Mai­son Sel­lier : le maire ca­pi­tule

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page -

Si­mone Veil in­carne par son par­cours le féminisme dans sa glo­ba­li­té. Elle, qui dé­cli­na gen­ti­ment, mais fer­me­ment, l’offre de son époux lors­qu’il lui pro­po­sa de re­non­cer à la ma­gis­tra­ture pour éle­ver leurs en­fants, oeu­vra du­rant toute sa vie pour la cause des femmes. Dans son livre, Une vie, elle re­late son en­tre­vue avec le se­cré­taire gé­né­ral du Par­quet de Pa­ris où elle vou­lait ef­fec­tuer un stage afin d’en­trer dans la Ma­gis­tra­ture. « Mais vous êtes ma­riée! Vous avez trois en­fants, dont un nour­ris­son! En plus votre ma­ri va sor­tir de l’ENA ! Pour­quoi vou­lez-vous tra­vailler? » Telle était l’am­biance dans les an­nées cin­quante. Mais Si­mone Veil s’est bat­tue et s’est im­po­sée en tant que femme par­tout où ses pas l’ont gui­dée. En tant que mi­nistre de la San­té, de 1974 à 1979, elle réus­sit à faire adop­ter par le Par­le­ment, le 17 jan­vier 1975, la loi sur l’In­ter­rup­tion vo­lon­taire de gros­sesse (IVG) qui porte son nom. Un com­bat long et âpre, me­né au nom des 300 000 femmes qui avor­taient clan­des­ti­ne­ment en France chaque an­née. Un com­bat qui lui va­lut des at­taques, des me­naces, des haines et des pro­pos in­dignes. Il y a quelques an­nées, elle nous confiait re­ce­voir en­core des lettres in­ju­rieuses la com­pa­rant aux as­sas­sins na­zis… « Les gens sont de mau­vaise foi. Ils ou­blient la si­tua­tion dra­ma­tique dans la­quelle se trou­vaient les femmes au­pa­ra­vant. Mais des as­so­cia­tions de gy­né­co­logues me re­mer­cient en me di­sant : « Nous étions in­ternes à l’époque et nous avons vu des femmes ar­ri­ver dans un tel état que, pour nous, cette loi a été un im­mense sou­la­ge­ment. » Au dé­but de son man­dat, Si­mone Veil qui était la seule femme mi­nistre du gou­ver­ne­ment Chi­rac – ses consoeurs (An­nie Le­sur, Hé­lène Dorl­hac et Fran­çoise Gi­roud) n’oc­cu­pant que des se­cré­ta­riats d’État – fut ac­cep­tée avec ré­ti­cence par le corps mé­di­cal.

« Il ne sert à rien de tra­ves­tir les faits, écri­telle. Face à un mi­lieu au conser­va­tisme très mar­qué, je pré­sen­tais le triple dé­faut d’être une femme, d’être fa­vo­rable à la lé­gis­la­tion de l’avor­te­ment, et en­fin d’être juive. » Elle réus­sit pour­tant. « Sa » loi fut vo­tée dans la nuit du 29 no­vembre 1975 par 284 voix contre 189 avec une courte ma­jo­ri­té des voix de droite et la to­ta­li­té de celles de gauche. Une large vic­toire.

La lutte pour la pa­ri­té

Voi­là pour le com­bat lé­gis­la­tif. Si­mone Veil a, éga­le­ment, contri­bué mieux que per­sonne à l’éta­blis­se­ment et au res­pect de la pa­ri­té. Pre­mière pré­si­dente du Par­le­ment eu­ro­péen en 1979, elle fut membre du Con­seil consti­tu­tion­nel et s’in­di­gnait que la pa­ri­té ne soit réel­le­ment ad­mise que pour les élec­tions po­li­tiques. « Il faut ré­vi­ser la Consti­tu­tion », s’ex­cla­mait-elle, dé­plo­rant la pré­sence dans les an­nées 2000 de deux femmes seule­ment au Con­seil. « C’est une honte ! Et pour­tant nous nous sommes bat­tues! »

