to­ral: «En ce 14 juillet, vous vou­liez re­gar­der le ciel et non pas le re­joindre. [...] Comment vivre après la perte d’un en­fant, d’un pa­pa, d’une ma­man, d’un frère, d’un pa­pi ou d’une ma­mie ? [...] Au­jourd’hui, Nice et la France en­tière pleurent 86 vic­times. Notre tris­tesse est in­dé­fi­nis­sable. [...] Cet hom­mage na­tio­nal, c’est aus­si pour les faire re­vivre un court ins­tant.» Les larmes coulent. Les uns se serrent fort. Les autres se tiennent la main. Ca­resses à un en­fant in­no­cent. «Nous es­pé­rons au plus pro­fond de notre coeur que dé­sor­mais, chaque 14 juillet, cha­cun d’entre vous ad­mi­re­ra le ciel en pen­sant que chaque étoile est une vie bri­sée à ja­mais. » Fin de sa lec­ture. Si forte jus­qu’alors, l’émo­tion s’em­pare de Cin­dy qui éclate en san­glots. Dans les ap­plau­dis­se­ments qui en­tourent la jeune femme, Ju­lien Clerc prend place. Le chan­teur, lui aus­si mar­qué par l’ins­tant, cos­tume sombre et pos­ture de cir­cons­tance, en­tame Utile. Les pa­roles écrites par Étienne Ro­da-Gil prennent ici une autre di­men­sion: «Comme une langue an­cienne qu’on vou­drait mas­sa­crer / Je veux être utile à vivre et à chan­ter.» Une in­ter­pré­ta­tion qui ar­rache des larmes à Na­jat Val­laud-Bel­ka­cem et à Ch­ris­tian Es­tro­si. Utile, une chan­son que Ju­lien Clerc avait, hé­las, dé­jà in­ter­pré­tée dé­but 2015, lors de la soi­rée en hom­mage à Char­lie…

L’in­ter­mi­nable ap­pel

Ar­rive alors, sans doute, le mo­ment le plus dur pour les fa­milles : ce quart d’heure du­rant le­quel les élèves du ly­cée Mas­sé­na, à Nice, ont dé­po­sé une rose pour cha­cune des 86 vic­times de l’at­ten­tat. Dans un si­lence et sous un so­leil de plomb, seuls les pleurs d’un en­fant se mêlent à la so­len­ni­té de l’ins­tant. La vague d’émo­tion sub­merge les coeurs les plus en­dur­cis. Les noms, de toutes ori­gines, rap­pellent la fo­lie aveugle qui s’est abat­tue ce soir-là sur une foule in­no­cente. Les âges qui s’égrènent in­ter­mi­na­ble­ment font mal. Et évoquent tant de vies nais­santes, épa­nouies ou vieillis­santes, si cruel­le­ment ar­ra­chées. Après la mi­nute de si­lence et l’Aria de la Suite en ré de Bach in­ter­pré­té par un qua­tuor à cordes de l’or­chestre phil­har­mo­nique de Nice, Fran­çois Hol­lande s’est avan­cé à son tour (lire page ci-contre). «Ce qui a été frap­pé le 14 juillet, c’est l’uni­té na­tio­nale.» Puis il en­chaîne: «Eh bien, non, je vous dis non, cette en­tre­prise ma­lé­fique échoue­ra. L’uni­té, la li­ber­té, l’hu­ma­ni­té, au bout du compte, pré­vau­dront.» Mes­sage d’es­poir aux fa­milles, ponc­tué par une Mar­seillaise en­ton­née par un choeur d’en­fants. Ces en­fants si nom­breux par­mi les vic­times. Ces en­fants qui mé­ritent un autre ave­nir.

Les élèves du ly­cée Mas­sé­na de Nice ont dé­po­sé, tour à tour,  roses blanches, en

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