Marc Jo­li­vet: «Les Le Pen, c’est Sha­kes­peare en pire»

Éco­lo­giste convain­cu, l’hu­mo­riste n’est pas tendre avec Les Verts. Ve­nu en « voi­sin » à Cor­rens, la ca­pi­tale bio du Var, il nous dit son sou­tien in­con­di­tion­nel pour Ni­co­las Hu­lot.

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - L’interview - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR PIERRE-LOUIS PAGÈS

En juillet pro­chain, il se­ra sur scène au Festival d’Avi­gnon avec et sans son com­plice Ch­ris­tophe Bar­bier pour le spec­tacle « Nous, pré­si­dents/Moi, pré­sident ». En at­ten­dant, à l’in­vi­ta­tion du maire de la com­mune Mi­chaël Latz, Marc Jo­li­vet par­ti­ci­pait jeu­di et ven­dre­di à la pre­mière édi­tion des En­tre­tiens de Cor­rens. Des ren­contres au­tour du dé­ve­lop­pe­ment du­rable. Un thème au­quel l’hu­mo­riste, can­di­dat sous l’éti­quette éco­lo­giste aux élec­tions mu­ni­ci­pales de 1989, est tou­jours sen­sible.

De­puis des an­nées, on alerte sur le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique. L’éco­lo­gie a pour­tant été peu évo­quée pen­dant la cam­pagne pré­si­den­tielle. Com­ment l’ex­pli­quez-vous ? La ma­jo­ri­té des gens se foutent de l’éco­lo­gie. Au­tre­ment, il y a bien long­temps que le monde se­rait « éco­lo­gi­sé ». De toute évi­dence, on n’est pas prêt à re­mettre en ques­tion notre mode de vie. Qu’est-ce qui pour­rait faire prendre conscience de l’ur­gence à pla­cer l’éco­lo­gie au centre de nos pré­oc­cu­pa­tions ? (Rires) Il fau­drait qu’une cen­trale nu­cléaire ex­plose ou qu’il y ait un at­ten­tat contre une cen­trale nu­cléaire, avec  mil­lions de morts. Là, les men­ta­li­tés chan­ge­raient. Ra­di­ca­le­ment. Bien en­ten­du, je ne sou­haite pas qu’une telle ca­tas­trophe se pro­duise. Re­ve­nons à l’élec­tion pré­si­den­tielle. Que vous a-t-elle ins­pi­ré ? Je suis ra­vi du ré­sul­tat. Moi, je n’y croyais pas à Ma­cron. C’est ma fille, il y a un an, qui m’en a par­lé pour la pre­mière fois. « Tu vois pa­pa, ce se­ra le pro­chain Pré­sident », m’a-t-elle dit. Elle avait rai­son.

Et vous avez vo­té pour lui ? Bien sûr. Les deux fois.

C’était un vote utile ou de convic­tion ? Les gens qui disent «

» me gonflent. Moi je vote par convic­tion de ne pas avoir de dic­ta­ture. Je n’ai ja­mais vo­té de ma vie pour quel­qu’un dont j’étais amou­reux. Je n’ai ja­mais été amou­reux de Mit­ter­rand, ni de Hol­lande. Ja­mais. J’ai tou­jours vo­té pour le moins pire. C’est ce qu’on fait en dé­mo­cra­tie.

