La de­meure Sel­lier sur la sellette

Hô­tel à l’étage, ga­le­rie d’art au rez-de-chaus­sée, tel est le des­tin du bâ­ti­ment qu’ont fa­çon­né pour lui les élus, jeu­di soir. Ce ma­tin à 10 h , les op­po­sants au pro­jet se­ront dans la rue...

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page - P. PLEU

Deux conseillères mu­ni­ci­pales ma­jo­ri­taires ont dé­mis­sion­né ces jours der­niers avec pour rai­son prin­ci­pale leur op­po­si­tion au dé­clas­se­ment de la mai­son Sel­lier. Un choix qui, po­li­ti­que­ment, coûte cher au maire Marc-Etienne Lan­sade. Par ailleurs, ce ma­tin, l’as­so­cia­tion Place pu­blique ap­pelle à la ma­ni­fes­ta­tion à 10 h de­vant la mai­rie, pour contes­ter ce pro­jet qui agite le vil­lage, entre les pro­tec­teurs du pa­tri­moine his­to­rique de la ci­té et les autres, qui vou­draient le li­vrer à des ges­tion­naires pri­vés. Mais sur ce coup-là, le maire reste sur ses po­si­tions et avant-hier, mal­gré les quelques vents contraires, le dos­sier est ar­ri­vé sur la table des dé­li­bé­ra­tions. Adop­té à la ma­jo­ri­té, toutes les voix d’op­po­si­tion ayant vo­té contre. Mais il n’y eut qu’elles. Au­cun autre conseiller ma­jo­ri­taire pré­sent n’a osé s’op­po­ser au pro­jet. Ça n’est pas faute pour­tant d’avoir été cha­pi­tré tant par Mi­chel Dal­la­ri, An­tho­ny Gi­raud ou Pas­cal Cor­dé, qui ont ex­hor­té les Co­go­li­nois pré­sents au­tour de la table à ne pas ac­cep­ter de bra­der le pa­tri­moine et de pri­ver les ha­bi­tants d’un lieu cultu­rel pu­blic.

Le maire dé­fend le pro­jet

Au­tant d’ar­gu­ments ba­layés d’un re­vers de main par le maire qui a sou­te­nu que la de­meure Sel­lier était très peu fré­quen­tée, et coû­tait fort cher en main­te­nance et en per­son­nel. «Nous avions ima­gi­né d’autres scé­na­rios comme ce­lui d’y ins­tal­ler une ex­ten­sion des ser­vices mu­ni­ci­paux par exemple. Mais tout autre pro­jet for­çait à cas­ser l’in­té­rieur du bâ­ti­ment pour le rendre fonc­tion­nel, ce que nous ne vou­lions pas. Car il est ma­gni­fique. Par ailleurs, il est faux de dire que la par­tie cultu­relle de la mai­son est an­nu­lée. Il y au­ra certes un hô­tel au pre­mier étage, de 12 chambres et au se­cond un bar Lounge qui se­ra ou­vert à tous. Mais au rez-de chaus­sée, les ex­po­si­tions se pour­sui­vront. La mis­sion cultu­relle se­ra pour­sui­vie, certes pas sur 1200 m2 mais sur 300. Par ailleurs, la so­cié­té qui va gé­rer la mai­son est spé­cia­liste de ce genre d’opé­ra­tion (ndlr : Hô­tel Amour à Pa­ris no­tam­ment), et ne tou­che­ra à rien à l’in­té­rieur. Tout se­ra fait avec l’exis­tant. Il y au­ra même une dé­ro­ga­tion pour les règles d’ac­ces­si­bi­li­té afin de ne pas être obli­gé d’ins­tal­ler un as­cen­seur.» Et le pre­mier ma­gis­trat, face au scep­ti­cisme de son op­po­si­tion, celle de Mi­chel Dal­la­ri no­tam­ment, mais aus­si de Pas­cal Cor­dé, de pré­sen­ter aus­si les éco­no­mies réa­li­sées par la com­mune, no­tam­ment en per­son­nel. « Nous al­lons tou­cher 80 000 eu­ros de loyer et éco­no­mi­ser 70000 eu­ros en consom­ma­tion de fluides et en per­son­nel. C’est un dif­fé­ren­tiel de près de 150000 eu­ros pour la Ville. » Au­tant d’ar­gu­ments qui n’ont pas convain­cu les op­po­sants. Et ce d’au­tant plus que la mu­ni­ci­pa­li­té a pris les de­vants, avant même le vote, puisque tout le conte­nu de la mai­son Sel­lier a dé­jà été dé­mé­na­gé.

« L’at­teinte in­ac­cep­table »

Dans une longue dé­cla­ra­tion, Mi­chel Dal­la­ri a en­core re­le­vé que l’es­prit de la dé­li­bé­ra­tion du conseil mu­ni­ci­pal de 1989, consa­crant le châ­teau à des fins cultu­relles, al­lait être re­mis en ques­tion. Il a sou­li­gné aus­si : « Lors­qu’un bien sort du do­maine pu­blic, et est dé­clas­sé, il peut être ven­du. Vous en se­rez ca­pable. (...) Nous dé­non­çons la désaf­fec­ta­tion de la de­meure Sel­lier, l’at­teinte in­ac­cep­table au pa­tri­moine cultu­rel et his­to­rique de la ville, le manque de res­pect to­tal du maire pour l’es­prit de la do­na­tion faite à la com­mune par Mon­sieur et Ma­dame Sel­lier. Vous avez pris seul la dé­ci­sion de dé­mé­na­ger les col­lec­tions du mu­sée ou­vertes au pu­blic ain­si que de mettre un terme aux ex­po­si­tions (...) Nous ne voyons pas de quel droit vous avez fait vi­der les lie ux et an­non­cé la fer­me­ture de ce bâ­ti­ment pu­blic par un mail à l’of­fice du tou­risme du 12 oc­tobre der­nier, avant même d’avoir fait dé­li­bé­rer le conseil mu­ni­ci­pal. Il nous semble que la mis­sion d’in­té­rêt gé­né­ral qu’a tou­jours rem­plie la de­meure-mu­sée Sel­lier ne puisse pas être in­ter­rom­pue de ma­nière au­to­ri­taire par le maire, qui plus est pour le cé­der à des in­té­rêts pri­vés.» Le plai­doyer n’a pas suf­fi. La mai­son Sel­lier est donc dé­clas­sée. La suite ce ma­tin, de­vant la mai­rie pour la ma­ni­fes­ta­tion pro­po­sée par Place pu­blique.

(Pho­to P. P.)

Le maire a lon­gue­ment ex­pli­qué le pro­jet de la mai­son Sel­lier.

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