Dans son ou­vrage au­to­bio­gra­phique, Si­mone Veil ra­conte son mi­li­tan­tisme pour la cause des femmes. « Je suis fa­vo­rable à toutes les me­sures de dis­cri­mi­na­tion po­si­tive sus­cep­tibles de ré­duire les in­éga­li­tés dont souffrent en­core les femmes… Les chances, pour les femmes, pro­cèdent trop du ha­sard, et pas as­sez de la loi ou plus gé­né­ra­le­ment de la règle du jeu. » À l’au­tomne 1995, après le ren­voi par Alain

Jup­pé des deux tiers des femmes membres de son gou­ver­ne­ment, Si­mone Veil a par­ti­ci­pé à une réunion ras­sem­blant dix femmes de droite et de gauche pour ten­ter de faire pro­gres­ser la pa­ri­té en po­li­tique. Le constat fut amer: « En dé­pit de l’amé­na­ge­ment consti­tu­tion­nel, les for­ma­tions po­li­tiques per­sistent à mé­con­naître la règle, chaque fois qu’elles le peuvent, pré­fé­rant payer

les pé­na­li­tés pré­vues. » Trop af­fai­blie pour la com­men­ter, la com­po­si­tion de l’ac­tuel gou­ver­ne­ment d’Édouard Phi­lippe, où fi­gurent au­tant de femmes que d’hommes, ne pou­vait de fait que la ré­jouir... En en­trant à l’Aca­dé­mie fran­çaise en 2010, Si­mone Veil de­vint immortelle. Dans le coeur de bien des gens elle l’était dé­jà. Do­tée d’une cer­taine poigne, d’une fer­me­té qui, par­fois, dé­rou­tait ses in­ter­lo­cu­teurs, Si­mone Veil a tou­jours ins­pi­ré le res­pect. Dans toutes les fa­milles po­li­tiques, en France comme à l’étran­ger, chez les an­ciens et chez les jeunes. La gar­dienne de la Mémoire était aus­si celle de l’hon­neur. Puisse son exemple ins­pi­rer les gé­né­ra­tions à ve­nir.

(Pho­to A.B.-J.)

À Cannes, pour l’Eu­rope du ci­né­ma avec Fran­çois Léo­tard, mi­nistre de la Culture. Si­mone Veil a été choi­sie par les Douze pour pré­si­der le co­mi­té char­gé de faire de  l’an­née eu­ro­péenne du ci­né­ma et de la té­lé­vi­sion. On re­con­naît, entre autres à ses cô­tés, Mi­chel Le­grand, Yves Mon­tand, Jean-Claude Bria­ly, Ber­nard Gi­rau­deau, Jeanne Mo­reau, Mi­chel Blanc et An­nie Du­pe­rey.

(Pho­to Reuters)

Le  mars , Si­mone Veil est re­çue sous la Cou­pole, en pré­sence du pré­sident de la Ré­pu­blique Ni­co­las Sar­ko­zy. Sur son épée d’Immortelle est gra­vé le nu­mé­ro de ma­tri­cule qui avait été ins­crit sur son bras à Au­sch­witz [], ain­si que les de­vises de la Ré­pu­blique fran­çaise et de l’Union eu­ro­péenne : « Li­ber­té, éga­li­té, fra­ter­ni­té » et « Unis dans la di­ver­si­té ».

(Pho­to Gé­rard Bal­doc­chi)

Fé­vrier . En vi­site à la ma­ter­ni­té de l’hôpital de Bas­tia. Tout au long de sa car­rière, elle n’au­ra ja­mais né­gli­gé l’Île de Beau­té.

(Ph. Max PPP/T. Pa­dillo)

Le  jan­vier , lors de la re­mise du Tro­phée in­ter­na­tio­nal hu­ma­ni­taire, au siège pa­ri­sien de l’Or­ga­ni­sa­tion des Na­tions Unies.

(DR)

 avril , mu­sée Gré­vin. Si­mone Veil pose au cô­té de son nou­veau double de cire,  ans après le pre­mier. Elle dé­cla­ra l’avoir trou­vé « un peu sé­vère ».

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