Res­pect et consi­dé­ra­tion

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - France - Par MI­CHÈLE COT­TA

Rien n’est plus dif­fi­cile pour un gou­ver­ne­ment, pour un mi­nistre de l’In­té­rieur sur­tout, que d’af­fron­ter des ma­ni­fes­ta­tions de po­li­ciers. Rien aus­si de plus dan­ge­reux : que l’ordre pu­blic soit me­na­cé par ceux qui sont char­gés de le faire res­pec­ter, et toute la pyramide de l’État de droit risque de se dé­faire. Le ma­laise de la po­lice, tel qu’il vient de se tra­duire par des ma­ni­fes­ta­tions in­ha­bi­tuelles, n’est pas nou­veau, mais il prend, dans les cir­cons­tances ac­tuelles, une di­men­sion nou­velle. D’abord parce que, en ef­fet, po­li­ciers et gen­darmes sont de­puis des mois et des mois sou­mis à une pres­sion consi­dé­rable. Le ter­ro­risme, au­quel ils sont confron­tés, dans leur ac­tion de dé­fense du ter­ri­toire, les frappe di­rec­te­ment. Non seule­ment parce que leur vi­gi­lance est re­quise à tous les ins­tants, de jour et de nuit, mais aus­si parce qu’ils sont de­ve­nus la cible prio­ri­taire des tueurs : on se sou­vient de l’as­sas­si­nat à l’arme blanche d’un policier et de sa com­pagne, à leur do­mi­cile, à Ma­gnan­ville, près de Pa­ris, en juin der­nier. C’est éga­le­ment le mo­ment qu’ont choi­si les op­po­sants à la loi Tra­vail de­puis le prin­temps der­nier pour ma­ni­fes­ter, et avec quelle vio­lence pour quelques-uns d’entre eux, dans toutes les grandes villes de France. Pen­dant de longues jour­nées, les forces de l’ordre ont eu à conte­nir les cas­seurs, tout en en­ten­dant dé­ver­ser sur eux in­jures et in­vec­tives. Im­pos­sible aus­si d’ou­blier la der­nière, et la plus meur­trière, des opé­ra­tions vio­lentes me­nées par des hordes de ban­lieue contre les forces de l’ordre : à Vi­ry-Châ­tillon, il y a quelques jours, des po­li­ciers sont tom­bés dans ce qu’il faut ap­pe­ler une em­bus­cade. Quelques-uns ont à peine pu s’ex­traire de leur vé­hi­cule, un d’entre eux pla­cé en co­ma ar­ti­fi­ciel est tou­jours à l’hô­pi­tal. Et puis sur­tout, à la base de leur ma­laise, il y a le conflit, ja­mais vé­ri­ta­ble­ment ré­glé entre la po­lice et les ma­gis­trats. Trop souvent les hommes qui sur le ter­rain traquent les dé­lin­quants jugent les tri­bu­naux trop in­dul­gents, trop laxistes, avec ceux qu’ils re­mettent entre leurs mains. Alors, oui, en ef­fet, on peut à juste titre s’émou­voir que des po­li­ciers en uni­forme en­va­hissent, comme ils l’ont fait hier et avant-hier les Champs-Ely­sées ou le Vieux-Port pour cla­mer leur mé­con­ten­te­ment. On peut dire que leur place n’est pas là. On n’en com­prend pas moins qu’ils ré­clament, au­jourd’hui plus de moyens de pro­tec­tion et d’équi­pe­ment, plus d’effectifs, plus de moyens ma­té­riels aus­si. C’est ce que Ber­nard Ca­ze­neuve vient, après avoir re­çu leurs syn­di­cats de leur pro­mettre : un plan de sé­cu­ri­té mis en oeuvre dès le mois de no­vembre, qui de­vrait après des con­sul­ta­tions me­nées par les pré­fets dans toutes les ré­gions s’ac­com­pa­gner d’autres me­sures pour amé­lio­rer les condi­tions de tra­vail des per­son­nels. L’es­sen­tiel n’est peut-être pas là. Les forces de l’ordre ré­clament au­jourd’hui sur­tout plus de res­pect et de consi­dé­ra­tion. De la part des ma­gis­trats, sans doute, mais aus­si des Fran­çais qu’ils ont en charge de dé­fendre.

« À la base de leur ma­laise, il y a le conflit, ja­mais vé­ri­ta­ble­ment ré­glé entre la po­lice et les ma­gis­trats. »

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