Lais­ser l’en­fant être ac­teur de son dé­ve­lop­pe­ment Psy­cho

Per­mettre au bam­bin d’ac­qué­rir pro­gres­si­ve­ment les ca­pa­ci­tés qui vont lui per­mettre de bien gran­dir… c’est l’ob­jet de la mé­thode An­dré Bul­lin­ger plé­bis­ci­tée par les pro­fes­sion­nels

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Santé - AXELLE TRUQUET atru­quet@ni­ce­ma­tin.fr

Ac­com­pa­gner l’en­fant dans un dé­ve­lop­pe­ment à sa me­sure. Ne pas le bous­cu­ler. L’idée est toute simple pour­tant com­bien sommes-nous à surs­ti­mu­ler bé­bé pour qu’il se tienne as­sis seul, qu’il marche avant son pre­mier an­ni­ver­saire? Pour­tant, ce­la ne sert à rien de vou­loir al­ler plus vite que la mu­sique. Chaque bam­bin a son rythme, dans les soins quo­ti­diens comme dans les soins mé­di­caux. Des pro­fes­sion­nels se sont réunis au sein des Hô­pi­taux pé­dia­triques de Nice-CHU Len­val pour la troi­sième édi­tion d’un congrès dé­dié à l’ap­proche sen­so­ri­mo­trice du Dé­ve­lop­pe­ment d’An­dré-Bul­lin­ger. « L’idée cen­trale est qu’en bou­geant l’en­fant de­vient plus per­for­mant et cons­truit sa pen­sée. Il va ac­qué­rir pro­gres­si­ve­ment des « ca­pa­ci­tés à faire » de plus en plus pré­cises », ré­sume le Dr Ma­rie-Fran­çoise Li­voirPe­ter­sen, chef de ser­vice d’une uni­té de mé­de­cine psy­cho­lo­gique en pé­ri­na­ta­li­té au CHU de la Réunion. « Ces ex­pé­riences laissent des traces dans le cer­veau de l’en­fant, qui vont lui per­mettre de se connaître et de se construire. Il faut donc mettre à la dis­po­si­tion des bé­bés des ob­jets avec les­quels ils pour­ront jouer et sur­tout les mettre dans des po­si­tions dans les­quelles ils sont bien ins­tal­lés. L’en­fant est ac­teur de son dé­ve­lop­pe­ment, il est in­utile d’as­seoir un en­fant en le ca­lant avec des cous­sins s’il ne tient pas en­core seul. Il faut le lais­ser se re­le­ver. » En somme, à la nais­sance, le tout­pe­tit au­ra à gé­rer la pe­san­teur, en fonc­tion de ses ca­pa­ci­tés sen­so­ri­mo­trices et avec le sou­tien de son en­tou­rage. Au cours de son dé­ve­lop­pe­ment, le trot­teur est un exemple ty­pique d’er­reur : l’en­fant n’est pas dans une po­si­tion na­tu­relle. S’il ne sait pas mar­cher, il ne faut pas for­cer sa nature, ce­la vien­dra tout seul plus tard. D’ailleurs, il est in­ter­dit à la vente au Ca­na­da et ban­ni en France dans les crèches et chez les as­sis­tantes ma­ter­nelles. « Lors­qu’un en­fant est main­te­nu de­bout de ma­nière contrainte, il va se cam­brer. Pour gar­der l’équi­libre, il va écar­ter les bras et ne ver­ra donc plus ses mains or il est im­por­tant qu’il les voit pour bien les uti­li­ser en­semble », sou­ligne le Dr Li­voir-Pe­ter­sen. Pour ap­prendre et se dé­ve­lop­per l’en­fant doit ex­pé­ri­men­ter seul et à son rythme. In­utile donc de de­van­cer les étapes.

Le nou­veau-né a be­soin de gi­go­ter

» Tout ne peut être dé­lé­gué au ma­té­riel de pué­ri­cul­ture. Le nou­veau-né a be­soin de se mou­voir même s’il s’agit de pe­tits mou­ve­ments. « Les lits co­cons en per­ma­nence sont à évi­ter parce que le nour­ris­son est pla­cé dans une po­si­tion, certes dans la­quelle De g à d : les Drs Anne Mey­na­dierMa­riot­ti­ni, Ma­rie-Fran­çoise Li­voirPe­ter­sen et Agnès Icart Les pé­do­psy­chiatres de Len­val, les Drs Anne Mey­na­dierMa­riot­ti­ni et Agnès Icart, toutes deux à l’ori­gine de ce congrès, ont mo­di­fié leurs ha­bi­tudes de tra­vail de­puis plu­sieurs an­nées avec les en­fants pré­sen­tant des troubles du dé­ve­lop­pe­ment, elles s’ap­puient sur l’en­sei­gne­ment d’An­dré Bul­lin­ger. Elles in­sistent : «Il est im­por­tant de gar­der du temps pour les re­la­tions cor­po­relles avec l’en­fant.

il est confor­ta­ble­ment ins­tal­lé, mais dans la­quelle il ne peut pas suf­fi­sam­ment bou­ger, ni se re­tour­ner, dé­plore le Dr Anne Mey­na­dier-Ma­riot­ti­ni. Il suf­fit de lais­ser à l’en­fant qui est en pleine crois­sance la pos­si­bi­li­té d’ex­pé­ri­men­ter et de s’ajus­ter. » Le Dr Agnès Icart pour­suit: « Le bé­bé et l’en­fant ne pos­sèdent pas les ca­pa­ci­tés pour trai­ter et trans­for­mer un trop-plein d’in­for­ma­tions sen­so­rielles. La té­lé­vi­sion et les écrans en sont un exemple ; l’en­fant va re­ce­voir en plein vi­sage des choses très fortes. Ces sti­mu­la­tions vi­suelles et au­di­tives, su­bies sans la pr ésence d’un adulte qui dialogue et vit avec lui ces mo­ments de charge émo­tion­nelle, sont to­ta­le­ment in­uti­li­sables et l’en­combrent. » A chaque âge donc ses di­ver­tis­se­ments. Les écrans n’en sont pas pour les très jeunes.

« Nos condi­tions de vies modernes nous amènent à avoir en­vie que l’en­fant dé­ve­loppe des ca­pa­ci­tés trop tôt. On pèche par ex­cès de bonne vo­lon­té. L’es­sen­tiel, ré­sume le Dr Li­voir-Pe­ter­sen, est de lais­ser le temps au nour­ris­son de gran­dir, de se dé­ve­lop­per se­rei­ne­ment. Non, le bé­bé n’est pas un adulte en mi­nia­ture ! »

Ex­cès de bonne vo­lon­té

Le Dr Icart ana­lyse: «Les pa­rents évo­luent dans un monde où règnent la com­pé­ti­tion et la quête de per­for­mance. D’une cer­taine ma­nière, ils trans­mettent ce­la à l’en­fant. Or le bé­bé n’a pas be­soin d’al­ler vite, de se sur­pas­ser. Tout ce qu’il a à faire pour gran­dir et s’épa­nouir, c’est de jouer ! Jouer avec ses pieds, ses mains et plus tard en ima­gi­nant, en «fai­sant sem­blant» !» Cal­mons donc nos an­goisses et pre­nons le temps de par­ta­ger des mo­ments simples avec les bam­bins.

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