Men­ton : cinq ans avec sur­sis pour le meur­trier de 92 ans

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Grand Sud - CH­RIS­TOPHE PER­RIN chper­rin@ni­ce­ma­tin.fr

Il en­cou­rait en prin­cipe la ré­clu­sion cri­mi­nelle à per­pé­tui­té pour avoir étran­glé Jac­que­line, sa femme, dans un ap­par­te­ment de la rue Mas­se­na à Men­ton. Mau­rice(1), 92 ans, a été condam­né hier à cinq ans de pri­son avec sur­sis. Le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique ne s’était pas pré­ci­pi­té pour ren­voyer le vieil homme de­vant la jus­tice. Mau­rice, qui avait eu jus­que­là une san­té de fer, avait per­du 10 kg en deux mois, mi­né par une dou­leur in­to­lé­rable. Le char­cu­tier à la retraite était per­sua­dé d’être ron­gé par un can­cer. Jac­que­line, l’amour de sa vie, pré­sen­tait les pre­miers symp­tômes de la ma­la­die d’Alz­hei­mer. «Elle me ré­pé­tait: “ne me laisse pas toute seule”», ra­conte l’élé­gant re­trai­té. Le couple, fu­sion­nel, avait fait le choix de ne pas avoir d’en­fant.

« Je lui parle tous les soirs »

Le ma­tin du 7 juin 2014, Mau­rice a pris sa cein­ture, a ser­ré le cou de sa femme de toutes ses forces. Un geste qui met­tait fin à soixante-huit ans de vie com­mune, soixante-huit ans de bon­heur. Il a en­suite ava­lé une cin­quan­taine de som­ni­fères et s’est cou­pé les ten­dons du poi­gnet. Il a été sau­vé grâce à la pré­sence d’es­prit de la gar­dienne. Au­jourd’hui, le no­na­gé­naire, pen­sion­naire d’une mai­son de retraite, se porte comme un charme. Il est ve­nu cher­cher sa condam­na­tion «

pour pou­voir faire [son] deuil, re­trou­ver un peu plus de sé­ré­ni­té», Je lui parle tous les soirs

pré­cise-t-il. «

», ajoute l’émou­vant vieux mon­sieur, en san­glots de­vant la cour et les ju­rés. L’avo­cat gé­né­ral Syl­vie Ca­no­vas s’ap­puie sur l’ex­per­tise psy­chia­trique du Dr Pa­trick

Sa­get pour évo­quer «l’al­té­ra­tion du dis­cer­ne­ment»

de Mau­rice, au mo­ment du drame, sub­mer­gé par « un

rap­tus an­xieux »,« un déses­poir ai­gu». Après son geste ir­ré­pa­rable, le re­trai­té a été hos­pi­ta­li­sé en mi­lieu psy­chia­trique pen­dant trois mois avant de re­joindre une mai­son de retraite tra­di­tion­nelle.

Dis­cer­ne­ment al­té­ré

L’avo­cat gé­né­ral Syl­vie Ca­no­vas, au nom de la so­cié­té, re­quiert une peine avec sur­sis à l’en­contre «d’un tra­vailleur » (il a exer­cé son mé­tier pen­dant 52 ans), « d’un

homme d’hon­neur», (...) un homme ri­gou­reux qui n’a ja­mais eu une contra­ven­tion de sa vie». «Vieillir, c’est ac­cep­ter de se

faire ai­der», sou­ligne le ma­gis­trat de l’ac­cu­sa­tion, en re­pre­nant les pro­pos du psy­chiatre qui com­pa­rait jeu­di, Mau­rice et Jac­que­line à un châ­teau de cartes, se sou­te­nant l’un l’autre. Quand l’un a dé­failli, tout s’est ef­fon­dré. Me Em­ma­nuel Mon­cho-Phi­lippe dé­crit « un couple idéal mais réel, un couple à la Pey­net». L’avo­cat gras­sois n’ex­clut pas que le cock­tail de mé­di­ca­ments (cor­ti­coïdes et som­ni­fères) ait mo­di­fié le com­por­te­ment de Mau­rice. Tout au long des dé­bats, l’ac­cu­sé a ré­pé­té: «Je n’avais plus ma rai­son. Comment vou­lez-vous que je conçoive un acte aus­si ter­rible? Je n’étais pas moi-même. Au plus pro­fond de moi, je suis in­no­cent.» Pour l’avo­cat de la dé­fense, « le consen­te­ment de Mau­rice était abo­li» au mo­ment du drame. Au­tre­ment dit, le re­trai­té ne peut être te­nu res­pon­sable pé­na­le­ment de son acte. Un pas que n’ont fran­chi ni les ex­perts ni les ju­rés.

(Pho­to doc Nice-Ma­tin)

« Je n’étais pas moi-même. Au plus pro­fond de moi, je suis in­no­cent », n’a ces­sé de cla­mer l’ac­cu­sé lors des dé­bats.

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