Un an­ti­dou­leur me­na­cé, mé­de­cins et pa­tients in­quiets Ac­tu

Uti­li­sée de­puis des an­nées hors AMM pour trai­ter des dou­leurs neu­ro­pa­thiques re­belles, la ké­ta­mine pour­rait dé­sor­mais ne plus être rem­bour­sée dans cette in­di­ca­tion em­pi­rique

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Santé - NAN­CY CATTAN ncat­tan@ni­ce­ma­tin.fr

Ce­la fait des an­nées que la ké­ta­mine est uti­li­sée dans les centres an­ti­dou­leur comme re­cours ul­time contre cer­taines dou­leurs re­belles. Des pres­crip­tions dites hors AMM, puisque le mé­di­ca­ment est of­fi­ciel­le­ment com­mer­cia­li­sé de­puis 70 ans comme anes­thé­sique gé­né­ral. Si jusque-là les au­to­ri­tés sa­ni­taires se mon­traient to­lé­rantes vis-à-vis de ce « dé­tour­ne­ment d’usage », et fer­maient les yeux lors des contrôles en conti­nuant de prendre en charge le trai­te­ment (par per­fu­sion) en hôpital de jour, elles adoptent au­jourd’hui une po­si­tion beau­coup plus ferme. Deux « struc­tures dou­leur » de la ré­gion Paca (l’une dans le Var, le se­cond dans les Bouches -du-Rhône) viennent d’en faire les frais. Se­mon­cées à l’oc­ca­sion d’un contrôle ayant mis en évi­dence l’uti­li­sa­tion de la ké­ta­mine comme an­ti­dou­leur, elles sont in­quiètes. « On uti­lise la ké­ta­mine lorsque toutes les al­ter­na­tives thé­ra­peu­tiques sont épui­sées, et on ob­tient de très bons ré­sul­tats chez ces pa­tients aux dou­leurs re­belles. Si la prise en charge n’est plus rem­bour­sée (les mé­di­ca­ments pres­crits hors AMM ne sont pas rem­bour­sés par l’as­su­rance-ma­la­die, Ndlr), les centres an­ti-dou­leur ne pour­ront plus les pro­po­ser, ce­la pour­rait être dif­fi­cile pour les pa­tients concer­nés », confie un spé­cia­liste. In­ter­ro­gé, le Dr Mi­chel Lan­te­ri-Mi­net res­pon­sable du centre an­ti­dou­leur du CHU de Nice se dit lui aus­si in­quiet mais ad­met qu’il s’agit d’un dos­sier très com­plexe. « La ké­ta­mine est par­fois su­ru­ti­li­sée, un peu à tort et à tra­vers. Or, si son ef­fi­ca­ci­té dans le trai­te­ment des dou­leurs neu­ro­pa­thiques, et no­tam­ment de l’al­go­dy­stro­phie est ad­mise, d’autres uti­li­sa­tions, dans la fi­bro­my­al­gie en par­ti­cu­lier, et dans une moindre me­sure dans les cé­pha­lées chro­niques, sont très contro­ver­sées. » Le spé­cia­liste re­con­naît éga­le­ment que l’uti­li­sa­tion de la ké­ta­mine est peu en­ca­drée dans cer­tains centres en France, « cha­cun pro­po­sant un pro­to­cole « mai­son ». Ce mea culpa opé­ré, il reste que des mil­liers de pa­tients en Paca, souf­frant de dou­leurs in­sup­por­tables trouvent dans ce mé­di­ca­ment, uti­li­sé à faibles doses, un sou­la­ge­ment ma­jeur, et en­vi­sagent avec ef­froi son dé­rem­bour­se­ment [lire té­moi­gnage ci-contre]. « Nous avons fait une re­quête au­près de la So­cié­té fran­çaise d’études et de trai­te­ments de la dou­leur afin qu’elle se re­tourne au­près de l’ANSM pour une ex­ten­sion des in­di­ca­tions de la ké­ta­mine, in­forme le Dr Lan­te­ri-Mi­net. Le pro­blème c’est que cette pro­cé­dure peut être très longue et sur­tout elle pour­rait abou­tir à un ré­sul­tat né­ga­tif. » Que fe­ront les hô­pi­taux dans les se­maines à ve­nir? Sa­chant la si­tua­tion de leurs fi­nances, il est peu pro­bable que leurs di­rec­tions dé­cident d’as­su­mer les coûts im­por­tants as­so­ciés au trai­te­ment par la ké­ta­mine. Quid alors des ma­lades ? Les au­to­ri­tés ne de­vraient-elles pas quit­ter leurs lu­nettes ad­mi­nis­tra­tives pour les re­gar­der droit dans les yeux et es­sayer d’at­teindre leurs peurs ? Et leurs dou­leurs ?

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