Les po­li­ciers en co­lère va­rois vident leur sac

La grogne ne veut pas s’éteindre dans l’aire tou­lon­naise où est concen­trée la ma­jo­ri­té des troupes. Var-ma­tin dé­crypte le mou­ve­ment et donne la pa­role à ces «po­li­ciers en co­lère».

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page - Dos­sier : ERIC MARMOTTANS emar­mot­tans@ni­cema­tin.fr Pho­tos : Pa­trick BLAN­CHARD et E. M.

Les po­li­ciers va­rois vident leur sac… mais ne rendent pas les armes. Un ras­sem­ble­ment noc­turne de «po­li­ciers en co­lère » et sym­pa­thi­sants de­vait se te­nir hier en­core de­vant le pa­lais de jus­tice à Tou­lon pour la dou­zième soi­rée consé­cu­tive. Re­tour sur un mou­ve­ment comme il ne s’en pro­duit que tous les cinq à dix ans, «en fonc­tion d’évé­ne­ments par­ti­cu­liè­re­ment graves », se­lon le cri­mi­no­logue Alain Bauer.

Comment est né le mou­ve­ment ?

L’at­taque au cock­tail Mo­lo­tov de deux équi­pages de po­lice, le 8 oc­tobre à Vi­ry-Châ­tillon (Es­sonne), est l’élé­ment dé­clen­cheur. Les ras­sem­ble­ments non au­to­ri­sés ont éclos dans toute la France. Que l’on ne s’y mé­prenne pas : «La goutte qui fait dé­bor­der le vase n’est pas plus grosse que toutes les gouttes pré­cé­dentes», dé­crypte Alain Bauer. «On a es­sayé plein de fois de se faire en­tendre, on a ja­mais eu que des pro­messes », té­moigne une po­li­cière va­roise.

Qui sont les po­li­ciers ma­ni­fes­tants ?

«On voit qu’ils n’ont pas l’ha­bi­tude de ma­ni­fes­ter, sou­rit avec bien­veillance un of­fi­cier de po­lice tou­lon­nais. Ils sont in­dis­ci­pli­nés. »Les fonc­tion­naires en co­lère sont par­tis en ordre dis­per­sé. Les ras­sem­ble­ments noc­turnes ont re­ven­di­qué leur au­to­no­mie vis-à-vis des syn­di­cats et des par­tis po­li­tiques. Les syn­di­cats, eux-mêmes di­vi­sés et confron­tés à une cer­taine forme de dé­fiance vis-à-vis de leurs ins­tances na­tio­nales, ont or­ga­ni­sé leurs propres ma­ni­fes­ta­tions. Glo­ba­le­ment, les po­li­ciers ré­clament une nette amé­lio­ra­tion de leurs condi­tions de tra­vail : lé­gi­time dé­fense, ré­ponse pé­nale aux vio­lences faites aux dé­po­si­taires de l’au­to­ri­té pu­blique, jus­tice des mi­neurs, moyens ma­té­riels, ma­na­ge­ment… Les do­léances sont très nom­breuses. «On est en train de cra­quer.»

Comment a ré­agi l’exé­cu­tif?

Le 19 oc­tobre, Ber­nard Ca­ze­neuve a an­non­cé l’ou­ver­ture d’une concer­ta­tion à l’échelle de chaque dé­par­te­ment, au­tour de trois axes: état des lieux im­mo­bi­lier, charges de tra­vail ré­pu­tées in­dues et do­ta­tions en ma­té­riel. Pas de quoi éteindre la contes­ta­tion. Mer­cre­di der­nier, le mi­nistre a don­né de nouveaux gages pour cal­mer la co­lère des po­li­ciers, et pro­mis une ré­flexion sur la lé­gi­time dé­fense (lire nos édi­tions du 27 oc­tobre). Mais dans une quin­zaine de dé­par­te­ments, dont le Var, des po­li­ciers sont en­trés en ré­sis­tance. «On es­saie de nous en­dor­mir.» La hié­rar­chie a fait sa­voir jeu­di ma­tin que les ma­ni­fes­ta­tions non au­to­ri­sées ne se­raient plus to­lé­rées. Avec des sanc­tions à la clé.

Quelle suite dans le Var ?

Donc des po­li­ciers en co­lère s’ac­crochent à Tou­lon. Sans at­tendre l’is­sue de la concer­ta­tion en cours, dont les conclu­sions doivent être ren­dues le 15 dé­cembre. «Peut-être parce que notre dé­par­te­ment n’est pas le mieux lo­ti», nous ex­pli­quet-on. «On a une conduite à te­nir, mais on ne va pas aban­don­ner. On s’en re­met aux ci­toyens. » Dans le res­pect des règles – exit les voi­tures de ser­vice et les uni­formes –, les ras­sem­ble­ments conti­nuent de se te­nir chaque soir à Tou­lon. Jus­qu’à es­souf­fle­ment? «Ce n’est pas parce qu’on est moins nom­breux que l’on s’ar­rê­te­ra. On ré­flé­chit à d’autres mou­ve­ments.»

Dans la soi­rée du ven­dre­di  oc­tobre, place de la mai­rie de Sa­na­ry.

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