par convic­tion je veux vo­ter Les abs­ten­tion­nistes ne trouvent donc pas grâce à vos yeux. Je condamne leur at­ti­tude. Dans mon spec­tacle, je parle d’ailleurs de la dic­ta­ture abs­ten­tion­niste : être di­ri­gé par des gens qui ne pensent pas, n’ont pas d’opi­nion et qui n’en ont rien à foutre. En tant qu’éco­lo­giste, vous au­riez pu vo­ter pour Yan­nick Ja­dot ou Be­noît Ha­mon à qui il s’est ral­lié ? Mais vous plai­san­tez ? C’est de l’hu­mour ce que vous me dites. De­puis , les éco­lo­gistes – les Verts – ont tou­jours pré­sen­té un can­di­dat. Le meilleur score, c’est Noël Ma­mère qui l’a réa­li­sé avec , %. Le jour où ils s’al­lient avec le PS, ce der­nier fait  %. Le plus mau­vais score de son histoire. C’est pas gé­nial ? Donc, quand les Verts sont dans le fruit, le fruit meurt. C’est une cri­tique ? C’est plus qu’une cri­tique. Il est temps que les Verts dis­pa­raissent. Ils ont fait du mal à la pla­nète. Les Fran­çais consi­dèrent à  % que les ques­tions en­vi­ron­ne­men­tales sont im­por­tantes et quand les Verts pré­sentent un can­di­dat, il ne ré­colte ja­mais plus qu’entre  et  % des voix. Qui pour re­prendre le flam­beau de l’éco­lo­gie? Ni­co­las Hu­lot. Je suis am­bas­sa­deur du Dé­fi pour la Terre, donc je sou­tiens Ni­co­las Hu­lot à fond. Il est une bonne « prise de guerre » ? Si c’est la guerre pour que toute la pla­nète aille mieux, ça me va très bien. J’ai une énorme es­time pour Ni­co­las Hu­lot. Je l’ai tou­jours sui­vi dans ses com­bats. Donc j’es­père que ça va mar­cher. Même si ce ne se­ra sans doute pas fa­cile. Je lui ai dé­jà en­voyé mes voeux en ce sens : bon cou­rage et en avant. Bra­vo ! Vous dites que ça ne va pas être fa­cile… Parce qu’il ne va pas avoir les mains libres ? Je ne sais pas com­ment ça va se pas­ser. En tous les cas, plu­tôt que de râ­ler, je trouve ça bien de se bou­ger. La pla­nète mé­rite qu’on prenne des risques. Donc, je le fé­li­cite. Main­te­nant, on va voir… Pour chaque pré­sident de la Ré­pu­blique, j’ai tou­jours lais­sé  jours avant de me mo­quer et de cri­ti­quer, de faire mon bou­lot d’hu­mo­riste. Cent jours, c’est la moindre des po­li­tesses. Un mot sur Em­ma­nuel Ma­cron qui a quand réus­si à convaincre Ni­co­las Hu­lot, là ou tant d’autres avaient échoué ? Il est très fort. Pour l’ins­tant, j’ap­plau­dis des deux mains. Je dis : Vas-y mon gars, on est avec toi ! Je suis ter­rible moi, je ne suis pas sec­taire. Je n’ai pas vo­té Ni­co­las Sar­ko­zy, mais du jour où il a été élu, j’ai dit : Vas-y mon gars, en avant. J’ai tou­jours consi­dé­ré qu’être un bon ci­toyen, c’est re­con­naître le vain­queur. Ce n’est pas mon can­di­dat, mais la ma­jo­ri­té dans ce pays choi­sit quel­qu’un d’autre, je l’ai. Je suis avec lui. Pour mon pays, je trouve ça nor­mal. Vous êtes pa­triote ? Non, plu­tôt na­tio­na­liste eu­ro­péen. Avec mon ami Ch­ris­tophe Bar­bier, nous sommes eu­ro­philes. Ma na­tion, c’est l’Eu­rope. Et Fran­çois Fillon, on n’en parle plus ? C’est du pas­sé ? Com­plè­te­ment. En tant qu’hu­mo­riste, je ne peux par­ler que des choses dont les gens parlent. Pour­quoi j’irai en­core par­ler de Fran­çois Fillon ? Ce se­ra peut-être pa­reil avec Mé­len­chon dans quelques se­maines. Ça ne me pose pas de pro­blème. Mais la cam­pagne de Fillon a été hal­lu­ci­nante quand même ? Que le mec nous ba­ra­tine et nous mente à ce point-là, oui. On a tous été sur­pris. Lui-même, je crois, a été sur­pris (rires). Dans le spec­tacle, je pleu­rais beau­coup sur Pé­né­lope Fillon, en me mo­quant bien sûr. Dès que j’évo­quais Pé­né­lope Fillon, je fon­dais en larmes. La pauvre

Ma na­tion, c’est l’Eu­rope ”

Pé­né­lope. Dé­sor­mais, je ne le fais plus. je l’ai en­le­vée du spec­tacle. Main­te­nant, je vais pleu­rer sur Ma­rine Le Pen. Elle est pas­sée si près de la vic­toire. ça fait de la peine. Vous vous ren­dez compte : elle s’est fâ­chée avec son père, sa nièce l’a aban­don­née et en plus elle a ra­té. Les Le Pen, c’est Sha­kes­peare en pire. Par­lons de Trump qui pour­rait re­mettre en cause la COP . Im­peach­ment ! Im­peach­ment !

Vous y croyez ? J’es­père. on va tout faire pour. Le peu qu’on puisse faire, on le fe­ra. Il le faut. Cet homme a un pe­tit pois dans le cer­veau. Un avis sur l’aé­ro­port de No­treDame-des-Landes ? Hon­nê­te­ment, je ne me suis pas vrai­ment in­té­res­sé au su­jet. Pour vous dire la vé­ri­té, ça fait  ans que je ne suis pas mon­té dans un avion, donc les pro­blèmes d’avion, je m’en tape. Vous avez peur en avion ? Oui. Les bons éco­los ont les je­tons. Vous n’êtes pas un in­té­griste de l’éco­lo­gie? Pas du tout. Je suis un in­té­griste de rien du tout. Je tente d’être un es­prit libre et in­dé­pen­dant, amou­reux de sa pla­nète. Même si vous re­chi­gnez à par­ler de ce qui est pas­sé, un pe­tit mot sur le bi­lan de Fran­çois Hol­lande. Il est quand même vrai­ment gon­flé de par­tir en di­sant qu’il laisse le pays en meilleur état que ce­lui dans le­quel il l’a trou­vé.

Il est temps que les Verts dis­pa­raissent ”

(Pho­to Doc Nice-ma­tin)

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