L’Eu­rope de gauche dé­sta­bi­li­sée

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - France -

Nul doute que Fran­çois Hol­lande soit le prin­ci­pal res­pon­sable du sort ca­ta­clys­mique que les Fran­çais lui ré­servent dans les son­dages. Si tous li­saient de bout en bout Un Pré­sident ne de­vrait pas dire ça…, le livre qui déses­père ses troupes, ils se­raient, d’ailleurs, plus sé­vères en­core. Nar­cis­sique, suf­fi­sant, convain­cu de la su­pé­rio­ri­té de son in­tel­li­gence, res­pon­sable, à ses yeux, d’au­cune des dif­fi­cul­tés de la France, aveu­glé par ses cer­ti­tudes, pié­ti­nant les règles élé­men­taires de la di­plo­ma­tie lors­qu’il converse avec un di­ri­geant étran­ger de­vant ses in­ter­lo­cu­teurs jour­na­listes, bra­vache quand il re­ven­dique d’avoir au­to­ri­sé l’exé­cu­tion de quatre hommes, le chef de l’État n’ins­pire dans ces pages qu’un triste sen­ti­ment de dé­so­la­tion. Com­ment un pré­sident peut-il se com­por­ter ain­si? La gauche française, à juste titre, est meur­trie par cette at­ti­tude. Elle fe­rait, ce­pen­dant, une er­reur de taille si elle pen­sait que ses dif­fi­cul­tés ne tiennent qu’à la dé­va­lua­tion de son chef. C’est toute la gauche eu­ro­péenne so­ciale-dé­mo­crate qui est au­jourd’hui à la peine. En Grande-Bre­tagne, le La­bour de Je­re­my Cor­bin a été taillé en pièces en . Les tra­vaillistes n’ont même pas pro­fi­té du vote du Brexit pour se re­faire une san­té. En Al­le­magne, le SPD est au pou­voir dans une grande coa­li­tion avec An­ge­la Mer­kel. La ques­tion im­mi­grée pèse certes sur l’image d’An­ge­la Mer­kel et af­fecte dans les élec­tions ré­gio­nales les chré­tiens-dé­mo­crates, mais les so­cia­listes re­culent eux aus­si. Dif­fi­cile, pour l’heure, d’ima­gi­ner qu’ils puissent re­con­qué­rir, seuls, le pou­voir lors des élec­tions au Bun­des­tag à l’au­tomne . Pour les so­cia­listes es­pa­gnols du PSOE, la pi­lule est plus amère. Ils viennent d’ac­cep­ter de ne pas s’op­po­ser à la for­ma­tion d’un gou­ver­ne­ment de droite mi­no­ri­taire di­ri­gé par le pré­sident du gou­ver­ne­ment sor­tant, Ma­ria­no Ra­joy, lea­der du Par­ti po­pu­laire. Une ca­pi­tu­la­tion pour évi­ter de re­tour­ner, pour la troi­sième fois en un an, de­vant les élec­teurs et de cou­rir le risque d’être de­van­cé sur la gauche par le mou­ve­ment Po­de­mos. En Ita­lie, rien n’est joué pour le gou­ver­ne­ment de cen­tre­gauche de Mat­teo Ren­zi. Reste que, dans un mois, les Ita­liens de­vront se pro­non­cer sur un ré­fé­ren­dum ins­ti­tu­tion­nel vou­lu par leur sé­millant pré­sident du Conseil. Or il risque de le perdre. Et, avec lui, le pou­voir. Cette crise de la so­cial-dé­mo­cra­tie eu­ro­péenne fait, évi­dem­ment, le jeu d’une gauche ra­di­cale. Les in­ten­tions de vote ac­tuelles pour Jean-Luc Mé­len­chon en sont l’illus­tra­tion. Cette gauche-là fait écho, au sein des classes po­pu­laires et de la classe moyenne qui ne vit pas au rythme de la mon­dia­li­sa­tion, à un dé­sir de plus d’État, de plus de pro­tec­tion, de moins de li­bé­ra­lisme et de glo­ba­li­sa­tion. C’est aus­si le ter­reau de l’ex­trême droite. C’est le signe que l’Eu­rope est po­li­ti­que­ment ma­lade.

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